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Chanson douce (Leïla Slimani)

Une nounou d'enfer Le prix Goncourt 2016, omniprésent en ce moment sur les étalages des libraires, me souriait avec sa couverture bleu pastel et son titre apaisant. A l'intérieur, c'est une tout autre chanson ... nettement moins douce. Dès le début, heureusement je dirais, on nous annonce la couleur : ça va mal se finir pour le couple Massé, jeunes parisiens bourgeois bohême qui embauche Louise pour s'occuper de leurs deux enfants en bas âge. Louise est la nounou parfaite. Tellement parfaite et indispensable qu'elle devrait inquiéter ces jeunes parents, trop contents pourtant de fermer les yeux sur sa disponibilité excessivement maniaque. Car pourquoi s'en plaindre quand on peut ainsi poursuivre sa brillante carrière et retrouver le soir venu ses enfants et la cuisine torchés ?
Chanson douce n'est pourtant pas un thriller psychologique dans le genre de La main sur le berceau. Il n'y a pas de suspense en tant que tel puisque l'épilogue est rapidement…
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C'est le coeur qui lâche en dernier (Margaret Atwood)

Vaudeville Lire le roman dont est tirée La servante écarlate (ou The handmaid's tale), la série qui cartonne actuellement, était une option. Pour découvrir Margaret Atwood, j'ai préféré choisir une autre fiction de l'écrivaine canadienne, en l'occurrence la dernière en date. Mauvaise pioche, j'ai envie de dire, puisque le roman, qui partait pourtant sur de bons rails, a à mes yeux rapidement fait une sortie de route.
Stan et Charmaine ont perdu leur job à la suite d'une crise économique sans précédent. Comme des millions d'autres Américains, ils zonent sans domicile fixe en luttant quotidiennement contre la faim et l'insécurité. Lorsqu'on leur propose d'intégrer un programme très spécial pour quitter la rue, ils sautent sur l'occasion malgré d'idylliques promesses dont ils se méfient confusément. Ils n'ont pas tort car serait-on dans une dystopie si le bonheur absolu était effectivement à la clé ?
Les premières pages pose…

L'arrière-saison (Philippe Besson)

Nighthawks
Quatre personnes dans un café désert de la petite ville côtière de Chatham à Cape Cod, Massachusetts. La nuit tombe en ce jour de fin septembre, le vent se lève alors qu'à l'intérieur, l'ambiance est feutrée, familière autour d'un martini. Les propos échangés sont clairsemés, pudiques, comme inutiles. Une soirée comme une autre pour Louise, auteur à succès habituée des lieux, et Benjamin, barman. Sauf qu'elle ne va pas se dérouler exactement comme prévue. Le passé va débouler. L'avenir va-t-il se jouer en quelques minutes cruciales ?
L'arrière-saison est un court roman, petite perle de sensibilité comme Philippe Besson, de son écriture précise, sait les fabriquer. Les poses, les gestes, les regards et surtout les dialogues, au bout du compte peu nombreux, sont étudiés et disséqués un à un par l'auteur via l'angle des protagonistes du huis clos. J'ai aimé ça,  le silence, l'introspection, l'observation avant de faire un pas ve…

L'assommoir (Émile Zola)

"L'odeur du peuple"
Gervaise Macquart, épouse Coupeau, est l'un des personnages emblématique de la littérature classique française, comme le sont aussi Jean Valjean et Julien Sorel. Elle est en tout cas devenue le membre le plus éminent de la famille Rougon-Macquart. Mon envie était grande de découvrir enfin son histoire.

Le retentissement de L'assommoir, le septième de la série, fut grand au moment de sa publication en feuilleton en 1876-1877. Tout autant que le scandale qu'il suscita puisque le portrait du milieu ouvrier parisien au cours du Second Empire, jugé "pornographique" par certains, est absolument sans concession. Les descriptions criantes de vérité qui inondent le roman sont responsables de cette indignation, l'écrivain n'y allant pas par quatre chemins pour dépeindre le quotidien des habitants du quartier de la Goutte d'Or, avec leurs drames, joies, excès et labeur, tout cela avec le verbe haut du Paris populaire. Les des…

Mémé dans les orties (Aurélie Valognes)

