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Miroir de nos peines (Pierre Lemaitre)

Sauve qui peut La trilogie des enfants du désastre , ou le destin de quelques femmes et hommes entre (et pendant) les deux guerres, est une magnifique idée. Pas de saga familiale malgré le lien ténu entre certains personnages, histoire de créer une cohérence, mais la brillante peinture d'une France malmenée qui pourrait être destinée à ceux qui pensent que la nôtre est bien pire. Comme à son habitude, Pierre Lemaitre fait une entrée en matière détonante qui atteste de son énorme talent de conteur. Ce troisième tome m'a pourtant paru moins remarquable que les deux premiers, il n'en est pas moins prenant avec sa série de protagonistes qui, comme dans un bon Lellouche, vont converger les uns vers les autres à la fin. Chaque personnage est parfaitement écrit et inséré dans l'époque, celle de la drôle de guerre et de l'exode sur les routes des Français qui fuient l'arrivée des Allemands. Rien que pour cette fresque historique, Miroir de nos peines vaut toutes les h
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La papeterie Tsubaki (Ogawa Ito)

Vers la beauté Ito Ogawa est une auteure qui fait du bien. Avec La papeterie Tsubaki , on est à mes yeux à l'apogée de la simplicité dans le style et surtout dans le récit. C'est justement cette retenue qui fait du bien. Ici, il ne s'agit que d'amour de son métier, de calligraphie, de la beauté des objets et de la nature, du changement des saisons, des rites culturels qui apaisent, de la chaleur des relations humaines, etc... Ce n'est que raffinement et bienveillance mais étrangement, point de mièvrerie, juste de l'élégance à la japonaise, une convocation à la méditation beaucoup plus efficace chez moi que tout bouquin dit de développement personnel. Et puis quel plaisir de revoir Kamakura, paisible pettie ville historique et sacrée que j'espère revoir bientôt, à deux pas de l'énorme Tokyo. On y est un peu hors du temps ... ici le temps d'un roman. Picquier Poche - page 179  Moi aussi, j'étais persuadée que l'écriture était le reflet de la pe

Vivre avec nos morts (Delphine Horvilleur)

Soutenir les vivants La rabbine Delphine Horvilleur, dont l'une des attributions est d'accompagner la famille et les amis à l'occasion d'un décès, témoigne ici de son expérience et de ses réflexions sur le thème de la mort. Elle le fait évidemment à travers le prisme de la religion et de la philosophie juive. De mouvance clairement libérale, elle s'exprime avec érudition, clareté, bienveillance et une dose non négligeable d'esprit piquant. Les quelques blagues juives qui jalonnent le livre témoignent du recul salvateur d'une référente de Dieu sur terre vis-à-vis de la pratique de la religion et de Dieu lui-même.  C'est ça qui m'a le plus frappé : l'ouverture d'esprit et l'absence de prosélytisme. Ici, point de vérités assenées ni de vie éternelle à coup sûr, comme on l'entend très souvent, mais, à la place, l'humilité de dire qu'on ne sait pas ce qu'il y a après et l'idée que les femmes et les hommes du passé ouvrent l

Avant le labyrinthe : la braise (James Dashner)

  Boucler la boucle J'y suis quand même arrivé à lire la véritable préquelle de la trilogie L'épreuve, mieux connue sous le nom de celle du  labyrinthe. Le tome précédent,  L'ordre de tuer,  racontait les éruptions solaires, le virus de la braise et le combat pour survivre, mais n'abordait pas encore le projet du labyrinthe et encore moins l'entrée de Thomas et de Teresa dans l'arène, puis qu'ils existaient à peine. Là, on y est carrément et c'est le grand bénéfice de ce tome : le fan de la saga post apocalypse ne peut que se réjouir. Il découvre non seulement les tenants et aboutissants de l'histoire mais aussi retrouvent les "blocards" avant qu'ils ne perdent la mémoire. On croise bien sûr la route d'une Ava Paige pleine de duplicité, et même celle de Jorge et Brenda qui arrivent plus tard dans le récit. C'est clair, fluide, efficace, ce n'est pas de la grande littérature mais ce n'est aucunement décevant. James Dashne

