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La symphonie du hasard - livre 1 (Douglas Kennedy)

Le cortège des choix
Malgré mon impatience à lire tout roman de Monsieur Douglas Kennedy, j'ai pris mon temps pour commencer sa trilogie La symphonie du hasard sortie il y a déjà deux ans. Quel plaisir d'ouvrir l'un de ses romans à la première page pour s'immerger à nouveau dans une littérature sachant, de mon point de vue, mêler pur divertissement et réflexion.

Tout début des années soixante-dix, Alice s'apprête à entrer à l'université de Bowdoin dans le Maine. Elle est heureuse de fuir ses années lycée et de s'éloigner d'une famille dysfonctionnelle où chacun traîne casseroles et névroses derrière lui. Volontaire et intelligente, elle va apparemment traverser, au moins en partie, les décennies sous nos yeux. En effet, le roman débute avec un chapitre temporellement déconnecté du reste du livre 1 puisqu'il se déroule bien plus tard.

Pendant un bon moment, je me suis demandé où l'écrivain voulait en venir car avec lui l'intrigue prévoit hab…
Articles récents

Le restaurant de l'amour retrouvé (Ito Ogawa)

Sur mesure
Après Les délices de Tokyo, il y a déjà presque deux ans, je me suis laissé tenter par une nouvelle douceur nippone sur un thème identique : la cuisine. En parcourant ces deux romans, on se rend compte de l'importance de la gastronomie au Japon. Nulle part ailleurs elle semble davantage pratiquée avec plus de sérieux, de concentration et de religiosité. On se met au fourneau comme on s'abîme en prière, pour rendre heureux ses invités et se donner à soi-même tout autant de bonheur.

En tout cas, c'est le cas de Rinco, tellement choquée par le départ de son petit ami qu'elle en perd la voix et rentre dans son village natal pour ouvrir le restaurant de ses rêves. Chaque soir, grâce à l'aide de son ami Kuma, elle dresse une seule table et prépare le repas de ses convives du jour de manière personnalisée comme le ferait un artisan. Un véritable travail d'orfèvre qu'on découvre avec enchantement tant elle met du coeur à l'ouvrage, d'autant plus…

Les heures souterraines (Delphine de Vigan)

Blind date
Mathilde et Thibault vivent à Paris et ne se sont jamais rencontrés. Ils s'efforcent, au prix d'un effort grandissant, à respecter leurs obligations respectives alors qu'ils ont le sentiment que la vie les enfoncent chaque jour un peu plus dans le marasme. Mathilde, cadre dans une grande entreprise, est victime de harcèlement moral par son supérieur tandis que Thibault, médecin au bout du rouleau et amoureux malheureux, se déplace chez ses patients eux-mêmes mal-en-point. Seuls et désemparés, et pourtant arbitrairement réunis par l'auteure, on les imagine avoir besoin l'un de l'autre pour se reconstruire. Vont-ils se croiser dans cette ville où chacun s'avère être si facilement transparent pour l'autre et où, plus qu'ailleurs, l'organisation de la société écrase l'individu au nom de l'efficacité et du pragmatisme ?

Ce roman m'a immédiatement rappelé Une bonne raison de se tuer de Philippe Besson, encore plus noir et lourd…

Mila Hunt (Eli Anderson)

 Girl power   Mila Hunt est une jeune fille en colère. Contrairement aux apparences, cette adolescente privilégiée du "Centre" n'est pas comme les autres. Elle porte en elle, non seulement l'intuition de ne pas être aimée par ses parents, mais aussi, depuis l'enfance, le poids d'un lourd secret : elle détient, sans savoir pourquoi, un mystérieux pouvoir dont le principal effet secondaire, malheureusement, est de la mettre à l'écart des autres. Un soir en boîte de nuit avec ses deux seuls amis, son destin va basculer. Contrainte de partir dans la "Périphérie", cette zone où le gouvernement a parqué les plus déshérités du pays pour lesquels elle ressent une empathie naturelle, Mila va découvrir tout un univers dont elle n'imaginait pas l'existence. Dès les premières phrases, j'ai été happé par l'écriture pleine de nerfs de l'auteur. Il s'agit de littérature adolescente, rédigée au présent, ce qui rend la lecture aisée e…