Ne pas casser trois pattes à un canard
Depuis le temps que je voyais un peu partout ces petits livres au titre amusant et au look frais, j'avais envie d'en picorer au moins un, histoire de voir ce que cela donnait. Je suis maintenant fixé : la littérature d'Aurélie Valognes n'est pas faite pour moi.
Mémé dans les orties a pour lui la sympathique idée de mettre en avant des proverbes et autres expressions populaires. Chacun d'eux illustre un des courts chapitres qui narre avec légèreté les (més)aventures de Ferdinand, un vieux monsieur qui a un peu tout raté dans sa vie, sauf sa misanthropie. Seule sa chienne Daisy trouve grâce à ses yeux. Alors quand celle-ci est écrasée par une voiture …
On s'en doute, la jeune écrivaine va faire en sorte que Ferdinand trouve son salut avant de passer l'arme à gauche. Le scénario qu'elle construit pour ça n'en est à mon avis pas vraiment un mais ressemble plutôt à une série de saynètes sans profondeur au sein d'…

Dans la forêt (Jean Hegland)

Kit de survie
Eva et Nell, deux sœurs de dix-sept et dix-huit ans, habitent à l'écart en pleine forêt en Californie du Nord. Leurs parents sont décédés et le reste du monde semble avoir succombé à une panne générale entraînant la mort d'une grande partie de la population. Après le deuil, il va falloir vivre .. et survivre.
Il est difficile de savoir, en commençant sa lecture, à quoi s'attendre avec cette histoire. La quatrième de couverture laisse planer le doute. Est-on dans une dystopie, un drame familial, un thriller psychologique, un récit écologique ? Je dirais que c'est un peu de tout cela, ce qui place le bouquin dans une case bien à part. J'ai aimé lire sa première partie dans l'attente des retournements de situation que Jean Hegland sait distiller pour favoriser une forme de suspense tant il apparaît vraiment qu'elle ne veut pas nous dévoiler trop vite où elle souhaite finalement nous emmener. Et puis, soudain, on comprend, plus ou moins rapidemen…

En finir avec Eddy Bellegueule (Édouard Louis)

Stigmates
Cela faisait déjà quelques temps que ce premier "roman autobiographique" d'Édouard Louis était dans mon viseur et, en commençant à lire le récit de son enfance, c'est le mot "autobiographique" qui, dans mon esprit, l'a d'abord emporté sur le mot "roman". Comme beaucoup j'imagine, j'ai cru au début qu'Eddy Bellegueule était un surnom puisque Édouard n'est pas trop laid de sa personne. Mais en réfléchissant, cette version n'était pas raccord avec l'esprit du bouquin. Né dans une bourgade déshéritée de Picardie où un tel nom de famille n'est pas rare, le petit Eddy Bellegueule a reçu de ses parents un prénom américain comme un aveu de leur origine ouvrière modeste.
A l'aide d'une structure de chapitres par thématique et une écriture à mon avis en devenir, il réalise un récit d'une grande violence psychologique. Il enfonce le clou et entérine la fuite de son village, de son milieu et de sa fa…

L'affaire Jane Eyre (Jasper Fforde)

Tout un roman
L’idée de départ de L'affaire Jane Eyre est vraiment très bonne. L’héroïne Thursday Next, au nom qui est déjà tout un programme, fait partie des opérations spéciales en charge de protéger la littérature (OpSpecs 12), un art porté aux nues dans une Angleterre sous l'influence d'une multinationale et en guerre contre la Russie impériale. Pour encore mieux poser l'ambiance : le Pays de Galles voisin est un état socialiste indépendant et la France n'a pas tout à fait terminé sa Révolution ...
Simplifions une intrigue touffue et rythmée : lorsqu'un méchant aux pouvoirs maléfiques parvient à pénétrer dans le manuscrit original de Jane Eyre, c'est pour en modifier significativement l'intrigue. A moins qu'une rançon ne lui soit versée séance tenante. Thursday va faire tout son possible pour remettre de l'ordre dans le chef d'oeuvre de Charlotte Brontë.
Quel roman original ! Il est vrai que mes lectures habituelles ne sont p…

Un été (Vincent Almendros)