Le dîner (Herman Koch)

Cartes sur table La couverture du format poche de ce roman néerlandais annonce la couleur. Sur fond de ciel bleu, un homard sur son assiette fixe froidement le lecteur, telle une métaphore du dîner de tous les dangers entre deux frères et leurs épouses. Paul, le narrateur, se rend à reculons dans un restaurant ridiculement chic (voir extrait ci-après) à la demande de son frère, un politicien de stature nationale. Malgré une aigreur palpable, le dîner commence avec une relative légèreté sous la forme d'une critique moqueuse des rapports sociaux. Ce n'est qu'après l'entrée que le plat de résistance est servi. L'heure est grave, les deux familles sont réunies pour discuter des agissements de leurs enfants. Dès l'apparition dans le récit de l'enjeu dramatique, un signal d'alarme s'est mis à se manifester en moi et la suite des évènements confirmera cette impression. La comédie sarcastique laisse place à une ambiance de thriller dont l'angle de vue m&

Changer l'eau des fleurs (Valérie Perrin)

  À la vie, à la mort Violette Toussaint porte bien son nom. Gardienne de cimetière, elle vend des fleurs aux vivants qui rendent visite à leurs disparus. J’aime ce détail poétique qui m’évoque le conte. Pourtant « Changer l’eau des fleurs » est très ancré dans la réalité, avec sa dose de drame et de ses pendants : l’espoir, l’amour, la renaissance .. Je l’ai lu avec plaisir tout en prenant mon temps. Aussi parce qu'il a pu me paraître long à quelques moments. J’ai trouvé la chronologie parfois confuse et le récit de l’histoire d’amour entre Irène et Gabriel en partie inutile à l’intrigue principale.  Cela reste un roman émouvant, joliment écrit avec poésie et bons sentiments. Le Livre de Poche - page 206 En me couchant, je pense que je n'aimerais pas mourir au milieu de la lecture d'un roman que j'aime

Une bête au Paradis (Cécile Coulon)

  La ferme des animaux Le Paradis,  c'est la ferme des Émard, une famille d'éleveurs-agriculteurs dans un petit coin de France indéterminé. Y vivent la vieille Émilienne et ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel, orphelins de parents, ainsi que Louis, le commis. Cette ferme, c'est toute leur vie, qu'ils rêvent de s'en échapper ou non. L'arrivée d'Alexandre, l'amoureux de Blanche, bouleversera l'équilibre familial, déjà plutôt précaire. Chronique familiale et thriller psychologique, Une bête au Paradis bénéficie d'une belle écriture inspirée, un brin onirique, aux accents parfois un peu trop grandiloquent à mon goût. Mais ce style peu réaliste, presque expressionniste, notamment quand il s'agit de décrire les émotions débordantes de Blanche, convient toutefois pour camper le portrait d'une famille qui bénéficie dans la région d'une aura de prestige et de mystère.  Les personnages bien écrits par Cécile Coulon sont dans le même es

1984 (George Orwell)

Sousvivre* Ma première lecture de ce livre date justement des années 1980. J'avais été impressionné par un sujet qui, plus de 30 ans après, est plus que jamais d'actualité, voire nous pend au nez, au moins dans certaines régions du monde. Ce qui m'a interpellé cette fois-ci est de constater à quel point George Orwell pressentait l'arrivée des technologies qui, depuis, ont eu le temps de s'installer dans nos vies. Quand bien même les télécrans décrits dans son roman, publié en 1949, semblent bien rétro en 2021, ils ne l'étaient pas encore tant que ça en 1984. Je me souvenais pas mal de l'univers oppressant décrit par Orwell, un régime totalitaire qui annihile absolument toute liberté individuelle au profit d'un incompréhensible intérêt (pas du tout) général. Les explications sur le "néoparler", la langue officielle de cette nation dystopique, et sa propension à réduire la richesse du langage et donc la réflexion de ses habitants pour mieux les s