Ces rêves qu'on piétine (Sébastien Spitzer)

Devoir de mémoire(s) Avril 1945, dans la campagne allemande, une effroyable colonne de prisonniers juifs avance vers une mort quasi-certaine. À l'approche des alliés, hommes, femmes et enfants ont été évacués des camps d'extermination et jetés sur les routes. L'un d'eux transporte un rouleau de cuir contenant des lettres témoignant des horreurs de la Solution finale. Assise sur un tabouret au bord du chemin, une vieille comtesse les regarde passer, satisfaite. Elle sait ce qui les attend dans quelques minutes ...

De son côté, Magda Goebbels, femme la plus révérée du troisième Reich, broie du noir au fond du Führerbunker alors que les Soviétiques investissent la ville. Elle a connu les plus belles heures de l'Allemagne nazie et sait maintenant que la guerre est perdue, qu'Hitler ne se rendra pas. Son mari, ses enfants et elle non plus …

Deux récits ... mais en réalité bien plus d'histoires que ça puisque le rouleau de lettres passe de main en main, s'é…

Le soleil des Scorta (Laurent Gaudé)

Ils sont venus, ils sont tous là Je l'ai parfois dit, c'est l'émotion et la justesse du récit que je recherche principalement dans la fiction. Probablement davantage que le divertissement pur ou même l'opportunité d'apprendre quelque chose. Il y a forcément des contre-exemples dans mes lectures passées mais j'ai vraiment la sensation que lorsque les circonstances sont éloignées de moi, que je ne peux  pas m'identifier aux situations ou aux personnages, le plaisir en est limité. A contrario, plus l'empathie est possible, plus l'émotion survient.

En ce sens, la famille italienne soit-disant maudite du roman de Laurent Gaudé, dont le lecteur suit les hauts et les bas sur une centaine d'années, m'est apparue excessivement peu tangible. Le cadre irréel des Pouilles rurales, les liens du sang, l'honneur, les hommes implacables, la religion superstitieuse, le poids des racines et des traditions la font davantage ressembler à un conte qu'…

Prince bleu de Montmartre (Michou)

Haut en couleur(s)
Lors d'une mémorable soirée de décembre au cabaret Michou, avant d'assister à son célèbre et réjouissant diner-spectacle transformiste, nous avons été accueillis avec chaleur par son équipe et été pris en photo avec le maître des lieux. Il nous a aussi dédicacé son autobiographie, rédigée à la première personne du singulier par François Soustre et Sylvain Dufour à la suite de longs entretiens avec lui en 2017. Le retour sur soi d'une figure des nuits parisiennes m'intéressait pour ce que je pourrais apprendre de celles-ci. En définitive, j'ai surtout découvert un personnage sympathique et attachant dont, on le devine, les défauts sont soigneusement mis sous silence. C'est de bonne guerre.

Avec une saisissante simplicité, Michou revient sur l'histoire de sa famille et nous raconte la sienne de sa plus tendre enfance jusqu'à aujourd'hui. Sans s'épancher plus que ça sur ses nombreux amis du showbiz, il rend largement hommage à s…

La renverse (Olivier Adam)

L'étale La renverse, on nous le précise en préambule du roman, est le laps de temps plus ou moins long entre deux marées, la montante et la descendante. Comme si l'océan se reposait avant de repartir de plus belle dans l'autre sens. L'auteur a choisi cette image poétique pour illustrer la parenthèse qui survient dans une existence lorsqu'une forme d'équilibre, qu'on imagine au plus bas comme au plus haut, s'installe en attendant que la vie ne se charge de faire bouger les lignes, que ce soit de son propre chef ou non.
Antoine est dans ce cas. Dans une petite ville côtière, il travaille dans une librairie, boit des bières sur les terrasses, marche longuement sur la plage, coupé du monde et de ses émotions. Il digère ce qui lui est arrivé à la fin de son adolescence quand son frère et lui se sont pris en pleine figure les conséquences des frasques du sénateur-maire de sa ville de banlieue parisienne. Le scandale éclaboussa durement la famille et Anto…

Portnoy et son complexe (Philip Roth)

