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Call me by your name (André Aciman)

Aller à la "pêche" Le titre du roman est très beau. « Appelle-moi par ton nom et je t'appellerai par le mien » ou l'histoire de la fusion totale pendant quelques semaines entre deux jeunes hommes au cours d'un été des années 80. Avant de tomber dans les bras l'un de l'autre, les deux amants se tournent d'abord autour pendant un petit bout de temps (perdu). Et presque davantage que la liaison dont on devine l'intensité par quelques scènes torrides, c'est ce que je retiens du livre : la frustration de ne pas obtenir l'autre qui précède la terrible perspective de le perdre dans quelques jours. 😥 Cette dramaturgie participe évidemment au plaisir de la lecture que nous offre André Aciman. Ça et ses personnages Elio et Oliver qui font indéniablement rêver. On aimerait être à leur place : jeunes, beaux et bronzés à passer tout un été dans une belle villa italienne, à se baigner, jouer du piano, lire, écrire, aller boire des coups à la piazzetta d
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209 rue Saint-Maur Paris Xe, autobiographie d'un immeuble (Ruth Zylberman)

Tirer le fil Autobiographie d'un immeuble ... drôle de formulation, comme si l'immeuble en question, situé tout en haut de la rue Saint-Maur à Paris, prenait la parole pour parler de lui. C'est pourtant l'esprit de ce récit mis en mots par Ruth Zylberman qui nous explique qu'elle a choisi l'adresse presque à l'aveugle parmi la longue liste de lieux répertoriés pour avoir connu l'horreur de la déportation d'enfants juifs pendant l'occupation allemande. Après avoir fini le livre, je me suis logiquement précipité sur le documentaire Les enfants du 209 rue Saint-Maur qui, pour le coup, se concentre vraiment sur ces enfants déportés ou rescapés. J'avoue avoir été un peu déçu car le livre est infiniment plus riche. Il raconte de A à Z la longue et patiente enquête que Ruth Zylberman a mené pour redonner vie à cet immeuble et aux familles qui y ont vécu de sa construction au 19ème siècle jusqu'aux années 2010. Il en dit beaucoup sur ce quartie

On était des loups (Sandrine Collette)

Chante avec les loups Sandrine Collette a de mon point de vue parfaitement réussi son coup. L'esprit et l'ambiance du récit de On était des loups est à l'image de Liam, le narrateur, un homme rugueux, peu éduqué et à l'enfance difficile qui s'isole tôt dans ses montagnes d'Amérique du Nord où il emmènera sa femme rencontré lors d'un de ses rares saut en ville. Un jour, au retour de la chasse, il la retrouve morte, tuée par un ours, protégeant de son corps leur fils. L'homme panique. Pas de se retrouver seul évidemment, ça il sait faire, mais d'avoir la seule responsabilité d'un gamin de 5 ans alors qu'il faut chaque jour arpenter la montagne pour y survivre. Il aura d'abord des réflexes d'auto-conservation, un peu comme un loup qui se débat car pris au piège. Le lecteur suit son périple à cheval et le fil de ses pensées désordonnées, pourtant gorgées de leur poésie et d'une grande justesse car splendidement incarnées par une écri

Là où chantent les écrevisses - Delia Owens

Jolie plume Parents, frères et soeurs sont partis sur les routes en laissant Kya grandir seule au milieu des marais. À l'écart de la population locale, la petite fille ne veut compter que sur elle-même et sur les oiseaux de la lagune pour (sur)vivre. Devenue adulte, deux hommes seront irrésistiblement attirés par elle ... pour le meilleur et pour le pire. Souffle romanesque, puissance des sentiments et intrigue pleine de mystère, le roman m'est apparu polymorphe : romance, historique, sociologique, écologique, d'apprentissage, thriller, policier, de procès. Un palpitant mélange de genres. Pourtant, la particularité la plus marquante de cette fiction riche à tous points de vue est évidemment son ode à la nature, à la liberté et à la solitude. À peine sorti de ses pages, le lecteur n'a qu'une envie : aller trainer là où chantent les écrevisses et nourrir les mouettes et les goëlands de la plage de Kya. Delia Owens raconte avec talent le sud des États-Unis des années 5