Zaï zaï zaï zaï (Fabrice Caro)

  Woho woho J'aime ce titre dont on ne comprend le sens qu'au dernier dessin (en fait l'avant-dernier pour être précis, le dernier étant hilarant aussi), un titre aussi absurde que le scénario de la bande dessinée de Fabcaro. Zaï zaï zaï zaï ou l'histoire, qui certes ne va pas très loin, d'un homme poursuivi par la police et les médias car il se présente à la caisse d'un magasin en ayant oublié sa carte de fidélité dans son autre jean mis au sale. Rien que ça, ça vaut toutes les idées du monde. On aperçoit déjà la moquerie sous-jacente de la société qui se profile, à notre plus grand plaisir. Je crois que ce que j'ai préféré par dessus tout, c'est la structure des planches indépendantes les unes des autres qui déploient l'histoire en petits sketchs souvent saugrenus et encore plus souvent drôles. Bravo Fabcaro. 6 pieds sous terre éditions

Petit pays (Gaël Faye)

Fuite de l'enfance Son très large succès n'a rien d'étonnant. En plus d'avoir un scénario bien ficelé, écrit d'une plume émouvante et particulièrement frappante pour un premier roman,  Petit pays  est un témoignage important, de par son point de vue singulier, peut-être inédit, sur l'absolue horreur du génocide tutsi de 1994 au Rwanda et au Burundi. Gaël Faye se raconte en partie lui-même, enfant d'un père français et d'une mère rwandaise qui grandit au Burundi. Son personnage Gaby vit au fond d'une impasse plutôt protégée de l'affreux tumulte, du moins au début. J'ai trouvé fort d'assister au processus de sortie de l'enfance, à la fois progressif, avec ses enjeux habituels auxquels tout le monde peut se rattacher, mais aussi avec ses terribles à-coups inconcevables pour la plupart d'entre nous. Le livre est d'autant meilleur qu'il plonge le lecteur dans l'atmosphère de l'époque tout en le laissant quand même la pl

Élévation (Stephen King)

Coeur léger Une lecture non prévue cet été avec ce court roman trouvé dans la boîte à livres de mon lieu de vacances. Un roman inhabituel (de ce que j'en connais) pour Stephen King, une histoire traitée avec légèreté, et je dirais avec superficialité. Pourtant, ce qui arrive à Scott n'est pas drôle du tout. Il pèse de moins en moins sur la balance chaque jour alors que sa masse reste la même, que son apparence ne bouge pas, comme si la gravité n'avait plus d'effet sur lui ... Et la même chose se produit pour les objets et êtres humains en contact avec lui (c.f extrait ci-après). Malgré une situation tragique inexorable et inextricable, notre héros décide de prendre les choses du bon côté et de faire les choses bien et ainsi "finir en beauté". Par son texte fluide et naïf,  Élévation ressemble à de la littérature jeunesse. C'était parfait pour une lecture de serviette de plage. Le Livre de Poche - page 35 "Dis-moi ce qu'il y a d'autre. - Ce ma

La ride du souci (Grégoire Thoby)

Le père prodigue Gaëtan est le "premier fils" de Bernard, et lui le dernier des petits escrocs qui, grâce à son charme effronté, emprunte de l'argent, sans jamais rembourser, à des femmes fragiles et à de vieux messieurs influençables. Gaëtan est aussi le prolongement fictif de Grégoire Thoby qui s'inspire apparemment de son propre paternel dans un premier roman largement autobiographique sans que l'on sache vraiment à quel point.  Le récit adopte d'abord l'angle de vue de Gaëtan, en vadrouille dans le désert espagnol comme pour tenter d'échapper à un père encombrant. On s'attend instinctivement à voir cette histoire de famille se poursuivre au travers du regard d'un fils en quête d'une forme d'équilibre mais complètement impuissant à changer la personnalité du père qu'il aime malgré tout. Pourtant, assez vite,  par le biais d'une scène fantasmée par Gaëtan qui imagine Bernard en train d'entamer un processus de remise en que

La consolation de l'ange (Frédéric Lenoir)

