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Einstein, le sexe et moi (Olivier Liron)

Encyclopédie En refermant Einstein, le sexe et moi  d'Olivier Liron, ma première pensée a été : dans notre monde aux attentes standardisées, ça vaut peut-être le coup de ne pas être dans la norme, la différence permettant de développer des qualités que l'on n'aurait pas sinon. Je ne parle évidemment que purement théoriquement puisque les inconvénients dépassent bien sûr les avantages et l'auteur nous le démontre en évoquant, de façon saisissante bien que succincte (le fait-il dans ses autres livres ?), des horribles brimades qu'il a subies une bonne partie de sa vie, principalement à l'école. La nature malveillante d'un certain nombre d'entre nous face à la différence fait froid dans le dos. Pourtant, ça m'aurait plu de tout connaître sur la botanique, le radeau Kon-Tiki ou les nombreuses variétés de mésanges, de gagner à Questions pour un champion , d'écrire de façon juste et simple, avec rythme et humour. Bref, d'être un être humain un peu
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Demain est une autre nuit (Yann Queffélec)

Obscurité Autant le dire tout de go, je suis complètement passé à côté de ce roman de Yann Queffélec. Le pitch était alléchant, d'où mon craquage en librairie, mais je ne suis jamais parvenu à entrer dans le face-à-face de deux frangins qui se retrouvent dans une chambre d'hôpital plus de trente ans après s'être perdus de vue. Comment cela se fait-il alors qu'ils étaient cul et chemise dans leur jeunesse ?  Quelques centaines de pages plus tard, je ne le sais toujours pas car la narration déstructurée, les répliques entremêlées, les réflexions intérieures obscures m'ont demandé trop d'efforts et autant au début, je tenais le coup, autant ensuite je me suis clairement découragé. J'ai fini le livre sans piger l'épilogue, je crois que c'est la première fois que ça m'arrive. Cela ne présuppose évidemment en rien la valeur intrinsèque du roman. Le Livre de Poche Un homme ne vieillit pas à cinquante ans comme à, disons : soixante-neuf. A cinquante, il

Carrousel-des-anges (Benjamin Randow)

Balade parisienne Le style de Benjamin Randow m'a conquis. Son roman Carrousel-des-anges , dédicacé à mon attention, est le cadeau d'un ami cher. Je les remercie tous les deux. Au moyen de longues phrases bien roulées. la superposition de personnages parisiens sur plusieurs générations, leurs pérégrinations intimes, familiales et sociales dans les quartiers des 2ème, 9ème et 10ème arrondissements sont prétexte à toutes sortes de considérations sur la culture et sur les choses de la vie (cf. passage ci-après). L'ensemble m'évoque érudition, charme, élégance et un soupçon de fantaisie désuète. Cohen&Cohen - page 113 Mais Édouard, qui aimait pour la première fois, n'était ni aguerri ni lucide. Il brûlait ses vaisseaux en croyant les réarmer, et prenait pour de la passion les flammes qui dévoraient sa flotte. Plus il aimait Charles et plus sans le savoir il précipitait la fin de leur histoire. Les deux amis croyaient que l'amour est un brasier qui s'alimente

Isabelle, l'après-midi (Douglas Kennedy)

  French garçonnière Dans  Isabelle, l'après-midi ,  Douglas Kennedy utilise la même recette que pour sa précédente trilogie  La symphonie du hasar d , celle de la chronique au long cours. Cette fois-ci, il choisit de suivre entre les années 1970 et les années 2000, le destin intime d'un jeune Américain tombé fou amoureux d’une Française. Isabelle, Parisienne mariée et plus âgée, le reçoit certains après-midi de la semaine dans son appartement de la rive gauche. Quand les Françaises restent des Françaises mais que les conventions sociales sont plus fortes que tout le reste ... Avec son habituel talent pour les récits intimes, son sens aiguisé de la critique sociologique, française comme américaine, et juste ce qu'il faut de clichés, Kennedy raconte cette passion contrariée, faite de compromis et de faux-semblants. Pour le jeune homme, il faut pourtant bien la vivre jusqu'au bout, sa romance à Paris, plutôt que ne pas la vivre du tout. Un roman juste, incisif et vibrant

