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Prince bleu de Montmartre (Michou)

Haut en couleur(s)
Lors d'une mémorable soirée de décembre au cabaret Michou, avant d'assister à son célèbre et réjouissant diner-spectacle transformiste, nous avons été accueillis avec chaleur par son équipe et été pris en photo avec le maître des lieux. Il nous a aussi dédicacé son autobiographie, rédigée à la première personne du singulier par François Soustre et Sylvain Dufour à la suite de longs entretiens avec lui en 2017. Le retour sur soi d'une figure des nuits parisiennes m'intéressait pour ce que je pourrais apprendre de celles-ci. En définitive, j'ai surtout découvert un personnage sympathique et attachant dont, on le devine, les défauts sont soigneusement mis sous silence. C'est de bonne guerre.

Avec une saisissante simplicité, Michou revient sur l'histoire de sa famille et nous raconte la sienne de sa plus tendre enfance jusqu'à aujourd'hui. Sans s'épancher plus que ça sur ses nombreux amis du showbiz, il rend largement hommage à s…
Articles récents

La renverse (Olivier Adam)

Étale La renverse, on nous le précise en préambule du roman, est le laps de temps plus ou moins long entre deux marées, la montante et la descendante. Comme si l'océan se reposait avant de repartir de plus belle dans l'autre sens. L'auteur a choisi cette image poétique pour illustrer la parenthèse qui survient dans une existence lorsqu'une forme d'équilibre, qu'on imagine au plus bas comme au plus haut, s'installe en attendant que la vie ne se charge de faire bouger les lignes, que ce soit de son propre chef ou non.
Antoine est dans ce cas. Dans une petite ville côtière, il travaille dans une librairie, boit des bières sur les terrasses, marche longuement sur la plage, coupé du monde et de ses émotions. Il digère ce qui lui est arrivé à la fin de son adolescence quand son frère et lui se sont pris en pleine figure les conséquences des frasques du sénateur-maire de sa ville de banlieue parisienne. Le scandale éclaboussa durement la famille et Antoine es…

Portnoy et son complexe (Philip Roth)

Complexe et confus Alexander Portnoy, un jeune Juif du New Jersey, complexé par sa judéité et submergé par son appétit sexuel, deux thèmes a priori sans aucun lien entre eux sauf à avoir loupé le propos, se confie sous forme d'un monologue ininterrompu à son psychanalyste. Voilà en quelques mots l'esprit de ce roman de Philip Roth, écrivain contemporain majeur malheureusement décédé récemment.
Complètement séduit par deux de ses bouquins, je crois qu'avant même l'avoir commencé, Portnoy et son complexe m'avait conquis d'avance. C'était une erreur puisque force est de constater que j'ai plutôt souffert à sa lecture. A part quelques moments de pur régal lorsque le narrateur s'en prend sans détour à ses parents et à sa religion avec un ton et des mots qui m'ont ravi par leur irrévérence, le reste m'a laissé un arrière-goût indigeste.
Soyons clairs, n'est pas en cause le fond du récit, c'est à dire les névroses de ce jeune homme dont on…

La chambre des merveilles (Julien Sandrel)

En mode poker face Ce beau livre coloré à l'intitulé poétique m'a été offert par une amie. Elle et moi nous réunissons de temps en temps pour un club de lecture. Son cadeau m'a d'autant plus fait plaisir qu'il comporte la dédicace de l'auteur.

Celui-ci livre un premier roman à la fois triste, poignant et feel-good. Enfin surtout feel-good à mon avis, voire même développement personnel car si l'histoire découle d'un drame, le lecteur sent bien que l'histoire ne devrait pas se terminer si mal que ça. Il n'y a pas que le visuel du bouquin et son titre rassérénant qui le lui dit. Il y a aussi l'écriture légère, presque féminine, le ton et les rebondissements qui rappellent la comédie romantique. On est parfois carrément dans le cliché. Tout nous annonce une fin heureuse pour Thelma qui fait le maximum pour sortir son fils Louis (!) du coma dans lequel il est plongé depuis son tragique accident de skateboard. Il y a de quoi bouleverser une exist…

Histoire de Paris (Yvan Combeau)

