Accéder au contenu principal

Articles

dernière lecture

Une partie de badminton (Olivier Adam)

Exister, quel sport de rue Rien ne me met plus littérairement en joie que la perspective d'un roman d'Olivier Adam. Je n'ai donc pas boudé mon plaisir en ouvrant Une partie de badminton , sa plus récente sortie en poche. Au premier abord, la recette habituelle, testée et approuvée par votre serviteur, est savamment exécutée par le biais du contexte récurrent du double fictif de l'auteur : écrivain, deux enfants, politiquement engagé à gauche (c'est particulièrement marqué dans ce roman) et en proie à une désespérance existentielle entre région parisienne et Bretagne. Malgré cela, j'ai assez vite ressenti un ton différent. Le narrateur, cet homme pas simple mais attachant quand on est dans sa tête, est moins au bord de la rupture que d'habitude. En tout cas, l'auteur en fait un peu moins dans la noirceur psychologique. En contrepartie, tous les déboires possibles, ou presque, tombent sur le coin de la tête de notre anti-héros : personnels, conjugaux, fami
Articles récents

Pot-Bouille (Émile Zola)

Faites ce que je dis ... Le personnage central du très choral  Pot-Bouille (qui signifie "popote" ou "tambouille") est Octave Mouret, issu de la branche de la petite bourgeoisie de l'arbre généalogique des Rougon-Macquart, coincée entre les Rougon proche du pouvoir et les miséreux Macquart. Octave arrive à Paris pour y faire son trou et pour cela, rien de tel que mettre la main sur une maîtresse bien placée, peu importe finalement qu'elle soit mariée ou non. Derrière les portes du bel immeuble cossu et surtout "comme il faut" de la rue de Choiseul dans lequel il s'installe, les adultères, combines d'argent et autres atteintes à la bonne morale y vont bon train, tout cela sous l'oeil blasé des domestiques qui se débattent eux-mêmes dans leurs propres contradictions. L'histoire, resserrée sur le petit monde d'un immeuble bourgeois où l'hypocrisie règne en maître, se situe entre le vaudeville grinçant et le drame social. Il es

Le jardin du bossu (Franz Bartelt)

Le dentier de la prostituée Franz Bartelt est très fort. Il réussit admirablement ce polar déjanté, bourré d'humour et d'esprit. Le narrateur, cet homme sans nom, cet anti héros, est une petit frappe crâneuse au bagout prolo qui, à ses heures, devient poète intello au langage soigné. Lui, il s'en fiche car il a de nobles idées "basées sur l'idée de gauche" (voir extrait ci-après) mais pour combler les instincts vénaux de sa petite amie, il a bien l'intention de détrousser un présentateur de télé-achat dont la qualité première est d'être riche comme Crésus. C'est le début des ennuis.  Très fort(e) aussi celle ou celui qui voit venir le dénouement. Il m'a laissé un peu baba mais bien sûr pas autant que le narrateur lui-même qui tombe de haut quand la vérité lui apparaît. La fin est donc inattendue, l'intrigue est baroque, les rebondissements valent leur pesant de cacahuètes et le style, lui, casse tout sur son passage, tant il est jubilatoire

Juste la fin du monde (Jean-Luc Lagarce)

Théâtre vivant Dans sa pièce ,  Jean-Marc Lagarce ne fait pas du Racine et ce n'est pas ce qu'on lui demande. Il écrit ses dialogues et ses monologues pour sonner vrai à la manière habituelle d'une famille de la classe moyenne française en pleine commotion car Louis, l'aîné de la fratrie, revient chez sa mère. L'attendent aussi sa soeur, son frère et sa belle-soeur qui formulent immédiatement leur incompréhension à son encontre. Pourquoi est-il parti il y a si longtemps pour ne revenir que maintenant ? Lui est venu leur dire qu'il va mourir. Il n'y parviendra pas.  Un roman est souvent bien plus riche que son adaptation au cinéma. L'auteur a davantage d'espace pour poser le contexte, expliquer les tenants et les aboutissants et rendre compte du dialogue intérieur des protagonistes, et cela même si rien n'égale la force de frappe du cinéma pour aider le spectateur à se représenter l'histoire. Au théâtre, c'est un peu l'inverse : rien n

