Accéder au contenu principal

Articles

dernière lecture

Les trois femmes du consul (Jean-Christophe Rufin)

Aurel est hardi Entre deux romans classiques plus exigeants à lire, une courte enquête "policière" était la bienvenue. Pourtant, autant le dire tout de go, elle m'a déçu. Le roman ne vaut que par la description, pourtant succincte, de l'atmosphère de Maputo, la capitale du Mozambique, un pays d'Afrique qu'on connait peu, et par le personnage d'Aurel Timescu, consul adjoint de France, d'origine roumaine, personnage moitié Hercule Poirot moitié Columbo, saugrenu, instinctif, mélomane et tire-au-flanc. Les autres protagonistes, notamment les trois femmes en question, sont clairement sous-exploités, à part peut-être le bienveillant supérieur de notre fin limier. L'intrigue, elle, est pauvre et ne tient nullement en haleine.

Le roman se lit paradoxalement tout seul. Grâce au style limpide de l'auteur, il a glissé comme un verre de vin blanc bien frais. Certains lecteurs trouveraient ça suffisant.
Flammarion - page 7Il avait fini noyé au fond de sa…
Articles récents

Les cerfs-volants (Romain Gary)

A la poursuite du bleu Chez les Fleury on a de la mémoire. Don ou malédiction, Ludovic a hérité de cette caractéristique familiale et n'est pas près d'oublier Lila, une jeune aristocrate polonaise qu'il croise par hasard au détour de l'enfance … Les cerfs-volants ou le sort tumultueux d'un gamin au caractère intègre et entier, à l'image de celui de son oncle qui fabrique des cerfs-volants, symboles de liberté, d'espoir et de rêve, pour amuser les enfants et pour les faire voler très haut "à la poursuite du bleu". 
Je serais bien en peine de donner un avis compétent sur le dernier roman de Romain Gary devenu un classique. Le point d'orgue de cette oeuvre est pour moi la brillante orchestration qu'il fait de l'occupation allemande, de l'arrivée de l'ennemi à la libération. Pour la captivante esquisse de la résistance dans le village normand de Cléry, avec ses rebondissements dramatiques. Et pour l'humanité, au sens le plus l…

Kennedy et moi (Jean-Paul Dubois)

Un type qui mord son dentiste est-il fondamentalement mauvais ? Le dernier Dubois, prix Goncourt 2019, n'étant pas encore sorti en poche, je me suis rabattu sans hésiter sur Kennedy et moi, un roman de 1996 dont l'adaptation au cinéma quelques années plus tard m'avait enthousiasmé. Après coup je comprends que le bougon Jean-Pierre Bacri ait été choisi pour incarner Samuel, écrivain quadragénaire sur le retour pour lequel le lecteur ressent une certaine empathie puisqu'il a accès à ses monologues intérieurs. En revanche, pour son entourage (son dentiste y compris) Samuel a tendance à être imbuvable, sauf peut-être pour sa femme ... Alors qu'il est au plus mal, elle va à nouveau être aimanté par un conjoint mal léché qui lui paraît soudain davantage dans la vérité que tous ceux, tellement conventionnels et étriqués, qui gravitent autour d'elle. De ce point de vue, le portrait de ses enfants est un must du bouquin.

Ne lisez pas ce roman pour son titre. Le fil est…

Vers la beauté (David Foenkinos)

L'art est un baume réparateur pour le coeur En librairie, j'ai tout de suite été accroché par le titre et la couverture de Vers la beauté. Par son pitch aussi : Antoine se fait embaucher comme gardien de salle à Orsay. Que s'est-il passé dans sa vie pour qu'il quitte Lyon, sa famille et son gratifiant poste de professeur à l'école des Beaux Arts, tout ça pour surveiller toute la journée les tableaux du musée parisien ? Le thème de la thérapie par l'art et la mise en scène du mystère de la reconversion, associés à la délicatesse de la plume de Foenkinos, laissait entrevoir la perspective d'un délicieux divertissement. Le récit commence bien : Mathilde, DRH au musée, tombe sous le charme de cet homme dont elle sent bien que l'apparent détachement cache une blessure béante. Elle sent confusément qu'elle aimerait être le baume apaisant de son coeur.