Deux millénaires
Cette vieille édition de Histoire de Paris était sur mes étagères depuis un sacré bout de temps. Elle date d'avant les découvertes des années 2000 lorsque l'hypothèse d'une implantation principale des Gaulois Parisii à Nanterre plutôt que sur l'île de la Cité a fait jour. Si ce "Que sais-je ?" n'en fait pas mention, en revanche il ne se trompe pas en rappelant que c'est sur l'île de la Cité et sur la rive gauche de la Seine que Lutèce a pris son essor avant de devenir Paris au 4ème siècle.
L'évolution de Paris, de son implantation, de sa structure et de son architecture : voilà ce que j'espérais trouver dans cette célèbre collection réputée instructive. Je suis particulièrement intrigué par les différentes strates de remparts qu'a connues la ville à travers les siècles. Beaucoup de Parisiens ignorent que le Paris d'aujourd'hui leur doit beaucoup. Grandes places, boulevards circulaires, rues des anciens faubour…

Canicule (Jane Harper)

Meurtre au soleil
Je n'arrête pas de dire que je ne suis pas très thriller et polar mais au bout du compte, j'en lis quand même régulièrement, de préférence dans le genre plutôt soft, le moins noir ou gore possible. Une atmosphère bien posée et une finesse dans les relations entre les protagonistes sont à mes yeux autrement plus importantes qu'une intrigue meurtrière haletante.
Canicule se révèle être au final une bonne pioche. En terme d'atmosphère, tout y est. Une famille est presque entièrement décimée dans une petite ville du bush australien. La chaleur est suffocante et une sécheresse fait rage depuis trop longtemps. La population est à cran. Lorsque Aaron Falk, enfant du pays, revient assister, vingt ans après sa fuite précipitée, aux obsèques de son ami d'enfance assassiné, il n'est pas spécialement le bienvenu ...
Jane Harper, pour son premier roman, a l'intelligence de ne pas en faire trop. Elle ne se précipite pas et ne bourre pas ses chapitres de…

La vie devant soi (Romain Gary / Émile Ajar)

Et les deux pieds dedans
Mohammed, dit Momo, est fils de pute. Entendez par là enfant de travailleuse du sexe, et accessoirement victime de "la loi des grands nombres" (Il a en effet tellement de pères potentiels). Depuis toujours et donc depuis environ dix ans, il vit à Belleville en pension chez Madame Rosa, une vieille femme juive haute en couleurs, qui a connu un temps son heure de gloire autour de la rue Saint-Denis. La vieille dame est très malade. Avec l'aide de Madame Lola, ancien boxeur sénégalais, et de ses autres voisins de tout bord (et de tous bords), le jeune Arabe va s'occuper d'elle. Car ces deux-là représentent tout l'un pour l'autre, ils s'aiment d'un amour de toujours.
Je suis heureux de plonger enfin dans la prose de Romain Gary, auteur majeur de la littérature française du vingtième siècle. La vie devant soi, publié sous le pseudonyme d'Émile Ajar et lauréat du prix Goncourt 1975, est un roman brillant que je ne peux p…

L'absente (Lionel Duroy)

Écrire, c'est comme le vélo Si on s'arrête, on tombe.

Il y a longtemps que je lorgnais sur Lionel Duroy. Il fait indéniablement partie de ces écrivains qui mettent leur vécu au service de leur plume en se spécialisant dans le roman autobiographique. Qualifiés par certains de nombrilistes, ils projettent beaucoup d'eux-mêmes dans des histoires d'hommes et femmes fictifs (sup)portant les mêmes bagages psychologiques, familiaux et sociologiques qu'eux. A défaut d'être techniquement divertissants car ce n'est pas leur objectif premier, ces récits racontent la vraie vie, les joies et souffrances que tout un chacun porte en lui qu'il soit écrivain célèbre ou citoyen anonyme. Quand ces histoires sont écrites  avec un maximum de justesse et de vérité, ils possèdent à mes yeux un supplément d'âme qui les rend précieux.
L'absente a tout cela. En plus de toucher au cœur et de sonner vrai, l'écriture de l'auteur m'a aussi enchanté. Elle n'…

