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Chaleur (Joseph Incardona)

Le chant du cygneLe passage du livre reproduit ci-dessous est, je trouve, représentatif de ce court roman de Joseph Incardona : décalé et saugrenu, presque absurde. Et ça même s'il s'agit de l'adaptation, certes très libre, d'un évènement dramatique de 2010 qui a mis fin aux dangereux championnats du monde de sauna qui avaient lieu jusque là en Finlande. Dans la fiction, pour les deux plus grands champions du moment, Igor, ex-militaire russe et Niko, star finlandaise du "porno bio" c'est l'année ou jamais, et chacun pour ses propres raisons, de gagner et finir sa carrière en beauté.Le roman se lit vite et bien, avec ses phrases sèches et mordantes, ses situations loufoques, ses personnages étrangement et terriblement humains (que dire sur l'attachante et décomplexée copine de Niko ?) et bien sûr son humour noir qui fait mouche. Ce combat de coq made in Scandinavie paraît dérisoire mais sonne paradoxalement juste. Une lecture distrayante. 
Pocket -…
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La fortune de Sila (Fabrice Humbert)

Ainsi va le monde Dans La fortune de Sila, Fabrice Humbert dépeint et, par le fait, dénonce notre monde globalisé et avide d'argent en racontant les tribulations de trois arrivistes de première classe : Lev, Mark et Mathieu. Chacun, à sa manière, va faire son trou dans le pétrole, l'immobilier ou la finance avec son lot de victimes collatérales, dont leurs compagnes qui se révèlent être bien impuissantes face à l'ambition masculine, et le naïf Simon qui m'a fait vivre mes meilleures pages de lecture par son côté attachant. Et puis, il y Sila, victime suprême, le jeune migrant africain qui symbolise à lui tout seul, le peuple d'en bas opprimé par une minorité égoïste qui continuera à mettre le monde à genou tant qu'il y aura du fric à se faire et quelle que soit l'ampleur des crises passées et à venir. Malgré ça, le livre souligne aussi l'idée que la bonne fortune tient à peu de choses et que quand elle est obtenue, c'est de façon bien précaire.
Ce rom…

Face au vent (Jim Lynch)

Prendre le voile
Chez les Johannssen, la voile est une histoire de famille. Chez le père, c'est presque obsessionnel. Sa femme et ses enfants adhèrent mais suivent le rythme sans réellement avoir le choix. Chacun d'entre eux en retire pourtant ce qu'il veut selon son caractère et ses aptitudes. Josh, narrateur et deuxième de la fratrie, soi-disant le moins ambitieux, aime certes naviguer mais surtout bricoler les voiliers, particulièrement ceux des autres. Sa manière à lui d'aider son prochain, de participer à la marche du monde ...Jim Lynch est doué pour absorber le lecteur. Il fait de cette chronique familiale un récit rythmé, vivant, drôle et plein d'anecdotes et remarques sociologiques, scientifiques ou autres, sans omettre pour autant les conflits et les drames qui surviennent inévitablement dans toute famille.
Le ton du roman est donc impeccable mais j'ai toutefois éprouvé jusqu'à un certain point un manque d'empathie à l'encontre de cette famil…

La tête sous l'eau (Olivier Adam)

Et dans le tambour
Antoine a beaucoup de mal à garder la tête hors de l'eau. Sa vie d'ado ordinaire est complètement bouleversée depuis que sa grande soeur Léa a disparu au cours d'un festival de musique en Bretagne. Sa famille s'y est installée depuis quelques mois pour prendre un tout nouveau départ. Au lieu de ça, l'angoisse et le manque ont infiltré le foyer et ses parents menacent d'exploser en vol. Quand Léa est retrouvée vivante, mais non indemne, l'immense soulagement laisse vite la place à une nouvelle bataille : faire face au désarroi de sa soeur.Il s'agit du premier ouvrage jeunesse d'Olivier Adam que je me mets sous la dent. J'ai été surpris en l'apprenant après coup. Certes, il est moins long que la plupart des autres, la noirceur envahit peut-être de façon plus édulcorée les états d'âme des personnages, en tout cas en intégrant moins de composantes politiques ou sociales, mais au bout du compte il est assez semblable aux aut…

