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Alabama 1963 (Ludovic Manchette et Christian Niemec)

Alabama blues Alabama, 1963, des fillettes noires sont retrouvées mortes. Un tueur violeur sévit donc mais nous sommes dans le sud des Etats-Unis, JFK vit ses dernières semaines et le mouvement américain des droits civiques avancent trop lentement dans un coin de pays où le KKK sévit toujours. Bud, un détective blanc et accessoirement alcoolique, va être amené à enquêter en lieu et place de la police locale défaillante. Contre toute attente, il va être secondé par Adela, sa femme de ménage noire. J'espérais la distraction d'un polar sur fond d'Amérique ségrégationniste et j'ai eu mieux que ça : une peinture sociologique doublée d'une galerie de personnages attachants avec une intrigue policière somme toute presque secondaire. En tout cas, c'est ainsi que je l'ai ressenti et ça m'allait très bien. Le roman se lit comme du petit lait et s'avère être finalement plutôt "feel good" puisque les auteurs ont eu à coeur de raconter le point de bascu
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Broadway (Fabrice Caro)

Sans fondement Dans  Broadway , Fabrice Caro utilise les mêmes ficelles que dans  Le discours , son roman précédent, à ceci près que le narrateur, loser névrosé et handicapé social, est cette fois-ci à un stade plus avancé de sa vie. Il a 46 ans, une femme, deux enfants, est tenté par le démon de midi et galère dans les grandes largeurs dans ses interactions avec famille, amis, collègues et voisins. Pas de discours de mariage à assurer mais la nécessité de faire face à l'enveloppe de l'assurance maladie l'incitant à réaliser l'examen colorectal de rigueur. Dur à avaler quand on n'a pas encore 50 ans ... Et c'est reparti pour la gamberge, les angoisses existentielles et l'inadaptation sociale. On ne s'en lasse pas ! Avec Fabrice Caro c'est toujours drôle et perspicace. Son humour parle à un maximum de gens, je pense, dans tout ce que ça a d'absurde et d'exagéré et en même temps dans tout ce que ça interpelle chez eux. En tout cas, ça interpell

La boîte de Pandore (Bernard Werber)

L'homme de l'Atlantide Je viens de terminer  La boîte de Pandore de Bernard Werber. Les talents d'écriture de ce collectionneur de best-sellers ne m'ont pas époustouflé mais l'inventivité du scénario truffé de bonnes trouvailles oui ! L'idée de reconstituer le monde de l'Atlantide et de broder sur l'origine des mythologies antiques, avec comme point de départ une séance d'hypnose, est assez ébouriffante et indéniablement distrayante, même si, c'est le moins qu'on puisse dire, l'auteur ne fait pas dans la finesse ni dans l'approfondissement des situations qui s'enchaînent. Pas le temps. Ce qui m'a davantage gêné, c'est l'assertion continue tout le long de l'histoire (avec un petit h) des mensonges de l'Histoire (avec un grand H). On ne peut qu'être d'accord avec l'idée que l'Histoire du monde est au moins en partie celle qu'on a bien voulu nous raconter, notamment à travers le prisme subject

À un doigt de la vérité (Jean-François Schwaiger)

Quelques nouvelles Le format de la nouvelle m'est assez peu familier. A l'instar du court-métrage, je l'évite généralement car je peux le trouver frustrant. On a à peine le temps de s'approprier le décor et de s'habituer aux personnages, qu'on est déjà dans le vif du sujet et que l'épilogue pointe le bout de son nez. C'est particulièrement vrai avec les histoires courtes de Jean-François Schwaiger qui se savourent comme des bonbons qui fondent trop vite sur la langue. Elles sont charmantes, prennent souvent leur inspiration dans l'enfance ou du moins dans le grand enfant qui est en nous, à l'image de ce vélo de barbie qu'on a tous eu (ah bon, pas vous ? 😅). La dernière nouvelle du recueil est un peu une exception de ce point de vue avec le thème plus frontal de la sexualité. Un brin provoc' et osée, elle est ma préférée.