Chanson douce (Leïla Slimani)

Une nounou d'enfer Le prix Goncourt 2016, omniprésent en ce moment sur les étalages des libraires, me souriait avec sa couverture bleu pastel et son titre apaisant. A l'intérieur, c'est une tout autre chanson ... nettement moins douce. Dès le début, heureusement je dirais, on nous annonce la couleur : ça va mal se finir pour le couple Massé, jeunes parisiens bourgeois bohême qui embauche Louise pour s'occuper de leurs deux enfants en bas âge. Louise est la nounou parfaite. Tellement parfaite et indispensable qu'elle devrait inquiéter ces jeunes parents, trop contents pourtant de fermer les yeux sur sa disponibilité excessivement maniaque. Car pourquoi s'en plaindre quand on peut ainsi poursuivre sa brillante carrière et retrouver le soir venu ses enfants et la cuisine torchés ?
Chanson douce n'est pourtant pas un thriller psychologique dans le genre de La main sur le berceau. Il n'y a pas de suspense en tant que tel puisque l'épilogue est rapidement…

C'est le coeur qui lâche en dernier (Margaret Atwood)

Vaudeville Lire le roman dont est tirée La servante écarlate (ou The handmaid's tale), la série qui cartonne actuellement, était une option. Pour découvrir Margaret Atwood, j'ai préféré choisir une autre fiction de l'écrivaine canadienne, en l'occurrence la dernière en date. Mauvaise pioche, j'ai envie de dire, puisque le roman, qui partait pourtant sur de bons rails, a à mes yeux rapidement fait une sortie de route.
Stan et Charmaine ont perdu leur job à la suite d'une crise économique sans précédent. Comme des millions d'autres Américains, ils zonent sans domicile fixe en luttant quotidiennement contre la faim et l'insécurité. Lorsqu'on leur propose d'intégrer un programme très spécial pour quitter la rue, ils sautent sur l'occasion malgré d'idylliques promesses dont ils se méfient confusément. Ils n'ont pas tort car serait-on dans une dystopie si le bonheur absolu était effectivement à la clé ?
Les premières pages pose…

L'arrière-saison (Philippe Besson)

Nighthawks
Quatre personnes dans un café désert de la petite ville côtière de Chatham à Cape Cod, Massachusetts. La nuit tombe en ce jour de fin septembre, le vent se lève alors qu'à l'intérieur, l'ambiance est feutrée, familière autour d'un martini. Les propos échangés sont clairsemés, pudiques, comme inutiles. Une soirée comme une autre pour Louise, auteur à succès habituée des lieux, et Benjamin, barman. Sauf qu'elle ne va pas se dérouler exactement comme prévue. Le passé va débouler. L'avenir va-t-il se jouer en quelques minutes cruciales ?
L'arrière-saison est un court roman, petite perle de sensibilité comme Philippe Besson, de son écriture précise, sait les fabriquer. Les poses, les gestes, les regards et surtout les dialogues, au bout du compte peu nombreux, sont étudiés et disséqués un à un par l'auteur via l'angle des protagonistes du huis clos. J'ai aimé ça,  le silence, l'introspection, l'observation avant de faire un pas ve…

L'assommoir (Émile Zola)

"L'odeur du peuple"
Gervaise Macquart, épouse Coupeau, est l'un des personnages emblématique de la littérature classique française, comme le sont aussi Jean Valjean et Julien Sorel. Elle est en tout cas devenue le membre le plus éminent de la famille Rougon-Macquart. Mon envie était grande de découvrir enfin son histoire.

Le retentissement de L'assommoir, le septième de la série, fut grand au moment de sa publication en feuilleton en 1876-1877. Tout autant que le scandale qu'il suscita puisque le portrait du milieu ouvrier parisien au cours du Second Empire, jugé "pornographique" par certains, est absolument sans concession. Les descriptions criantes de vérité qui inondent le roman sont responsables de cette indignation, l'écrivain n'y allant pas par quatre chemins pour dépeindre le quotidien des habitants du quartier de la Goutte d'Or, avec leurs drames, joies, excès et labeur, tout cela avec le verbe haut du Paris populaire. Les des…