Pourtant, assez vite, en lieu et place d'un adroit rapprochement entre les deux protagonistes et sur…

Dîner à Montréal (Philippe Besson)

Les pieds dans le plat Le voici enfin sur ma table de nuit ce troisième volet des amours auto-romanesques de Philippe Besson. Dès les premières pages du bouquin, avec le souvenir en moi des deux précédents, je me convaincs qu'il s'agit bien d'un roman. Car, à dire vrai, ce dîner - ou devrais-je dire ce souper - entre vieilles connaissances paraît trop beau pour être vrai. Avec le parti pris de ne pas tout prendre au pied de la lettre, je peux maintenant savourer sans honte la verve fine et maligne de l'écrivain, cette fois-ci mise au service d'un huis-clos à quatre voix dans un restaurant du quartier gay de la grande métropole québécoise.

Unité de temps et de lieu comme dans le théâtre classique, le récit ne tient pas dans l'action mais dans les souvenirs, l'intime, l'audace et l'éloquence. Paul se présente devant l'écrivain au cours d'une signature dans une librairie. Philippe y voit immédiatement, presque inconsciemment, l'opportunité…

The outsider (Stephen King)

Le croque-mitaine Pour se remettre à lire en anglais, rien de tel qu'un roman de Stephen King, auteur prolifique qui sait concocter des histoires à sensations d'une plume directe et sans fioritures littéraires. A part lorsqu'il décrit une partie de baseball (C'est quoi qui dit le monsieur ?) ou un autre thème au vocabulaire bien spécifique, le roman m'a semblé assez facile à lire.

Un homme très apprécié de sa communauté est simultanément aperçu à une conférence télévisée de Harlan Coben (!) et sur la scène d'un horrible crime. Ses empreintes digitales sont également trouvées aux deux endroits. Comment est-ce possible ? Le roi du fantastique a encore trouvé le pitch accrocheur qui, à coup sûr, a fait de son rejeton un best-seller.

The outsider est plutôt long et bavard puisqu'il contient assez peu d'action et de rebondissements. Ne vous méprenez pas, venant de moi c'est clairement un compliment car je ne suis pas vraiment adepte des thrillers et autr…

L'Arabe du futur 1 (Riad Sattouf)

Vu d'en bas Ai-je aimé ou non cette bande dessinée qui apparemment a fait un carton ? Au moment de coucher ces mots, j'aurais clairement tendance à dire que non. Je n'espérais rien de spécial en lisant cet ouvrage, mais si j'avais eu envie de découvrir la tendre et nostalgique chronique des souvenirs de Riad Sattouf, sans nul doute j'en aurais eu pour mes frais.

Bringuebalé par un père syrien idéaliste et machiste et une mère française suiveuse, le petit Riad va connaître le déracinement très tôt dans la Lybie de Khadafi et la Syrie d'el-Assad. La patrie de son père, notamment, n'est pas le pays de cocagne et sa famille le parfait havre de stabilité, même si l'amour ne manque pas. Nonobstant la situation politique actuelle, le moins qu'on puisse dire en refermant le livre, c'est qu'on a pas envie de sauter dans un avion pour Damas.

A sa décharge, l'ouvrage a le gros avantage de réaliser la peinture, sans concession et donc intéressante,…

Notre-Dame (Ken Follett)

Notre drame Nombre de Parisiens se souviendront longtemps de ce qu'ils faisaient et où ils étaient quand ils ont vu les flammes et la fumée monter dans le ciel de l'île de la Cité le 15 avril 2019 : Notre-Dame-de-Paris flambait devant le monde stupéfait.

Ken Follet a rapidement accouru et la réaction à vif qu'est ce petit bouquin est une commande de son éditeur. Qui de plus légitime en effet pour écrire sur le sujet (à part bien sûr Victor Hugo s'il était toujours parmi nous) que l'auteur des Piliers de la terre ? Il l'a fait en seulement quelques jours, en agrémentant son témoignage de quelques moments forts de l'histoire de la cathédrale la plus célèbre du monde. C'est très sympa à lire, c'est simplement dommage que ce soit trop court et rédigé sur le coup de l'émotion. Il y avait assez de matière pour davantage. D'autres s'en sont chargés depuis à coup sûr …
Robert Laffont - page 66Puis nous nous approchons, et c'est bien souvent…

Les loyautés (Delphine de Vigan)

Quadriptyque Après deux romans plus ambitieux, Delphine de Vigan revient avec un format plus concis tout aussi bien écrit. Je l'ai déjà dit ici, ce qui m'épate chez elle, c'est son aptitude à transmettre justesse et émotion avec quelques mots secs et directs, habilement placés dans ses phrases.