La trilogie berlinoise - Un requiem allemand (Philip Kerr)

Bernie à la chasse aux nazis  J'ai eu plus de mal à me plonger dans ce troisième volet de  La trilogie berlinoise que dans les deux premiers. Je mets ça sur le compte de la lassitude, le pavé comportant  quand même près de 1000 pages. Ce dernier tome est pourtant diablement intéressant. L'intrigue a l'immense avantage de se dérouler dans l'Allemagne et l'Autriche d'après-guerre alors que Berlin et Vienne sont occupées par les nations victorieuses de la seconde guerre mondiale. Le portrait de Berlin exsangue et en partie sous le joug des Soviétiques à la veille du blocus m'a particulièrement plu, malgré la difficulté à appréhender les forces en présence et les enjeux géopolitiques. La nouvelle enquête de Bernie Gunther, ancien SS durement éprouvé par les années de guerre et à nouveau détective privé, va le mener à Vienne. Par un jeu de manipulations et de faux semblants, il se retrouve malgré de lui aux trousses de hauts dignitaires nazis. Il est amené à se

Berthe Morisot, le portrait de la femme en noir (Dominique Bona)

L'amour est un bouquet de violettes Ce livre m'a été offert par un ami et je l'en remercie car mon choix de lecture d'une biographie d'un Impressionniste se serait naturellement tourné vers Claude Monet ou Edgar Degas dont les peintures me touchent davantage. Il est évident que j'aurais regardé bien autrement la rétrospective, pourtant très appréciée, que le musée d'Orsay a consacré à Berthe Morisot en 2019 si j'avais lu au préalable son magnifique portrait par Dominique Bona. Pour celui-ci, l'Académicienne a obtenu la Bourse Goncourt de la biographie, récompense complètement méritée tant son travail très documenté et brillamment rédigé sur Morisot et son mouvement pictural, m'a passionné. On y découvre l'artiste peintre pour laquelle on a du mal à ne pas préciser qu'elle est une femme. Cette problématique du genre devrait être un détail mais elle n'en est évidemment pas un à la fin des années 1860 lorsqu'elle se rapproche petit à

Un instant d'abandon (Philippe Besson)

  Débarrasser le plancher C'est un vrai plaisir de retrouver, le temps d'un court roman, l'écriture sèche et évocatrice de Philippe Besson. C'est à nouveau le bord de mer qui en est le cadre, cette fois-ci celui parfois maussade parfois tempétueux des Cornouailles au bout de l'Angleterre. Condamné par la justice il y a quelques années dans des circonstances tragiques, Thomas revient dans sa ville natale alors qu'il devrait plutôt la fuir. Pourquoi ? Il est difficile de ressentir de la sympathie pour cet homme. Ce qu'il a fait et sa façon de le raconter nous maintient à une certaine distance de lui. Ni coupable, ni innocent, il a fait le choix, en grande partie inconscient, de provoquer l'impardonnable pour enfin revivre, quitte à devoir passer d'abord par la case prison. La sympathie non donc, l'empathie peut-être car n'avons-nous pas tous ressenti ça un jour ? Vouloir changer le cours de sa vie sans avoir le courage de passer à l'acte, e

Le discours (Fabrice Caro)

La vie est un porte-serviettes Adrien est sommé par son futur beau-frère de prononcer un discours pendant le repas de mariage de sa soeur. Ça tombe vraiment mal, c'est la dose de stress en trop alors qu'il attend des nouvelles de Sonia, qui s'octroie une pause dans leur couple depuis 38 jours ... Les romans introspectifs sont évidemment ceux que je préfère. Alors quand ils sont drôles, ce n'est que du bonus. Dans Le discours , plus que de l'humour pur, il s'agit surtout d'une sorte d'esprit absurde et décalé qui, chez moi, a fait mouche presque à chaque fois. Il est fondé sur un sens aigu de l'observation des petits travers de la société et de nos interactions avec familles et amis, êtres humains si proches de nous depuis toujours mais de plus en plus difficiles à comprendre avec les années. Mais ce roman n'aurait pas pu totalement me plaire s'il n'avait été que drôle. La causerie intérieure et désespérée d'Adrien au cours d'un re