Washington Square (Henry James)

La traque Pour commencer à défricher ce grand écrivain classique américano-britannique, j'ai choisi à l'intuition un roman plutôt court qui paraissait offrir une intrigue peu ambitieuse, ce qui convient parfaitement à mon état d'esprit du moment. Mon choix s'est révélé, en la matière, parfaitement judicieux car Washington Square  est proche du huis clos. Ses quatre personnages principaux s'affrontent dans un drame familial qui s'engage dans le Manhattan des années 1880 lorsqu'un beau jeune homme désargenté demande la main d'une jeune fille riche mais dénuée de tout charme. En tout cas, c'est l'avis de son père, un éminent médecin qui a une bien piètre opinion de sa fille unique. C'est un détail important de l'intrigue qui laisse le lecteur perplexe et rend ce roman, plutôt lisse dans sa facture, plus intéressant que le simple drame intime de la jeune héritière courtisée par cupidité. La lecture est ultra-fluide à l'opposé de ce à quoi

Tout peut s'oublier (Olivier Adam)

Mind the gap Cela fait quelques mois que Nathan survit plus qu'il ne vit. Son ex-femme japonaise s'est enfui de France en emportant leur fils Léo sous le bras. Au Japon, il n'a aucun recours juridique, l'autorité parentale partagée n'existe pas, particulièrement avec un étranger. Il attend des nouvelles d'un détective privé engagé là-bas pour retrouver leur trace. En attendant il lèche ses plaies dans les bras de sa voisine qui, d'une autre manière, a aussi perdu son fils. Une situation dramatique et cruelle. Un homme blessé au coeur. La Bretagne et le Japon. Des références politiques, cinématographiques et musicales ... Pour mon plus grand plaisir Olivier Adam fait du Olivier Adam. Sans cliché ni pathos, on découvre une autre facette d'un pays qui fascine et qu'on ne peut pas s'empêcher de voir un peu autrement à la lumière de cette histoire forcément inspirée de faits réels. Le gap culturel entre Japon et occident sur ce sujet paraît infranchis

La femme gelée (Annie Ernaux)

Femme téfale (selon Zazie) L'émouvante rencontre avec Annie Ernaux en mars à la Maison de la Poésie a ravivé mon envie d'en découvrir plus sur sa littérature. Le choix de La femme gelée a été naturel puisque évoqué lors de cette soirée placée sous le signe de la femme. Dans ce livre autobiographique mais jusqu'à un certain point romancé, l'écrivaine ne se contente pas de raconter son passé d'épouse et de mère au foyer à la mode des années soixante mais elle développe aussi longuement son enfance normande dans un foyer aux codes moins figés, voire inversés par rapport aux stéréotypes traditionnels du couple, de la famille et plus largement de la société. Pour résumer de façon raccourcie : sa mère au caractère affirmé tenait les cordons de la bourse et son père, plutôt moelleux, cuisinait plus souvent qu'à son tour. Elevée dans la conscience qu'il ne fallait pas se laisser piégé par le mariage, par le statut de mère au foyer, agrémenté ou non de celui de secr

Mamie Luger (Benoît Philippon)

Respect Je rejoins avec enthousiasme un avis général très positif sur ce roman de Benoît Philippon, écrivain que je découvre pour l'occasion. Auteur de roman noir selon Wikipedia, auteur de roman truculent selon Sorel 😜, il a clairement le don pour écrire avec beaucoup d'esprit un récit au ton décalé qui sonne plus vrai que nature. De quoi ravir le lecteur. L'histoire de Berthe, 102 ans au compteur et fanatique de la gâchette, est clairement réjouissante. D'emblée, l'empathie pour elle est totale et a contrario proche de zéro pour ses victimes dont on a plaisir à voir le caquet rabattu en passant de vie à trépas. Même s'il est écrit sur le ton de l'humour par un homme, Mamie Luger m'est apparu comme un roman féministe. Le petit défaut du scénario est peut-être l'accumulation tout au long de la longue vie de Berthe de situations qui se ressemblent. Le point d'orgue est à mon avis le tête à tête de cette mamie sans petits-enfants face à Mouss, le

Einstein, le sexe et moi (Olivier Liron)