Complexe et confus Alexander Portnoy, un jeune Juif du New Jersey, complexé par sa judéité et submergé par son appétit sexuel, deux thèmes a priori sans aucun lien entre eux sauf à avoir loupé le propos, se confie sous forme d'un monologue ininterrompu à son psychanalyste. Voilà en quelques mots l'esprit de ce roman de Philip Roth, écrivain contemporain majeur malheureusement décédé récemment.
Complètement séduit par deux de ses bouquins, je crois qu'avant même l'avoir commencé, Portnoy et son complexe m'avait conquis d'avance. C'était une erreur puisque force est de constater que j'ai plutôt souffert à sa lecture. A part quelques moments de pur régal lorsque le narrateur s'en prend sans détour à ses parents et à sa religion avec un ton et des mots qui m'ont ravi par leur irrévérence, le reste m'a laissé un arrière-goût indigeste.
Soyons clairs, n'est pas en cause le fond du récit, c'est à dire les névroses de ce jeune homme dont on…

La chambre des merveilles (Julien Sandrel)

En mode poker face Ce beau livre coloré à l'intitulé poétique m'a été offert par une amie. Elle et moi nous réunissons de temps en temps pour un club de lecture. Son cadeau m'a d'autant plus fait plaisir qu'il comporte la dédicace de l'auteur.

Celui-ci livre un premier roman à la fois triste, poignant et feel-good. Enfin surtout feel-good à mon avis, voire même développement personnel car si l'histoire découle d'un drame, le lecteur sent bien que l'histoire ne devrait pas se terminer si mal que ça. Il n'y a pas que le visuel du bouquin et son titre rassérénant qui le lui dit. Il y a aussi l'écriture légère, presque féminine, le ton et les rebondissements qui rappellent la comédie romantique. On est parfois carrément dans le cliché. Tout nous annonce une fin heureuse pour Thelma qui fait le maximum pour sortir son fils Louis (!) du coma dans lequel il est plongé depuis son tragique accident de skateboard. Il y a de quoi bouleverser une exist…

Histoire de Paris (Yvan Combeau)

Deux millénaires
Cette vieille édition de Histoire de Paris était sur mes étagères depuis un sacré bout de temps. Elle date d'avant les découvertes des années 2000 lorsque l'hypothèse d'une implantation principale des Gaulois Parisii à Nanterre plutôt que sur l'île de la Cité a fait jour. Si ce "Que sais-je ?" n'en fait pas mention, en revanche il ne se trompe pas en rappelant que c'est sur l'île de la Cité et sur la rive gauche de la Seine que Lutèce a pris son essor avant de devenir Paris au 4ème siècle.
L'évolution de Paris, de son implantation, de sa structure et de son architecture : voilà ce que j'espérais trouver dans cette célèbre collection réputée instructive. Je suis particulièrement intrigué par les différentes strates de remparts qu'a connues la ville à travers les siècles. Beaucoup de Parisiens ignorent que le Paris d'aujourd'hui leur doit beaucoup. Grandes places, boulevards circulaires, rues des anciens faubour…

Canicule (Jane Harper)

Meurtre au soleil
Je n'arrête pas de dire que je ne suis pas très thriller et polar mais au bout du compte, j'en lis quand même régulièrement, de préférence dans le genre plutôt soft, le moins noir ou gore possible. Une atmosphère bien posée et une finesse dans les relations entre les protagonistes sont à mes yeux autrement plus importantes qu'une intrigue meurtrière haletante.
Canicule se révèle être au final une bonne pioche. En terme d'atmosphère, tout y est. Une famille est presque entièrement décimée dans une petite ville du bush australien. La chaleur est suffocante et une sécheresse fait rage depuis trop longtemps. La population est à cran. Lorsque Aaron Falk, enfant du pays, revient assister, vingt ans après sa fuite précipitée, aux obsèques de son ami d'enfance assassiné, il n'est pas spécialement le bienvenu ...
Jane Harper, pour son premier roman, a l'intelligence de ne pas en faire trop. Elle ne se précipite pas et ne bourre pas ses chapitres de…

La vie devant soi (Romain Gary / Émile Ajar)