Né d'aucune femme (Franck Bouysse)

La misérable Ce roman, au titre qui claque, raconte une histoire sombre et tragique qui a tout du conte manichéen comme du roman du 19ème siècle. Le destin effroyable de Rose n'a pas grand chose à envier à la Fantine de Victor Hugo. L'intrigue se passe d'ailleurs plus ou moins à la même époque - on l'apprend grâce à un détail au détour d'une phrase - dans une quelconque région rurale de France. Vendue par son père à des Thénardier de la pire espèce, la jeune fille ne va pas être à la fête, c'est le moins qu'on puisse dire. A tel point que l'intrigue a tendance à verser dans le misérabilisme et du coup à rendre la lecture oppressante malgré la tournure assez prévisible des évènements. Au moment du dénouement, une légère bise d'optimisme souffle enfin mais c'est à mon goût un peu trop rapide et pas très limpide. Pour autant, Né d'aucune femme est un sacré morceau de littérature. Il y a à la fois une forme de rudesse très terrienne et un souffl

La trilogie berlinoise - La pâle figure (Philip Kerr)

Bernie à la rescousse Berlin, 1938, deux ans ont passé depuis l'enquête de L'été de cristal . Bernhard Gunther travaille maintenant avec un associé et les affaires sont bonnes dans une Allemagne nazie au climat de plus en plus délétère. À la demande non négociable de Heydrich, directeur de la Gestapo, notre compétent et audacieux détective privé réintègre la police criminelle pour tenter d'élucider le meurtre de jeunes Allemandes, comprenez aryennes. Appréhendant assez vite les enjeux et ressorts de l'affaire, il va mettre beaucoup de coeur à l'ouvrage pour tenter d'éviter aux Juifs de Berlin le pire. On connait la suite. Ce deuxième tome de La trilogie berlinoise m'a encore plus emballé que le premier car il a une intrigue plus facile à suivre. C'est utile pour apprécier pleinement un roman même si en l'occurrence parvenir à toucher du doigt le contexte historique et l'atmosphère de l'époque est à mes yeux le plus important. La pâle figur

Les victorieuses (Laetitia Colombani)

  Navire de pierre Ce roman a atterri dans mon assiette car il a l'honneur de passer après La tresse , grand succès de librairie dont l'entrelac d'histoires et la chute m'avaient charmé et qui est à l'origine de mon club de lecture auquel je tiens beaucoup. Les victorieuses  m'a moins emporté mais présente tout de même un atout de poids, celui de raconter l'histoire et le quotidien d'un grand navire de pierre que je connais bien de vue pour l'avoir côtoyé géographiquement à Paris pendant longtemps : Le Palais de la Femme. Ce roman le révèle de l'intérieur à travers l'histoire de Solène, avocate en burn-out propulsée bénévole dans ce foyer pour femmes en difficultés. Des femmes de tous horizons, racontées par Laetitia Colombani avec empathie mais aussi de façon très méthodique au risque de frôler l'énumération clinique et le documentaire sur les cas-types des violences faites aux femmes. C'est donc touchant mais un peu facile dans la

La librairie des coeurs brisés (Robert Hillman)

  Tomber sept fois, se relever huit Années soixante, Tom est agriculteur à Hometown, Australie. Il est séparé de sa femme qui, à quelques mois d'intervalle, a emporté loin de lui le fils qu'il a élevé et aimé. Le labeur quotidien à la ferme le garde la tête hors de l'eau et quand Hannah, une irrésistible Juive hongroise un peu extravagante, débarque dans le village avec l'idée saugrenue d'ouvrir une librairie, il n'est pas loin d'être prêt à se laisser mettre le grappin dessus. C'est après un début de lecture perplexe, avec la crainte de parcourir jusqu'au bout une romance facile, que le roman gagne heureusement en profondeur au fur et à mesure que le profil des personnages se dessinent et se complexifient, que leurs passés et leurs fêlures se révèlent. S'invitent alors la monstruosité de la déportation juive en Europe et les dérives sectaires d'une communauté chrétienne locale qui densifient et dramatisent clairement le propos. Mais Robert