Mémé dans les orties (Aurélie Valognes)

Ne pas casser trois pattes à un canard
Depuis le temps que je voyais un peu partout ces petits livres au titre amusant et au look frais, j'avais envie d'en picorer au moins un, histoire de voir ce que cela donnait. Je suis maintenant fixé : la littérature d'Aurélie Valognes n'est pas faite pour moi.
Mémé dans les orties a pour lui la sympathique idée de mettre en avant des proverbes et autres expressions populaires. Chacun d'eux illustre un des courts chapitres qui narre avec légèreté les (més)aventures de Ferdinand, un vieux monsieur qui a un peu tout raté dans sa vie, sauf sa misanthropie. Seule sa chienne Daisy trouve grâce à ses yeux. Alors quand celle-ci est écrasée par une voiture …
On s'en doute, la jeune écrivaine va faire en sorte que Ferdinand trouve son salut avant de passer l'arme à gauche. Le scénario qu'elle construit pour ça n'en est à mon avis pas vraiment un mais ressemble plutôt à une série de saynètes sans profondeur au sein d'…

Dans la forêt (Jean Hegland)

Kit de survie
Eva et Nell, deux sœurs de dix-sept et dix-huit ans, habitent à l'écart en pleine forêt en Californie du Nord. Leurs parents sont décédés et le reste du monde semble avoir succombé à une panne générale entraînant la mort d'une grande partie de la population. Après le deuil, il va falloir vivre .. et survivre.
Il est difficile de savoir, en commençant sa lecture, à quoi s'attendre avec cette histoire. La quatrième de couverture laisse planer le doute. Est-on dans une dystopie, un drame familial, un thriller psychologique, un récit écologique ? Je dirais que c'est un peu de tout cela, ce qui place le bouquin dans une case bien à part. J'ai aimé lire sa première partie dans l'attente des retournements de situation que Jean Hegland sait distiller pour favoriser une forme de suspense tant il apparaît vraiment qu'elle ne veut pas nous dévoiler trop vite où elle souhaite finalement nous emmener. Et puis, soudain, on comprend, plus ou moins rapidemen…

En finir avec Eddy Bellegueule (Édouard Louis)

Stigmates
Cela faisait déjà quelques temps que ce premier "roman autobiographique" d'Édouard Louis était dans mon viseur et, en commençant à lire le récit de son enfance, c'est le mot "autobiographique" qui, dans mon esprit, l'a d'abord emporté sur le mot "roman". Comme beaucoup j'imagine, j'ai cru au début qu'Eddy Bellegueule était un surnom puisque Édouard n'est pas trop laid de sa personne. Mais en réfléchissant, cette version n'était pas raccord avec l'esprit du bouquin. Né dans une bourgade déshéritée de Picardie où un tel nom de famille n'est pas rare, le petit Eddy Bellegueule a reçu de ses parents un prénom américain comme un aveu de leur origine ouvrière modeste.
A l'aide d'une structure de chapitres par thématique et une écriture à mon avis en devenir, il réalise un récit d'une grande violence psychologique. Il enfonce le clou et entérine la fuite de son village, de son milieu et de sa fa…

L'affaire Jane Eyre (Jasper Fforde)

Tout un roman
L’idée de départ de L'affaire Jane Eyre est vraiment très bonne. L’héroïne Thursday Next, au nom qui est déjà tout un programme, fait partie des opérations spéciales en charge de protéger la littérature (OpSpecs 12), un art porté aux nues dans une Angleterre sous l'influence d'une multinationale et en guerre contre la Russie impériale. Pour encore mieux poser l'ambiance : le Pays de Galles voisin est un état socialiste indépendant et la France n'a pas tout à fait terminé sa Révolution ...
Simplifions une intrigue touffue et rythmée : lorsqu'un méchant aux pouvoirs maléfiques parvient à pénétrer dans le manuscrit original de Jane Eyre, c'est pour en modifier significativement l'intrigue. A moins qu'une rançon ne lui soit versée séance tenante. Thursday va faire tout son possible pour remettre de l'ordre dans le chef d'oeuvre de Charlotte Brontë.
Quel roman original ! Il est vrai que mes lectures habituelles ne sont p…