Love boat
C’est le plan des vacances. Pierre débarque avec sa petite amie à Naples pour passer des vacances sur le voilier de son frère Jean. Est-ce que ces quelques jours le long des côtes italiennes sont une bonne idée ? Il n’en est pas sûr ... le confort est spartiate, les deux frangins n’ont jamais été très intimes et surtout, Jeanne, la compagne de Jean, fait aussi partie du voyage.
Vincent Almendros a indéniablement su installer le climat adéquat pour un huis clos psychologique, version minimaliste et subliminale. Par des phrases courtes sans ornements et des dialogues frugaux et justes, ce roman possède un pouvoir d’évocation qui a fonctionné sur moi. La visualisation des quatre protagonistes à bord de l’exigu voilier m’a été facile. Du point de vue du narrateur, il y règne surtout moiteur, inconfort, gêne et promiscuité. Le lecteur perçoit aussi les gestes simples, les regards bienveillants, les attentions particulières, la fraicheur d’une baignade, l’érotisme contenu, l’ennui…

Frappe-toi le coeur (Amélie Nothomb)

Coeur gros
Que dire du vingt-sixième roman d'Amélie Nothomb ? La même chose que d'habitude en fait. Plutôt assez sobre dans la forme cette fois-ci, il est fluide et se lit évidemment comme on boit un Champagne rosé frais et finement pétillant. Comme d'habitude aussi, on rêverait d'une intrigue davantage développée autour de la bonne idée de départ largement sous-exploitée. Mais au bout du compte, le mieux n'est-il pas de se faire une raison et d'accepter la signature Amélie Nothomb telle qu'elle est ? Sans cette empreinte caractéristique, sans son apparente désinvolture, peut-être s'arracherait-on moins l'édition annuelle de notre écrivaine belge gentiment barrée.
Le cru 2017 n'est d'ailleurs pas son plus mauvais. Il aborde, avec le sens de la formule, des thèmes comme l'envie, l'apparence, la parentalité, l'ambition, l'admiration ...  en nous racontant Diane, jeune enfant puis jeune femme qui tente de se construire, de se f…

06H41 (Jean-Philippe Blondel)

Lundi matin dans le train
Je ne connaissais pas Jean-Philippe Blondel avant de lire 06h41, dont le titre m'a plu d'emblée. Une intrigue intime qui se déroule dans un train tôt le matin n'est-elle pas a priori digne d'intérêt ? Un homme et une femme ayant entretenu une courte, malheureuse et presque anecdotique relation il y a 27 ans, se retrouvent par hasard assis l'un en face de l'autre dans le train Troyes-Paris de 06h41 en ce lundi compliqué pour tous les deux. Les souvenirs affluent violemment, ils font semblant de ne pas se reconnaître. Je relirai cet auteur car j'ai retrouvé dans ce roman les ingrédients qui, je pense, me plaisent le plus dans la littérature : des personnages à la psychologie fouillée, non cliché et qui sonnent juste. Il y a du désenchantement dans leur histoire mais contrairement à du Olivier Adam (que j'aime pourtant énormément lire), elle est suffisamment courte pour ne pas en devenir pesante. Ca se lit comme un roman de gare …

La tresse (Laetitia Colombani)

De mèche
En voilà un joli livre. Le premier roman de Laetitia Colombani, avec ses thèmes qui sont loin d'être anodins, dégage paradoxalement un charme gracile qui va droit au coeur. Pour commencer, l'idée de départ est parfaite : réunir trois histoires, trois femmes, trois lieux différents du large monde. Smirta, Giulia et Sarah n'ont a priori aucun rapport entre elles sauf à tisser leur destin chacune de leur côté, ce qui formera à terme, on le devine, une tresse unique à partir de leur propre mèche. Le propos est largement féminin et féministe. Des trois histoires, la plus marquante est bien sûr la jeune femme indienne née dans la caste des Intouchables. Pour elle, davantage que pour les autres, il ne s'agit même pas encore de féminisme, mais bien d'émancipation, de résilience et de courage face aux traditions ancestrales érigées en vérité. Pour les autres, il s'agit de lutter contre le machisme, la maladie ou contre soi-même. Ce n'est pas non plus un…

2710 jours (Lucien Violleau)