Double piège (Harlan Coben)

Souriez, vous êtes dupé
C'est le temps des vacances, le temps parfait pour découvrir Harlan Coben, poids lourd du thriller américain. Du thriller en version soft si on se base sur Double piège, choisi pour son pitch excitant.Une jeune veuve découvre son mari supposé assassiné, bel et bien vivant sur une vidéo captée dans son salon. Elle y avait placé une caméra pour surveiller la nounou de sa fille ... Ambiance.C'est un roman assez chouette qui se lit bien parce qu'il allie efficacité et simplicité dans l'écriture. Il est un peu difficile de ressentir de l'empathie pour la froide et très armée héroïne. C'est sûrement voulu. Sinon, je qualifierais le dénouement d'original même si le procédé a forcément déjà été utilisé.J'en lirai d'autres de cet auteur à succès. Sans nul doute ... L'été prochain ?
Pocket - page 78L'homme s'assit sur le canapé à côté de l'enfant, regarda la caméra et sourit. Par miracle, Maya réussit à ravaler so…

14 juillet (Éric Vuillard)

Épopée nationale14 juillet n'est pas un roman. C'est un récit qui raconte la prise de la Bastille du point de vue du peuple parisien et non plus sous l'angle de la grande Histoire, celle officialisée par les grands de ce monde qui explique les tenants et aboutissants de la survenance d'un événement fondateur, du moins en terme de symbole, de la nation française.  Le 14 juillet 1789, une lame de fond résultat de siècles de mépris de la part des classes dirigeantes et bourgeoises, fit paradoxalement converger presque spontanément des dizaines de milliers de gens au pied de la citadelle de la Bastille, symbole de l'arbitraire royal, pour la faire tomber. Personne, à ma connaissance, n'avait raconté comment cette folle journée a été vécue par ceux qui y ont participé. La raison en est sûrement que personne ne le sait, les protagonistes ayant laissé peu, voire pas, de témoignages.

Après renseignements, les événements dépeins sont bien ceux de l'histoire officiell…

Brèves réponses aux grandes questions - Stephen Hawking

Y a-t-il une limite à la connaissance ?Avec cet ouvrage, bien davantage encore qu'avec Une brève histoire du temps, que je n'ai pas lu bien longtemps, Stephen Hawking réalise un ultime effort de vulgarisation des sciences de l'Univers auxquelles il a consacré sa vie. Ici, il répond de manière simple à des questions concrètes qui parlent à tout un chacun : Dieu existe-t-il ?, Comment l'Univers a-t-il commencé ? Peut-on voyager dans le temps ?, mais exprime aussi ses réflexions sur l'avenir du genre humain : Serons-nous dépassés par l'intelligence artificielle ? Faut-il coloniser l'espace ? etc... C'est passionnant et parfois flippant malgré la dose d'optimisme qu'il injecte dans ses propos.Dans tous les cas, le lecteur profane a cette fois l'impression que le scientifique se met à sa hauteur, même si ce n'est parfois pas complètement possible lorsque le thème choisi fait référence  des concepts mathématiques et à des théories d'astrop…

Robe de marié (Pierre Lemaitre)

L'enfer, c'est l'autreAprès avoir tellement aimé les deux premiers épisodes de la trilogie Les enfants du désastre, il me fallait tenter la lecture d'un des thrillers qui ont fait le succès de Pierre Lemaitre ? Chaudement recommandé par au moins deux de mes proches, Robe de marié m'intriguait à cause de son titre. Celui-ci s'est révélé être à mes yeux davantage un coup de marketing qu'une synthèse de l'histoire.
Le début est plutôt bluffant car le lecteur est instantanément plongé dans la confusion, voire la folie. Le lecteur ressent la terreur et le désarroi d'une jeune femme qui, abasourdie par ses actes, perd les pédales. L'entrée en matière m'a glacé le sang et toute la première partie, le point de vue de Claire, m'a complètement embarqué. Les choses se gâtent sensiblement lorsque survient un changement d'angle de narration. C'est maintenant Franz qui apporte son éclairage sur la situation sous la forme d'un journal de bor…