Au Bonheur des Dames (Émile Zola)

Le sens de l'Histoire Nous avons quitté Octave Mouret s'installant en ménage avec la patronne du Bonheur des Dames dans Pot-Bouille , nous le retrouvons veuf et triomphant quelques années plus tard. Il est à la tête du grand magasin pour lequel il a des ambitions démesurées mais à la mesure de l'époque, au moment où la population parisienne (Zola entend par là les femmes) découvre les temples de la consommation à bas prix. La jeune Denise débarque de Normandie avec ses frères et va en quelque sorte révolutionner l'endroit malgré elle. Ce tome des Rougon-Macquart fait du bien avec son ton plutôt positif, voire optimiste, malgré la critique ouverte des nouvelles habitudes de vie qui émergent à cette époque et l'effet désastreux qu'elles ont sur le petit commerce. Même Denise qui constate les dommages collatéraux dans son entourage semble se réjouir de l'évolution. Pour elle, c'est aussi le sens de l'Histoire. La peinture de l'établissement qui sem

Paris-Briançon (Philippe Besson)

Entre parenthèses Ce soir-là à Austerlitz, Alexis, Catherine, Hugo, Julia et les autres embarquent dans un train de nuit. Au petit matin, ils seront dans les Alpes. Une parenthèse nocturne pour se découvrir et s'apprécier ... Un "roman au suspense redoutable" affirme la 4ème de couverture. Sans aller jusque-là, l'auteur a la bonne idée d'introduire de la dramaturgie en annonçant tout de go que le lecteur va devoir s'accrocher à la rampe de sécurité car le train va partir, ça va secouer, tout le monde n'arrivera pas à destination. On a un peu l'impression de revivre un roman d'Agatha Christie, pourquoi pas  Le crime de l'Orient Express ? 😋 La comparaison s'arrête là car malgré l'aspect thriller et la suite des évènements, on restera dans un pur produit de Philippe Besson, avec ses thèmes de prédilection, des personnages bien écrits, la teneur de leurs échanges tout en psychologie, tact et émotion . C'est une bonne nouvelle, je dira

La fractale des raviolis (Pierre Raufast)

Le rapport avec la choucroute La fractale des raviolis est construit de façon bien particulière, à la manière des poupées gigognes : une histoire en amène une deuxième qui en inspire une troisième et ainsi de suite. Aucune de ces histoires prises à part, n'est déplaisante, elles sont même souvent agréablement insolites, mais à force de les voir défiler, j'en ai assez vite perdu mon latin. Quand la boucle s'est bouclée, c'est le fil du scénario global que j'avais perdu en chemin. Au moins en partie à cause d'un manque de concentration, que je n'ai pas eu envie de corriger. Pour ceux qui en ont marre du réalisme et des autofictions en vogue, il faut foncer. J'y ai surtout vu un exercice de style, intéressant en soi mais qui ne m'a pas convenu. Dans la veine absurde, j'ai préféré  Le jardin du bossu de Franz Bartelt, plus compréhensible et autrement plus drôle. Folio - page 19 Marc et moi étions mariés depuis plus de dix ans. À ma connaissance, pa

Les choses humaines (Karine Tuil)

  La chose humaine D'aucuns reprocheront à ce récit d'être trop dans l'air du temps. De mon côté, je suis reconnaissant à Karine Tuil de traiter le sujet des violences sexuelles faites au femmes de cette manière, c'est à dire sous la forme d'un roman aux accents documentaires, appuyés par son style plutôt journalistique et malgré tout empathique. J'aime son idée de réaliser une peinture sans jugement définitif sur un sujet brûlant de notre temps. L'auteure pénètre les pensées des protagonistes, fruits de leur éducation et de leur parcours, en privilégiant pourtant le point de vue de l'agresseur et de ses parents. Comme pour les confronter à leur culpabilité et à leurs contradictions. Comme si, par l'horreur de son calvaire, le désarroi palpable de la victime et ses témoignages à la barre étaient suffisamment éloquents et que sonder son âme fausserait l'objectivité du débat. Malgré ça, tous les points de vue sont exposés : victimes, bourreaux, tém