"Enfin vivre"
Lucien Violleau, jeune cultivateur vendéen, part "sous les drapeaux" à la fin de 1937. Juste avant la quille (terme qu'il n'utilise pourtant pas), la seconde guerre mondiale éclate. Il restera prisonnier des Allemands jusqu'en 1945, soit 2710 jours loin de sa famille (à part quelques permissions jusqu'en 1940) à ronger son frein, désespérant de retrouver une vie normale, de pouvoir "enfin vivre". Il tiendra un journal de ces années si particulières dans une vie, un écrit a priori fidèlement reproduit à partir des trois carnets qu'il laisse à  sa mort en 2003. Plutôt qu'un journal quotidien, routinier, Lucien Violleau réalise un récit construit, étonnamment scénarisé par le hasard de son histoire, qui laisse transparaître mal-être, espoir et émotions. Pourtant globalement, ses états d'âme sont pudiques et on en apprend peu sur sa vie laissée au pays ou sur les liens créés avec ses "copains" d'infort…

La vérité sur l'affaire Harry Quebert (Joël Dicker)

La recette du roman à succès
Marcus Goldman a écrit un premier livre au succès fulgurant. L'adrénaline des honneurs retombée, il se retrouve face à l'insurmontable mur que représente l'écriture d'un deuxième roman. Il recontacte le grand écrivain Harry Quebert, ami et mentor délaissé depuis quelques mois. Marcus a l'espoir que celui-ci l'aidera à surmonter l'épreuve de la page blanche. Malheureusement, dans la foulée, le corps de Nora Kellergan, disparue il y a 33 ans, est retrouvée enterré dans le jardin de Harry Quebert à Aurora, New Hampshire. Nora est l'inspiratrice de son chef d'œuvre écrit au cours de l'été 1975, celui de leur grand amour.
C'est bien sûr l'impressionnant succès de Joël Dicker qui m'a donné envie d'avoir une opinion sur ce roman que presque tout le monde a aimé. A sa lecture, on comprend aisément l'engouement qu'il suscite car ses qualités de page-turner sont indéniables : des chapitres plutôt court…

Le coeur d'une autre (Tatiana de Rosnay)

Le coeur, le nouveau cerveau ?
Bon an, mal an, je continue mon tour d'horizon des auteurs à succès. A ce titre, Tatiana de Rosnay tient bien sa place depuis une dizaine d'années. Sur le papier, son image de romancière grand public qui fait pleurer dans les chaumières, justifiée ou non, ne m'attirait pas spécialement. j'ai voulu tenter avec peut-être, d'entrée, un mauvais choix de roman.
Bruce Boutard n'a pas seulement son nom comme repoussoir. C'est un ours mal léché qui a beaucoup de mal à communiquer avec qui que ce soit, à part peut-être son fils et son meilleur ami. Lorsque, suite à un diagnostic et une attente pénible, il est greffé d'un nouveau coeur, sa vie va changer du tout au tout. Un transfert d'âme va comme s'effectuer entre le donneur et le receveur. Une seconde vie d'esthète commence-t-elle pour l'ami Bruce ?
L'idée est sympathique et la lecture en soi pas désagréable mais malheureusement la narration abonde de situati…

Chlorophylle, intégrale tome 1 (Raymond Macherot)

Quel lérot !
Récemment, tandis que je flânais dans un magasin de bandes dessinées, je suis littéralement tombé en arrêt, comme choqué, devant un album de Chlorophylle. On peut dire sans se tromper, alors que j'avais tant aimé à l'époque emprunter ses albums à la bibliothèque municipale, que j'avais complètement oublié ce petit lérot de mes lectures d'enfant avec sa bouille sympathique affublé d'un œil au beurre noir. Il n'en fallait pas plus pour que je fasse l'acquisition de ses premières aventures que Le Lombard a eu la bonne idée de regrouper dans un beau libre relié avec du papier de qualité tout en conservant le visuel vintage de l'époque. Le tome 1 de l'intégrale présente aussi l'auteur Raymond Macherot et le contexte des cinq premières histoires de Chlorophylle créées dès 1954 dans l'édition belge du journal de Tintin.
Avec Chloro, pas de dialogues infantilisants mais des énigmes à résoudre et un certain souffle épique. Le texte des …