Le corps des anges (Mathieu Riboulet)

Ceci est mon sang L'écrivain Mathieu Riboulet maîtrise l'intime et la langue française. Le corps des anges  en est la parfaite démonstration. Adepte des longues phrases de descriptions et d'évocations à la limite de l'irréel, il écrit un texte excessivement poétique et troublant autour de plusieurs thèmes plus ou moins palpables : deuil, douleur, émancipation, liberté, beauté ... Le roman, pourtant pas si long, n'est pas facile d'accès. Je l'ai personnellement ressenti au début du roman lorsque l'on découvre Rémi, jeune rural mentalement inadapté qui entretient un rapport physique avec la terre, les oiseaux et la nature en général. Il est à ce point dans sa bulle, que l'auteur adopte une plume certes magnifique mais aussi à la limite de l'insaisissable. J'ai été plus à l'aise ensuite avec l'histoire de Gabriel, l'ange taciturne à la dérive, qui se scarifie le corps et l'âme en parcourant la France ("sur ses frontières&

La trilogie berlinoise - L'été de cristal (Philip Kerr)

Bernie aux Jeux Olympiques Berlin, 1936, le Troisième Reich tente de faire bonne figure pour ne pas épouvanter les étrangers venus assister aux Jeux Olympiques. Les livres interdits réapparaissent dans les librairies et les ignominies anti-juives sont à peine tempérées. Ancien policier devenu détective privé, Bernhard "Bernie" Gunther est, lui, engagé par un riche industriel pour remettre la main sur collier de perles volé lors du double meurtre de sa fille et de son gendre. L'enquête se révèle rapidement hors normes et Bernie assez culotté pour se confronter au pouvoir en place, à la police et à la mafia locale. Ce premier tome est évidemment passionnant pour la peinture, en apparence réaliste, que Philip Kerr réalise de l'Allemagne de l'époque, avec la diversité de sa société écrasée par le national-socialisme mais loin d'être complètement acquise au Führer, Bernie en tout premier lieu. Le ton du roman est réjouissant avec de régulières fulgurances d'h

Chaleur (Joseph Incardona)

  Le chant du cygne Le passage du livre reproduit ci-dessous est, je trouve, représentatif de ce court roman de Joseph Incardona : décalé, saugrenu, presque absurde. Ces adjectifs sont en tout cas représentatifs de la première impression que laisse cette adaptation, certes très libre, d'un évènement dramatique de 2010 qui a mis fin aux dangereux championnats du monde de sauna qui avaient lieu jusque là en Finlande. Dans la fiction, pour les deux plus grands champions du moment, Igor, ex-militaire russe et Niko, star finlandaise du "porno bio" c'est l'année ou jamais, et chacun pour ses propres raisons, de gagner et finir sa carrière en beauté. Le roman se lit vite et bien, avec ses phrases sèches et mordantes, ses situations loufoques, ses personnages étrangement et terriblement humains (que dire sur l'attachante et décomplexée copine de Niko ?) et bien sûr son humour noir qui fait mouche. Ce combat de coq made in Scandinavie paraît dérisoire mais sonne para

La fortune de Sila (Fabrice Humbert)

  Ainsi va le monde Dans La fortune de Sila , Fabrice Humbert dépeint et, par le fait, dénonce notre monde globalisé et avide d'argent en racontant les tribulations de trois arrivistes de première classe : Lev, Mark et Mathieu. Chacun, à sa manière, va faire son trou dans le pétrole, l'immobilier ou la finance avec son lot de victimes collatérales, dont leurs compagnes qui se révèlent être bien impuissantes face à l'ambition masculine, et le naïf Simon qui m'a fait vivre mes meilleures pages de lecture par son côté attachant. Et puis, il y Sila, victime suprême, le jeune migrant africain qui symbolise à lui tout seul, le peuple d'en bas opprimé par une minorité égoïste qui continuera à mettre le monde à genou tant qu'il y aura du fric à se faire et quelle que soit l'ampleur des crises passées et à venir. Malgré ça, le livre souligne aussi l'idée que la bonne fortune tient à peu de choses et que quand elle est obtenue, c'est de façon bien précaire.