La république du bonheur (Ogawa Ito)

Présidente ! Deuxième round en compagnie d'Hatoko, dite Poppo. Les talents d'écrivain public de la propriétaire de la papeterie Tsubaki font plus que jamais le bonheur de sa clientèle puisqu'elle sait choisir la bonne formulation, la bonne calligraphie, le bon papier, la bonne encre ou le bon timbre. L'attachante Poppo, la sagesse incarnée, aide les gens mieux qu'un psy et tire même ses propres leçons de vie de l'expérience des autres. Pourtant, dans La république du bonheur , sa toute nouvelle vie de famille prend le pas sur cet aspect du récit. Après un retour aux racines, la jeune Japonaise les ancre encore un peu plus dans cette terre sacrée de Kamakura, parsemée de sanctuaires et de temples. Avec son mari et sa belle-fille, elle continue à cultiver harmonie, altruisme et traditions. Le lecteur que je suis y trouve plus que jamais son compte. Je ne sais pas si une suite est prévue par l'auteure mais les bases d'un troisième tome sont bel et bien posé

S'adapter (Clara Dupont-Monod)

Darwinien Au changement, aux autres, aux circonstances ... "S'adapter", n'est-ce pas ce qu'on fait tous un peu tout le temps pour survivre dans ce monde de brutes ? 😅 Le roman "darwinien" de Clara Dupont-Monod nous conte l'histoire au long cours d'une fratrie qui se construit, au moins psychiquement, autour d'un enfant né d'un handicap sévère et de parents meurtris. La douleur de ces derniers, on la devine plus qu'on ne la lit car leur point de vue est quasiment occulté au profit de celui de leurs trois autres enfants "valides" qui, eux, s'adapteront chacun à leur manière à la situation. Cela donne un roman assez particulier et aux ambitions littéraires certaines qui m'ont souvent séduit et parfois gêné, notamment quand l'auteure fait parler les pierres, un procédé qui ne me parle pas. En revanche, les différentes approches des frères et soeur face à cet enfant "inadapté" m'ont intéressé et en tout

Miroir de nos peines (Pierre Lemaitre)

Sauve qui peut La trilogie des enfants du désastre , ou le destin de quelques femmes et hommes entre (et pendant) les deux guerres, est une magnifique idée. Pas de saga familiale malgré le lien ténu entre certains personnages, histoire de créer une cohérence, mais la brillante peinture d'une France malmenée qui pourrait être destinée à ceux qui pensent que la nôtre est bien pire. Comme à son habitude, Pierre Lemaitre fait une entrée en matière détonante qui atteste de son énorme talent de conteur. Ce troisième tome m'a pourtant paru moins remarquable que les deux premiers, il n'en est pas moins prenant avec sa série de protagonistes qui, comme dans un bon Lellouche, vont converger les uns vers les autres à la fin. Chaque personnage est parfaitement écrit et inséré dans l'époque, celle de la drôle de guerre et de l'exode sur les routes des Français qui fuient l'arrivée des Allemands. Rien que pour cette fresque historique, Miroir de nos peines vaut toutes les h

La papeterie Tsubaki (Ogawa Ito)

Vers la beauté Ito Ogawa est une auteure qui fait du bien. Avec La papeterie Tsubaki , on est à mes yeux à l'apogée de la simplicité dans le style et surtout dans le récit. C'est justement cette retenue qui fait du bien. Ici, il ne s'agit que d'amour de son métier, de calligraphie, de la beauté des objets et de la nature, du changement des saisons, des rites culturels qui apaisent, de la chaleur des relations humaines, etc... Ce n'est que raffinement et bienveillance mais étrangement, point de mièvrerie, juste de l'élégance à la japonaise, une convocation à la méditation beaucoup plus efficace chez moi que tout bouquin dit de développement personnel. Et puis quel plaisir de revoir Kamakura, paisible petite ville historique et sacrée que j'espère revoir bientôt, à deux pas de l'énorme Tokyo. On y est un peu hors du temps ... ici le temps d'un roman. Picquier Poche - page 179  Moi aussi, j'étais persuadée que l'écriture était le reflet de la pe