Elle nous raconte ici une histoire à quatre voix autour de Théo, un collégien au plus mal entre ses deux parents divorcés qui ne perçoivent plus grand chose de lui alors qu'ils sont plongés dans leurs propres marasmes. Son meilleur pote, la mère de celui-ci et la prof de SVT assistent à sa noyade chacun de leur fenêtre, leur point de vue tronqué ne leur permettant pas d'apercevoir l'entièreté du tableau et encore moins d'intervenir pour l'aider.

Les loyautés, ces ficelles invisibles qui relient les êtres les uns aux autres, est un peu trop court. On le referme un peu à regret car on aimerait en savoir davantage de l'épilogue. En même temps, on est sait gré à …

Khalil (Yasmina Khadra)

Vu d'ici Paris, le 13 novembre 2015... Khalil sera un martyr dans quelques minutes quand il aura actionné sa ceinture d'explosifs dans le RER au moment où le Stade de France se videra. En tout cas, il est venu pour ça, il a déjà mentalement dit au revoir à sa sœur adorée, et serré dans ses bras son meilleur ami qui va aussi mourir.

Yasmina Khadra utilise l'angle de vue d'un jeune terroriste kamikaze pour s'efforcer de concevoir l'inconcevable. De sa plume précise, discrètement poétique, l'auteur algérien décrit le parcours d'un enfant de Molenbeek privé de repères stables et stimulants, ce qui le poussera dans les bras de prêcheurs de islam dévoyé. Pas de jugement, ni d'empathie, des faits plutôt objectifs qui racontent la radicalisation, l'explique sans la justifier. La vérité historique est bien sûr biaisée et romancée, le récit contient au moins deux ingrédients romanesques un peu gros, que je n'aurais pas relevés dans une pure fiction. …

My absolute darling (Gabriel Tallent)

Kit de survie Je me souviens parfaitement de cette libraire qui conseillait si chaleureusement ce nouveau roman américain de la maison d'édition Gallmeister à la ligne éditoriale si alléchante (Dans la forêt m'a beaucoup marqué). J'ai patiemment attendu sa version poche pour me faire un avis sur un bouquin suffisamment particulier pour avoir suscité pas mal d'enthousiasme. Un emballement  à peine contrebalancé par quelques avis écoeurés par l'âpreté et la violence du sujet. A trop espérer, on peut être déçu. C'est mon cas, même s'il est facile de discerner les grandes qualités d'un habile premier roman.

Dans une Californie du nord à la nature foisonnante, Turtle est une adolescente bousillée par l'emprise abusive d'un père survivialiste qui soit-disant l'adore. Elle fait ce qu'elle peut pour elle-même survivre en milieu hostile. Elle surnage en fourbissant ses armes, y compris ses armes à feu qu'elle manie au quotidien. Une certaine…

Ce qui reste de nos vies (Zeruya Shalev)

Aujourd'hui est le premier jour … De ce roman, j'aime déjà beaucoup le titre. Ce qui subsiste des ruines de nos vies ou ce qui nous reste à vivre … Il illustre avec ambivalence et élégance l'esprit de cette longue narration intérieure à trois voix. La mère, la fille et le fils ... trois êtres liés par le sang mais que blessures et malentendus ont séparés. Hemda vit ses dernières heures, elle ressasse la rudesse de son père et le lac de sa jeunesse en bordure du désert, aujourd'hui disparu. Elle a toujours préféré son fils Avner à sa sœur Dina, qui en a toujours souffert alors que lui cherchait le regard de son père. Quand le manque nous construit davantage que tout ce qu'on nous a donné ... Les choix et les hasards nous drainent à leur suite faute de résistance et on se réveille à quarante ans passés comme englués dans une vie qui ne nous correspond plus. Il est déjà trop tard pour Hemda, sauf peut-être à encourager ses enfants dans leur voie vers le bonheur ... J…