Encyclopédie En refermant Einstein, le sexe et moi  d'Olivier Liron, ma première pensée a été : dans notre monde aux attentes standardisées, ça vaut peut-être le coup de ne pas être dans la norme, la différence permettant de développer des qualités que l'on n'aurait pas sinon. Je ne parle évidemment que purement théoriquement puisque les inconvénients dépassent bien sûr les avantages et l'auteur nous le démontre en évoquant, de façon saisissante bien que succincte (le fait-il dans ses autres livres ?), des horribles brimades qu'il a subies une bonne partie de sa vie, principalement à l'école. La nature malveillante d'un certain nombre d'entre nous face à la différence fait froid dans le dos. Pourtant, ça m'aurait plu de tout connaître sur la botanique, le radeau Kon-Tiki ou les nombreuses variétés de mésanges, de gagner à Questions pour un champion , d'écrire de façon juste et simple, avec rythme et humour. Bref, d'être un être humain un peu

Demain est une autre nuit (Yann Queffélec)

Obscurité Autant le dire tout de go, je suis complètement passé à côté de ce roman de Yann Queffélec. Le pitch était alléchant, d'où mon craquage en librairie, mais je ne suis jamais parvenu à entrer dans le face-à-face de deux frangins qui se retrouvent dans une chambre d'hôpital plus de trente ans après s'être perdus de vue. Comment cela se fait-il alors qu'ils étaient cul et chemise dans leur jeunesse ?  Quelques centaines de pages plus tard, je ne le sais toujours pas car la narration déstructurée, les répliques entremêlées, les réflexions intérieures obscures m'ont demandé trop d'efforts et autant au début, je tenais le coup, autant ensuite je me suis clairement découragé. J'ai fini le livre sans piger l'épilogue, je crois que c'est la première fois que ça m'arrive. Cela ne présuppose évidemment en rien la valeur intrinsèque du roman. Le Livre de Poche Un homme ne vieillit pas à cinquante ans comme à, disons : soixante-neuf. A cinquante, il

Carrousel-des-anges (Benjamin Randow)

Balade parisienne Le style de Benjamin Randow m'a conquis. Son roman Carrousel-des-anges , dédicacé à mon attention, est le cadeau d'un ami cher. Je les remercie tous les deux. Au moyen de longues phrases bien roulées. la superposition de personnages parisiens sur plusieurs générations, leurs pérégrinations intimes, familiales et sociales dans les quartiers des 2ème, 9ème et 10ème arrondissements sont prétexte à toutes sortes de considérations sur la culture et sur les choses de la vie (cf. passage ci-après). L'ensemble m'évoque érudition, charme, élégance et un soupçon de fantaisie désuète. Cohen&Cohen - page 113 Mais Édouard, qui aimait pour la première fois, n'était ni aguerri ni lucide. Il brûlait ses vaisseaux en croyant les réarmer, et prenait pour de la passion les flammes qui dévoraient sa flotte. Plus il aimait Charles et plus sans le savoir il précipitait la fin de leur histoire. Les deux amis croyaient que l'amour est un brasier qui s'alimente

Isabelle, l'après-midi (Douglas Kennedy)

  French garçonnière Dans  Isabelle, l'après-midi ,  Douglas Kennedy utilise la même recette que pour sa précédente trilogie  La symphonie du hasar d , celle de la chronique au long cours. Cette fois-ci, il choisit de suivre entre les années 1970 et les années 2000, le destin intime d'un jeune Américain tombé fou amoureux d’une Française. Isabelle, Parisienne mariée et plus âgée, le reçoit certains après-midi de la semaine dans son appartement de la rive gauche. Quand les Françaises restent des Françaises mais que les conventions sociales sont plus fortes que tout le reste ... Avec son habituel talent pour les récits intimes, son sens aiguisé de la critique sociologique, française comme américaine, et juste ce qu'il faut de clichés, Kennedy raconte cette passion contrariée, faite de compromis et de faux-semblants. Pour le jeune homme, il faut pourtant bien la vivre jusqu'au bout, sa romance à Paris, plutôt que ne pas la vivre du tout. Un roman juste, incisif et vibrant