Vivre avec nos morts (Delphine Horvilleur)

Soutenir les vivants La rabbine Delphine Horvilleur, dont l'une des attributions est d'accompagner la famille et les amis à l'occasion d'un décès, témoigne ici de son expérience et de ses réflexions sur le thème de la mort. Elle le fait évidemment à travers le prisme de la religion et de la philosophie juive. De mouvance clairement libérale, elle s'exprime avec érudition, clareté, bienveillance et une dose non négligeable d'esprit piquant. Les quelques blagues juives qui jalonnent le livre témoignent du recul salvateur d'une référente de Dieu sur terre vis-à-vis de la pratique de la religion et de Dieu lui-même.  C'est ça qui m'a le plus frappé : l'ouverture d'esprit et l'absence de prosélytisme. Ici, point de vérités assenées ni de vie éternelle à coup sûr, comme on l'entend très souvent, mais, à la place, l'humilité de dire qu'on ne sait pas ce qu'il y a après et l'idée que les femmes et les hommes du passé ouvrent l

Avant le labyrinthe : la braise (James Dashner)

  Boucler la boucle J'y suis quand même arrivé à lire la véritable préquelle de la trilogie L'épreuve, mieux connue sous le nom de celle du  labyrinthe. Le tome précédent,  L'ordre de tuer,  racontait les éruptions solaires, le virus de la braise et le combat pour survivre, mais n'abordait pas encore le projet du labyrinthe et encore moins l'entrée de Thomas et de Teresa dans l'arène, puis qu'ils existaient à peine. Là, on y est carrément et c'est le grand bénéfice de ce tome : le fan de la saga post apocalypse ne peut que se réjouir. Il découvre non seulement les tenants et aboutissants de l'histoire mais aussi retrouvent les "blocards" avant qu'ils ne perdent la mémoire. On croise bien sûr la route d'une Ava Paige pleine de duplicité, et même celle de Jorge et Brenda qui arrivent plus tard dans le récit. C'est clair, fluide, efficace, ce n'est pas de la grande littérature mais ce n'est aucunement décevant. James Dashne

Le dîner (Herman Koch)

Cartes sur table La couverture du format poche de ce roman néerlandais annonce la couleur. Sur fond de ciel bleu, un homard sur son assiette fixe froidement le lecteur, telle une métaphore du dîner de tous les dangers entre deux frères et leurs épouses. Paul, le narrateur, se rend à reculons dans un restaurant ridiculement chic (voir extrait ci-après) à la demande de son frère, un politicien de stature nationale. Malgré une aigreur palpable, le dîner commence avec une relative légèreté sous la forme d'une critique moqueuse des rapports sociaux. Ce n'est qu'après l'entrée que le plat de résistance est servi. L'heure est grave, les deux familles sont réunies pour discuter des agissements de leurs enfants. Dès l'apparition dans le récit de l'enjeu dramatique, un signal d'alarme s'est mis à se manifester en moi et la suite des évènements confirmera cette impression. La comédie sarcastique laisse place à une ambiance de thriller dont l'angle de vue m&

Changer l'eau des fleurs (Valérie Perrin)

  À la vie, à la mort Violette Toussaint porte bien son nom. Gardienne de cimetière, elle vend des fleurs aux vivants qui rendent visite à leurs disparus. J’aime ce détail poétique qui m’évoque le conte. Pourtant « Changer l’eau des fleurs » est très ancré dans la réalité, avec sa dose de drame et de ses pendants : l’espoir, l’amour, la renaissance .. Je l’ai lu avec plaisir tout en prenant mon temps. Aussi parce qu'il a pu me paraître long à quelques moments. J’ai trouvé la chronologie parfois confuse et le récit de l’histoire d’amour entre Irène et Gabriel en partie inutile à l’intrigue principale.  Cela reste un roman émouvant, joliment écrit avec poésie et bons sentiments. Le Livre de Poche - page 206 En me couchant, je pense que je n'aimerais pas mourir au milieu de la lecture d'un roman que j'aime