Et les deux pieds dedans
Mohammed, dit Momo, est fils de pute. Entendez par là enfant de travailleuse du sexe, et accessoirement victime de "la loi des grands nombres" (Il a en effet tellement de pères potentiels). Depuis toujours et donc depuis environ dix ans, il vit à Belleville en pension chez Madame Rosa, une vieille femme juive haute en couleurs, qui a connu un temps son heure de gloire autour de la rue Saint-Denis. La vieille dame est très malade. Avec l'aide de Madame Lola, ancien boxeur sénégalais, et de ses autres voisins de tout bord (et de tous bords), le jeune Arabe va s'occuper d'elle. Car ces deux-là représentent tout l'un pour l'autre, ils s'aiment d'un amour de toujours.
Je suis heureux de plonger enfin dans la prose de Romain Gary, auteur majeur de la littérature française du vingtième siècle. La vie devant soi, publié sous le pseudonyme d'Émile Ajar et lauréat du prix Goncourt 1975, est un roman brillant que je ne peux p…

L'absente (Lionel Duroy)

Écrire, c'est comme le vélo Si on s'arrête, on tombe.

Il y a longtemps que je lorgnais sur Lionel Duroy. Il fait indéniablement partie de ces écrivains qui mettent leur vécu au service de leur plume en se spécialisant dans le roman autobiographique. Qualifiés par certains de nombrilistes, ils projettent beaucoup d'eux-mêmes dans des histoires d'hommes et femmes fictifs (sup)portant les mêmes bagages psychologiques, familiaux et sociologiques qu'eux. A défaut d'être techniquement divertissants car ce n'est pas leur objectif premier, ces récits racontent la vraie vie, les joies et souffrances que tout un chacun porte en lui qu'il soit écrivain célèbre ou citoyen anonyme. Quand ces histoires sont écrites  avec un maximum de justesse et de vérité, ils possèdent à mes yeux un supplément d'âme qui les rend précieux.
L'absente a tout cela. En plus de toucher au cœur et de sonner vrai, l'écriture de l'auteur m'a aussi enchanté. Elle n'…

Chanson douce (Leïla Slimani)

Une nounou d'enfer Le prix Goncourt 2016, omniprésent en ce moment sur les étalages des libraires, me souriait avec sa couverture bleu pastel et son titre apaisant. A l'intérieur, c'est une tout autre chanson ... nettement moins douce. Dès le début, heureusement je dirais, on nous annonce la couleur : ça va mal se finir pour le couple Massé, jeunes parisiens bourgeois bohême qui embauche Louise pour s'occuper de leurs deux enfants en bas âge. Louise est la nounou parfaite. Tellement parfaite et indispensable qu'elle devrait inquiéter ces jeunes parents, trop contents pourtant de fermer les yeux sur sa disponibilité excessivement maniaque. Car pourquoi s'en plaindre quand on peut ainsi poursuivre sa brillante carrière et retrouver le soir venu ses enfants et la cuisine torchés ?
Chanson douce n'est pourtant pas un thriller psychologique dans le genre de La main sur le berceau. Il n'y a pas de suspense en tant que tel puisque l'épilogue est rapidement…

C'est le coeur qui lâche en dernier (Margaret Atwood)

Vaudeville Lire le roman dont est tirée La servante écarlate (ou The handmaid's tale), la série qui cartonne actuellement, était une option. Pour découvrir Margaret Atwood, j'ai préféré choisir une autre fiction de l'écrivaine canadienne, en l'occurrence la dernière en date. Mauvaise pioche, j'ai envie de dire, puisque le roman, qui partait pourtant sur de bons rails, a à mes yeux rapidement fait une sortie de route.
Stan et Charmaine ont perdu leur job à la suite d'une crise économique sans précédent. Comme des millions d'autres Américains, ils zonent sans domicile fixe en luttant quotidiennement contre la faim et l'insécurité. Lorsqu'on leur propose d'intégrer un programme très spécial pour quitter la rue, ils sautent sur l'occasion malgré d'idylliques promesses dont ils se méfient confusément. Ils n'ont pas tort car serait-on dans une dystopie si le bonheur absolu était effectivement à la clé ?
Les premières pages pose…