Au Bonheur des Dames (Émile Zola)

Le sens de l'Histoire Nous avons quitté Octave Mouret s'installant en ménage avec la patronne du Bonheur des Dames dans Pot-Bouille , nous le retrouvons veuf et triomphant quelques années plus tard. Il est à la tête du grand magasin pour lequel il a des ambitions démesurées mais à la mesure de l'époque, au moment où la population parisienne (Zola entend par là les femmes) découvre les temples de la consommation à bas prix. La jeune Denise débarque de Normandie avec ses frères et va en quelque sorte révolutionner l'endroit malgré elle. Ce tome des Rougon-Macquart fait du bien avec son ton plutôt positif, voire optimiste, malgré la critique ouverte des nouvelles habitudes de vie qui émergent à cette époque et l'effet désastreux qu'elles ont sur le petit commerce. Même Denise qui constate les dommages collatéraux dans son entourage semble se réjouir de l'évolution. Pour elle, c'est aussi le sens de l'Histoire. La peinture de l'établissement qui sem

Paris-Briançon (Philippe Besson)

Entre parenthèses Ce soir-là à Austerlitz, Alexis, Catherine, Hugo, Julia et les autres embarquent dans un train de nuit. Au petit matin, ils seront dans les Alpes. Une parenthèse nocturne pour se découvrir et s'apprécier ... Un "roman au suspense redoutable" affirme la 4ème de couverture. Sans aller jusque-là, l'auteur a la bonne idée d'introduire de la dramaturgie en annonçant tout de go que le lecteur va devoir s'accrocher à la rampe de sécurité car le train va partir, ça va secouer, tout le monde n'arrivera pas à destination. On a un peu l'impression de revivre un roman d'Agatha Christie, pourquoi pas  Le crime de l'Orient Express ? 😋 La comparaison s'arrête là car malgré l'aspect thriller et la suite des évènements, on restera dans un pur produit de Philippe Besson, avec ses thèmes de prédilection, des personnages bien écrits, la teneur de leurs échanges tout en psychologie, tact et émotion . C'est une bonne nouvelle, je dira

La fractale des raviolis (Pierre Raufast)

Le rapport avec la choucroute La fractale des raviolis est construit de façon bien particulière, à la manière des poupées gigognes : une histoire en amène une deuxième qui en inspire une troisième et ainsi de suite. Aucune de ces histoires prises à part, n'est déplaisante, elles sont même souvent agréablement insolites, mais à force de les voir défiler, j'en ai assez vite perdu mon latin. Quand la boucle s'est bouclée, c'est le fil du scénario global que j'avais perdu en chemin. Au moins en partie à cause d'un manque de concentration, que je n'ai pas eu envie de corriger. Pour ceux qui en ont marre du réalisme et des autofictions en vogue, il faut foncer. J'y ai surtout vu un exercice de style, intéressant en soi mais qui ne m'a pas convenu. Dans la veine absurde, j'ai préféré  Le jardin du bossu de Franz Bartelt, plus compréhensible et autrement plus drôle. Folio - page 19 Marc et moi étions mariés depuis plus de dix ans. À ma connaissance, pa

Les choses humaines (Karine Tuil)

  La chose humaine D'aucuns reprocheront à ce récit d'être trop dans l'air du temps. De mon côté, je suis reconnaissant à Karine Tuil de traiter le sujet des violences sexuelles faites au femmes de cette manière, c'est à dire sous la forme d'un roman aux accents documentaires, appuyés par son style plutôt journalistique et malgré tout empathique. J'aime son idée de réaliser une peinture sans jugement définitif sur un sujet brûlant de notre temps. L'auteure pénètre les pensées des protagonistes, fruits de leur éducation et de leur parcours, en privilégiant pourtant le point de vue de l'agresseur et de ses parents. Comme pour les confronter à leur culpabilité et à leurs contradictions. Comme si, par l'horreur de son calvaire, le désarroi palpable de la victime et ses témoignages à la barre étaient suffisamment éloquents et que sonder son âme fausserait l'objectivité du débat. Malgré ça, tous les points de vue sont exposés : victimes, bourreaux, tém