La joie de vivre (Émile Zola)

Bonne poire Pour son douzième Rougon-Macquart, Émile Zola ralentit le tempo de sa peinture naturaliste, à l'image d' Une page d'amour qui m'avait laissé un peu la même impression. Cette fois-ci, on est particulièrement loin du bruit et de la fureur du Second Empire, à part pour décrire l'atmosphère d'un coin reculé du pays et de la misère de ses campagnes. Pour La joie de vivre il y a unité de lieu dans la demeure de bourgeois de Bonneville, petite bourgade au pied des falaises grignotée petit à petit par la Manche et ses assauts incessants. Pauline, orpheline des charcutiers Quenu des Halles présents dans Le ventre de Paris, est recueillie par ses cousins de Normandie. Sa joie de vivre naturelle reçue au début avec bienveillance va être progressivement exploitée par les Chanteau, famille gentiment détraquée, rongée par l'égoïsme et l'inconstance. Les caractères difficiles et hauts en couleurs sont si bien campés qu'on s'attache à ses membres,

Le dernier enfant (Philippe Besson)

Rester femme Que peut-on ajouter quand on lit le énième roman, le quatorzième en l'occurrence, d'un auteur chouchou que l'on admire pour sa plume sensible, plutôt simple sans fioriture ce qui n’exclut pas le souci littéraire, qui va droit au coeur car elle sonde le coeur de ses protagonistes ? Évidemment on se répète. Je vais donc juste rappeler que Philippe Besson sait mieux que personne évoquer les tourments de l’âme et il a visé particulièrement juste cette fois-ci en racontant les tourments d'Anne-Marie, une femme qui voit son dernier enfant quitter le foyer après une trentaine d'années de bons et loyaux services. Quand les deux premiers sont partis, c'est passé comme une lettre à la poste car il restait encore Théo à couver, et lui, il n'était pas encore prêt pour bondir hors de sa coquille. Enfin, le pensait-elle car évidemment c'est elle qui n’était pas prête. Elle n’a pas vu le coup venir ou elle n’a pas voulu le voir, dans son cas c’est la même

Le soldat désaccordé (Gilles Marchand)

Je n'étais pas parti la fleur au fusil Ce roman sur la guerre n'est pas tout à fait comme les autres. Pour conter l'histoire du soldat « désaccordé » par l'horreur de la « der des der », il convoque le romantisme, la poésie et le rêve au milieu de la violence des combats. Blessé physiquement, c'est surtout la tête de ce poilu, narrateur du récit, qui n'est plus indemne. Son esprit ne quittera jamais le front, ni tout à fait la guerre après l'armistice. Enquêteur privé pour le compte des familles à la recherche de leurs chers disparus, il va devenir petit à petit obsédé par l'histoire d'amour fou entre Émile et Lucie, îlot de beauté dans toute cette laideur. Une bouée de sauvetage pour lui qui a tout perdu à cause du conflit, sauf le droit de vivre la vie des autres par procuration, de la rêver, de s'y confondre.  J'ai aimé la constante ambivalence de ce roman qui fait cohabiter l'abomination des tranchées et de ses conséquences avec le ré

Le combat des chefs (René Goscinny et Albert Uderzo)

  Lancer de menhir Dernière trouvaille des Romains de Babaorum : capturer Panoramix puis provoquer, selon la tradition gauloise, un "combat des chefs". Privé de la potion magique, Abraracourcix devrait se battre contre le chef survitaminé d'un village "gallo-romain" voisin et, en cas de défaite, lui céder le village d'irréductibles Gaulois. C’est bien sûr compter sans la maestria d’Astérix et Obélix qui vont éviter l'enlèvement du druide. La manie d'Obélix de lancer du menhir à tout-va les mettra quand même dans l'embarras. Cet album avait ma préférence quand j'étais enfant. Je me souviens que j'aimais bien quand Astérix ne partait pas en expédition dans des contrées lointaines, comme l'Égypte ou l'Hispanie, aux moeurs bien moins gauloises. Astérix et son ami Obélix vivaient de tout aussi excitantes aventures en restant au village et dans ses alentours. C'est une bien étrange chose que de parcourir trente ans après une BD lue,