Le bout du tunnel Quand Blanche, 92 ans et en soins palliatifs, partage sa chambre avec Hugo, 20 ans, hospitalisé pour une tentative de suicide. La leçon de vie viendra de la plus mal en point. Philosophique, développement personnel, feel-good, fantastique ... ce roman c'est un peu de tout cela à la fois. Charmant et un peu naïf malgré le sujet, il a l'avantage d'aborder avec simplicité le thème de l'expérience de mort imminente, le fameux tunnel de lumière en phase de coma, dont je ne sais trop quoi penser, surtout après un roman comme celui-ci. L'auteur semble y croire mais a la bonne idée d'incorporer une petite dose de fantastique dans son récit comme pour rappeler au lecteur qu'il s'agit seulement d'un roman et qu'il faudra se renseigner et lire de vrais témoignages pour se faire sa propre idée sur le sujet. Autrement, le récit prend la forme d'un dialogue sur les grandes questions existentielles et surfe sur l'idée réconfortante que

La fin des temps (Haruki Murakami)

Winter is coming Un informaticien de haut vol protège les données de ses clients grâce à une procédure unique, réputée inviolable, réalisée par son cerveau en état d'inconscience. Parallèlement, dans un autre espace-temps, un homme est séparé de son ombre contre sa volonté car il pénètre, sans qu'on sache pourquoi, dans une ville mystérieuse entourée de murailles au pied desquelles paissent des licornes. On imagine rapidement qu'il y a un lien entre ces deux récits. Mais lequel ? Ce roman est un curieux mélange de dystopie, héroic fantasy, horreur et thriller d'espionnage et il est justement captivant par son étrangeté. Il foisonne d'idées originales aux métaphores, lorsqu'il y en a, que je n'ai pas forcément saisies et les liens entre les deux histoires ont pu aussi m'échapper. Cela ne m'a pourtant pas empêcher de suivre l'intrigue car elle sait aussi prendre son temps. Elle regorge de détails quotidiens qui pourraient être ennuyeux mais qui tro

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon (Jean-Paul Dubois)

  Chacun sa route Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon est un titre à rallonge mais bien trouvé car il colle parfaitement au prix Goncourt 2019 qui, sans réelle intrigue, m'apparaît surtout comme une galerie de portraits d'hommes et de femmes qui traversent leur vie avec leur force, leur boulet au pied ou tout simplement leur vision du monde bien souvent différente de celle de leur voisin. Paul est un Français qui purge une peine de deux ans dans une prison de Montréal. Comment en est-il arrivé là ? C'est tout le propos du récit de son parcours, constellé de flashbacks, entre une mère libertaire et gérante de cinéma, un père danois et pasteur, une femme amérindienne et pilote d'hydravion, un voisin président de copropriété insupportable et un compagnon de cellule brut de pomme et fan de Harley Davidson. Tout un programme. Ce dernier est à mes yeux le personnage le plus réjouissant et attachant du roman avec son franc parler dénué de filtre. Pres

La grande escapade (Jean-Philippe Blondel)

Escapade dans le temps Merci le club de lecture #latresse ! Je continue la découverte des romans de JP Blondel, dont j'apprécie la veine sensible et intime. Intime même lorsqu'il met en scène un groupe scolaire dans les années soixante-dix. Plusieurs familles d'enseignants et directeurs vivent dans des appartements de fonction et se côtoient tous les jours, au travail et dans le quartier. Un roman chorale sur une époque, son atmosphère, ses moeurs et ses méthodes éducatives. Il dépeint avec lucidité, tendresse et dérision, des adultes et des enfants plus vrais que nature, avec leur bonne volonté et leurs faiblesses.  Lorsqu'on a grandi plus ou moins à cette époque, on ressent un sentiment de déjà vu en se plongeant à nouveau dans une France qui a en partie disparu, avec son autorité à l'ancienne, les rôles père/mère et homme/femme plus marqués, et sa paradoxale liberté due à un contexte général différent. Le lecteur, lui aussi, vit sa grande escapade, un voyage dans