La mise à nu (Jean-Philippe Blondel)

Peindre et faire un tour (de la rocade)
Professeur d'anglais à Troyes, Louis a la soixantaine et la retraite en vue. Sa femme, ses filles, les amis qui ont compté et le feu sacré de l'enseignement l'ont quitté depuis un petit bout de temps maintenant. Rien de dramatique, la vie et le temps qui passe, pas de quoi être réellement déprimé. Le hasard - enfin ça on verra - le pousse à recroiser le chemin d'Alexandre, un ancien élève sans relief devenu contre toute attente artiste peintre au rayonnement international. Ils n'ont pas grand-chose en commun mais l'amitié qui se profile est providentielle, pour l'un comme pour l'autre ... J'aime Jean-Philippe Blondel, sa langue qui sonne juste, ses phrases courtes qui vont à l'essentiel, son regard sur soi, les autres, le monde en général, un brin désabusé et cynique mais sans noirceur excessive. Son roman m'a enthousiasmé dès les premiers mots ("Je n'étais pas à ma place. Je déambulais dans l&…

Nana (Émile Zola)

C'est chic !
Émile Zola continue son incroyable peinture naturaliste en s'employant cette fois-ci à raconter, à travers le destin de Nana, fille de Germaine Macquart (L'assommoir), le monde des courtisanes, apparemment très en vogue pendant le Second Empire. Ces "cocottes" gravitaient autour de personnages plus ou moins importants de la société parisienne et notamment de jeunes gens qui, par ces fréquentations discutables, cherchaient à accéder au "chic", se délestant au passage de leur petite fortune. En tout cas, c'est que raconte l'écrivain quand il profile habilement le personnage de Nana, qui préfère devenir prostituée que rester fleuriste. Rien d'étonnant à ce que le roman ait fait scandale à sa publication en 1880 car les situations scabreuses surgissent régulièrement au cours du récit. Pourtant, on est loin de l'apologie. Si Zola n'y est pas allé de main morte, c'est pour mieux dénoncer les dérives de l'élite de l'…

Les trois femmes du consul (Jean-Christophe Rufin)

Columbo mais pas trop
Entre deux romans classiques plus exigeants à lire, une courte enquête "policière" était la bienvenue. Pourtant, autant le dire tout de go, elle m'a déçu. Le roman ne vaut que par la description, pourtant succincte, de l'atmosphère de Maputo, la capitale du Mozambique, un pays d'Afrique qu'on connait peu, et par le personnage d'Aurel Timescu, consul adjoint de France, d'origine roumaine, personnage moitié Hercule Poirot moitié Columbo, saugrenu, instinctif, mélomane et tire-au-flanc. Les autres protagonistes, notamment les trois femmes en question, sont clairement sous-exploités, à part peut-être le bienveillant supérieur de notre fin limier. L'intrigue, elle, est pauvre et ne tient nullement en haleine.

Le roman se lit paradoxalement tout seul. Grâce au style limpide de l'auteur, il a glissé comme un verre de vin blanc bien frais. Certains lecteurs trouveraient ça suffisant.
Flammarion - page 7Il avait fini noyé au fond …

Les cerfs-volants (Romain Gary)

A la poursuite du bleu
Chez les Fleury on a de la mémoire. Don ou malédiction, Ludovic a hérité de cette caractéristique familiale et n'est pas près d'oublier Lila, une jeune aristocrate polonaise qu'il croise par hasard au détour de l'enfance … Les cerfs-volants ou le sort tumultueux d'un gamin au caractère intègre et entier, à l'image de celui de son oncle qui fabrique des cerfs-volants, symboles de liberté, d'espoir et de rêve, pour amuser les enfants et pour les faire voler très haut "à la poursuite du bleu". 
Je serais bien en peine de donner un avis compétent sur le dernier roman de Romain Gary devenu un classique. Le point d'orgue de cette oeuvre est pour moi la brillante orchestration qu'il fait de l'occupation allemande, de l'arrivée de l'ennemi à la libération. Pour la captivante esquisse de la résistance dans le village normand de Cléry, avec ses rebondissements dramatiques. Et pour l'humanité, au sens le plus …

Kennedy et moi (Jean-Paul Dubois)