Pastorale américaine (Philip Roth)

Une histoire américaine « Pastorale américaine » ou le portrait de l'Amérique du vingtième siècle par le biais autofictionnel habituel de Philip Roth, celui de la communauté juive de Newark, New Jersey.   Couple parfait sur le papier, à tous points de vue conforme au rêve américain, « Le Suédois », sportif plein d'allure au lycée et maintenant chef d'entreprise, et son épouse, ancienne reine de beauté en quête de sens, n’échapperont pas aux drames que la vie ne manque pas d'apporter à tout un chacun. Leur fille unique, prunelle de leurs yeux, n'est pas aussi douée qu'eux pour le bonheur. Cela va quelque peu noircir le tableau. Ce roman m'a en quelque sorte fasciné par sa structure. L'histoire qui nous est racontée est relativement simple mais elle est tissée de digressions incessantes qui se succèdent les unes aux autres dans un fourre-tout qui n'est évidemment qu'apparent. Quand l’écrivain s’empare d’un épiphénomène du récit, il le tord dans

Dessous les roses (Olivier Adam)

  Midi à sa porte Chacun sa vérité. Il n'y pas de plus grande vérité en ce bas monde. Il suffit de voir combien chacun campe en général sur les siennes, et moi le premier. Voilà à mon sens le grand thème du dernier roman en date d'Olivier Adam, auteur cher à mon coeur qui nous livre encore une fois un roman d'une très grande justesse. J'ai adoré, la vérité ! Claire, Paul et Antoine se retrouvent pour une fois réunis au domicile parental. Et pour cause, leur père vient de mourir. Ils entourent leur mère, ébahie de les voir tous ensemble dans sa cuisine malgré le fossé creusé par les années. Trois jours pour faire remonter l'enfant qu'on a été ou tout simplement régler ses comptes. Qui est coupable ? Y en a-t-il un d'ailleurs ? Chaque enfant de délivrer sa version de l'histoire familiale et chaque lecteur de se faire sa propre opinion de la situation, qui sera à coup sûr à l'opposé de celle son complice de club de lecture. CQFD Flammarion - page 118 Tu

L'angoisse du roi Salomon (Romain Gary / Émile Ajar)

Tournée générale d'amour Même pseudonyme, même phrasé : on retrouve dans ce roman d'Émile Ajar (Romain Gary) les inventives tournures de français oral déjà poussées à leur paroxysme dans La vie devant soi. Jean, alias Jeannot Lapin, alias Marcel Kermody est un jeune homme à la gueule de voyou, à l'attitude un peu naïve mais à l'intelligence émotionnelle très développée. Il affectionne les dictionnaires, dégoise avec talent et singularité et, plus que tout, sait s'occuper des gens "qui ont des besoins psychologiques". "Il aime en général" et jouera un rôle déterminant dans la très jolie histoire du roi Salomon et de Mademoiselle Cora. Bah oui, en tant que vieux ils sont "une espèce en voie de disparition". Je me suis régalé. Ce livre est un prodigieux concentré de perles, un petit miracle d'humanité brute qui fait plus que flirter avec l'absurde ou la comédie pure. Tournée générale d'amour ! Folio - page 318  - Je vous prévie

La famille Martin (David Foenkinos)

Splendide hasard La famille Martin fait partie de ces romans dont tout l'intérêt réside dans son idée de départ. Un écrivain, le narrateur, David Foenkinos lui-même, en manque d'inspiration pour son prochain roman, décide d'aborder la première personne qu'il rencontre dans la rue et de faire de sa vie un roman. Sans travestir la réalité dans la mesure du possible. Il tombe sur Madeleine, sympathique aïeule de la famille Martin. L'occasion pour l'auteur d'étudier le lien fiction/réel et écrivain/personnages. Il en découle les petites histoires personnelles de chaque membre de la famille, à la fois banales et tout à fait uniques qui rendent le livre charmant. Lire Foenkinos c'est être assuré de lire un récit tout en tendresse et simplicité, à l'image de son écriture limpide qui n'oublie pas le sens de la formule. Le seul bémol est que le fil de ces histoires n'est pas tiré jusqu'au bout. Le lecteur aurait aimé, peut-être, en savoir un peu