Chez les heureux du monde (Edith Wharton)

La roue de la fortune Étrangement, j'ai beaucoup pensé à Jane Austen en lisant ce roman. Avant ça, je croyais d'ailleurs qu'Edith Wharton était britannique. Elle est en fait américaine et semble avoir consacré une bonne partie de sa vie littéraire à dresser le portrait de la société mondaine new-yorkaise de la première partie du vingtième siècle, comme sa consoeur déjà citée l'avait fait avec la belle société anglaise du siècle précédent. A ceci près que le regard de Wharton est acéré, critique, moderne, voire féministe alors que celui de Jane Austen est davantage conventionnel et prude, à son image.

Chez les heureux du monde (The house of mirth) a un gros point fort : son personnage principal, Miss Lily Bart, une héroïne marquante que le lecteur a du mal à oublier une fois le livre refermé. Le roman est suffisamment dense pour qu'en l'espace de plus de 400 pages d'un livre de poche, on ait le temps de s'attacher à la personnalité complexe de cette jeun…

L'opium des imbéciles (Rudy Reichstadt)

Orgueil et préjugés Ne vous est-il jamais arrivé, lors d'une soirée un peu arrosée, d'être taxé de naïf ou de candide, avec en prime un petit sourire condescendant, car vous mettiez en doute une théorie fumeuse servie sans complexe du genre : les gouvernements du monde profitent des avions de ligne pour diffuser dans l'atmosphère des substances chimiques qui nous rendent malades ? En effet quel autre meilleur moyen pourrait-il y avoir pour lutter contre la surpopulation ?

Moi oui, et c'est agaçant ... C'est pourquoi, il y a quelques semaines, en rendant visite à ma librairie de quartier, je suis tombé en arrêt devant cet essai sur le thème du conspirationnisme. Davantage que le sujet lui-même, c'est l'angle de vue qui m'a harponné. A l'instar des première et quatrième de couverture, l'auteur tire à boulets rouges sur les complotistes de tous bords en critiquant, au passage, la complaisance avec laquelle le sujet est parfois appréhendé dans la …

Le bonheur n'a pas de rides (Anne-Gaëlle Huon)

L'auberge de Monsieur Yvon J'ai impression qu'il est dans l'air du temps, en ce moment, de publier des romans "feel good" mettant en scène des personnes âgées aigries par le temps qui passe ou par leur vie en général. Elles croisent le chemin de gens suffisamment fantastiques pour passer outre leurs désobligeances continuelles qu'elles dressent devant eux comme autant de boucliers. A chaque fois, c'est la loi du genre, elles retrouvent la joie de vivre et tout est bien qui finit bien, sauf quand la mort, certes presque inévitable à leur âge avancé, les cueille à peine ont-elles touché du doigt la félicité. Le bonheur n'a pas de rides (au secours le titre) répond, à n'en pas douter, à ce cahier des charges.

Paulette veut échapper à un fils démissionnaire, à une belle-fille insupportable et à des petits-enfants insignifiants. Elle n'a qu'une idée en tête : se débarrasser de tout ce petit monde et partir vivre, aux frais de la princesse,…

La symphonie du hasard - livre 3 (Douglas Kennedy)

On ne choisit pas sa famille Me voilà arrivé au terme de la trilogie La symphonie du hasard. Le doute n'est plus possible : Douglas Kennedy a voulu réaliser, de la fin des contestataires années soixante jusqu'au milieu des années quatre-vingt et son contre-pied reaganien, une sorte de peinture impressionniste des États-Unis. Il le fait à travers le prisme du clan Burns, famille dysfonctionnelle au possible, chacun de ses membres épousant les époques à sa manière et à son rythme. Comme presque toujours, l'auteur américain en profite pour faire une subtile, mais non moins acérée, critique de l'Amérique et ça lui va bien tant il sait brillamment mêler la petite histoire à la grande Histoire.

Alice Burns est de retour au pays après sa dramatique expérience irlandaise. Elle tente de revivre, se protège du monde, termine ses études, entre dans la vie active, fait des rencontres etc ... Ici, comme pour les deux premiers livres, l'auteur raconte beaucoup de choses, décr…