Un type qui mord son dentiste est-il fondamentalement mauvais ?
Le dernier Dubois, prix Goncourt 2019, n'étant pas encore sorti en poche, je me suis rabattu sans hésiter sur Kennedy et moi, un roman de 1996 dont l'adaptation au cinéma quelques années plus tard m'avait enthousiasmé. Après coup je comprends que le bougon Jean-Pierre Bacri ait été choisi pour incarner Samuel, écrivain quadragénaire sur le retour pour lequel le lecteur ressent une certaine empathie puisqu'il a accès à ses monologues intérieurs. En revanche, pour son entourage (son dentiste y compris) Samuel a tendance à être imbuvable, sauf peut-être pour sa femme ... Alors qu'il est au plus mal, elle va à nouveau être aimanté par un conjoint mal léché qui lui paraît soudain davantage dans la vérité que tous ceux, tellement conventionnels et étriqués, qui gravitent autour d'elle. De ce point de vue, le portrait de ses enfants est un must du bouquin.

Ne lisez pas ce roman pour son titre. Le fil es…

Vers la beauté (David Foenkinos)

L'art est un baume réparateur pour le coeur En librairie, j'ai tout de suite été accroché par le titre et la couverture de Vers la beauté. Par son pitch aussi : Antoine se fait embaucher comme gardien de salle à Orsay. Que s'est-il passé dans sa vie pour qu'il quitte Lyon, sa famille et son gratifiant poste de professeur à l'école des Beaux Arts, tout ça pour surveiller toute la journée les tableaux du musée parisien ? Le thème de la thérapie par l'art et la mise en scène du mystère de la reconversion, associés à la délicatesse de la plume de Foenkinos, laissait entrevoir la perspective d'un délicieux divertissement. Le récit commence bien : Mathilde, DRH au musée, tombe sous le charme de cet homme dont elle sent bien que l'apparent détachement cache une blessure béante. Elle sent confusément qu'elle aimerait être le baume apaisant de son coeur.

Pourtant, assez vite, en lieu et place d'un adroit rapprochement entre les deux protagonistes et sur…

Dîner à Montréal (Philippe Besson)

Les pieds dans le plat Le voici enfin sur ma table de nuit ce troisième volet des amours auto-romanesques de Philippe Besson. Dès les premières pages du bouquin, avec le souvenir en moi des deux précédents, je me convaincs qu'il s'agit bien d'un roman. Car, à dire vrai, ce dîner - ou devrais-je dire ce souper - entre vieilles connaissances paraît trop beau pour être vrai. Avec le parti pris de ne pas tout prendre au pied de la lettre, je peux maintenant savourer sans honte la verve fine et maligne de l'écrivain, cette fois-ci mise au service d'un huis-clos à quatre voix dans un restaurant du quartier gay de la grande métropole québécoise.

Unité de temps et de lieu comme dans le théâtre classique, le récit ne tient pas dans l'action mais dans les souvenirs, l'intime, l'audace et l'éloquence. Paul se présente devant l'écrivain au cours d'une signature dans une librairie. Philippe y voit immédiatement, presque inconsciemment, l'opportunité…

The outsider (Stephen King)

Le croque-mitaine Pour se remettre à lire en anglais, rien de tel qu'un roman de Stephen King, auteur prolifique qui sait concocter des histoires à sensations d'une plume directe et sans fioritures littéraires. A part lorsqu'il décrit une partie de baseball (C'est quoi qui dit le monsieur ?) ou un autre thème au vocabulaire bien spécifique, le roman m'a semblé assez facile à lire.

Un homme très apprécié de sa communauté est simultanément aperçu à une conférence télévisée de Harlan Coben (!) et sur la scène d'un horrible crime. Ses empreintes digitales sont également trouvées aux deux endroits. Comment est-ce possible ? Le roi du fantastique a encore trouvé le pitch accrocheur qui, à coup sûr, a fait de son rejeton un best-seller.

The outsider est plutôt long et bavard puisqu'il contient assez peu d'action et de rebondissements. Ne vous méprenez pas, venant de moi c'est clairement un compliment car je ne suis pas vraiment adepte des thrillers et autr…