Michel Berger, l'inoubliable (Grégoire Colard et Alain Morel)

  Pour le comprendre Cette biographie écrite par deux proches de l'intéressé avec l'accord de France Gall, a été l'occasion pour moi d'en savoir davantage sur le parcours de vie de Michel Berger car c'est de sa musique dont j'étais jusque là surtout familier. Je l'ai découverte en 1990 à l'occasion de la sortie de son dernier album solo, celui qui comporte notamment  Le paradis blanc.  J'avais déjà eu le temps de me plonger largement dans son oeuvre lorsqu'il est décédé un jour d'août 1992. Je me rappelle parfaitement de l'endroit où je me trouvais et avoir presque immédiatement pensé à toutes ces magnifiques chansons qui ne seraient jamais écrites ... Quel plaisir de se plonger une nouvelle fois dans son répertoire poétique, mélancolique et souvent dansant avec le contexte artistique et personnel de l'époque expliqué. Son répertoire et celui de France Gall évidemment qui lui doit son éclatante deuxième partie de carrière. Quand un ti

L'art de perdre (Alice Zeniter)

Qu'elle était verte ma Kabylie Il est de ces romans pour lesquels on se dit qu'ils se devaient d'être écrits, parce que le sujet est important et que jusque maintenant personne ne l'avait encore fait sous une forme aussi complète et inspirée ... À tort ou à raison, c'est ce à quoi j'ai pensé en refermant L'art de perdre de Alice Zeniter. Trois générations : Harki, fils de Harki, petite-fille de Harki racontent le récit intime de leur vie d'homme kabyle ou de femme d'origine kabyle, arrivés en France en 1962 ou née ensuite. Ali, notable de son village, fait ce qui lui semble juste face au diktat français et à la violence du FLN avant de s'enfuir de l'autre côté de la Méditerranée. Il y perdra son âme, sa dignité et sa joie de vivre entre camps de "transit", usine et HLM. Son fils Hamid, né dans les collines de Kabylie, luttera pour trouver sa place entre un père refermé sur lui-même et une France qui ne veut pas vraiment de lui. Sa

Les années douces (Hiromi Kawakami)

Conter fleurette Tsukiko, célibataire trentenaire tokyoïte, travaille beaucoup et aime lever le coude le soir dans des bars à saké, seule ou accompagnée. Un étrange rituel va se mettre petit à petit en place lorsqu'au cours d'une soirée comme les autres, elle rencontre son ancien professeur de japonais au lycée. J'avoue ressentir un sentiment ambivalent concernant ce roman. Je l'ai aimé et il m'a déplu pour exactement la même raison : il est parfaitement japonais, presque davantage que ceux déjà lus (notamment ceux de Ito Ogawa). J'ai ressenti un dépaysement éminemment suave mais aussi reçu le gap culturel de plein fouet. Tout est japonais et si peu occidental chez Tsukiko et Matsumoto : les non-dits, la pudeur, la délicatesse, l'apparente absence d'affect mais aussi la maladresse, la brusquerie, l'excentricité ... Est-ce à cause de cela que j'ai ressenti assez peu d'empathie pour leur couple ? J'ai tout de même observé leur rapprochement

Des fleurs pour Algernon (Daniel Keyes)

Imbécile heureux "Il faut absolument que tu le lises, c'est un classique de la science-fiction" me dit-on en me tendant avec enthousiasme ce poche d'occasion. Je le saisis avec politesse et lis la quatrième de couverture. Vendu. Un doute s'immisce tout de même en moi : ce roman de 1966 pourrait-il avoir vieilli ? Au bout du compte, non car le thème et son traitement épistolaire rendent le récit intemporel et transposable partout, malgré la présence surannée de machines à écrire et autres bandes magnétiques. Quitte à reprocher à l'auteur de n'avoir pas su développer un univers propre au roman.  Je suis d'ailleurs (faussement) surpris de le voir labellisé science-fiction alors qu'il est surtout psychologique, voire sociologique, malgré son postulat imaginaire (visionnaire ?) : un jeune homme au handicap intellectuel devient un génie absolu par la grâce (en l'occurence la malédiction) d'une expérience scientifique, avant de retourner dans son