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La Vendée-Vengée : le génocide franco-français - Reynald Secher



Un génocide en Vendée ?


Dans cet essai sorti dans les années 80, objet d'une vive polémique parmi les historiens, l'auteur tente de prouver que le massacre d'une partie de la population insurgée de la Vendée militaire durant la Révolution française a été le résultat d'un génocide voulu et organisé par le Comité de salut public, voire de la Convention elle-même.
 
Avant de faire un récit non exhaustif des événements de cette guerre civile entre "Blancs" (Vendéens) et "Bleus" (Républicains) et d'argumenter sa position en faveur du génocide, Reynald Secher commence par passer en revue les causes du conflit. Les guerres de Vendée qui ont duré une petite dizaine d'année, avec de grandes crises et quelques périodes d'accalmie, ont eu une multitude de causes qui, mises bout à bout, ont provoqué des inserructions paysannes un peu partout en France mais qui n'ont pas pu être matées sur le territoire de la Vendée militaire (Vendée, sud de la Loire Inférieure - actuelle Loire Atlantique, sud du Maine-et-Loire, nord des Deux-Sèvres). La population vendéenne était, contrairement à une idée reçue, globalement favorable à la Révolution dans les premiers temps (les cahiers de doléances en témoignent). Mais les années passant, la déception va gagner du terrain car les impôts s'alourdissent, les nouvelles administrations ne sont pas à l'écoute des besoins locaux, la constitution civile du clergé sape le moral d'une population croyante, attachée à ses traditions. C'est la levée en masse des hommes valides pour défendre une République qui les déçoit qui va être la goutte d'eau en trop. Le soulèvement paysan qui s'ensuit, aucunement royaliste à l'origine (la Vendée va s'émouvoir assez peu de l'exécution du roi), va être récupérée par la noblesse locale qui va canaliser l'énergie et créer une véritable armée organisée royaliste et catholique.
 
Pendant des mois, contrairement aux guérillas de la Chouannerie du nord de la Loire, elle va tenir un large territoire en tenant en échec les troupes républicaines, et ceci jusqu'aux premiers revers sérieux comme la tentative ratée de la prise de Nantes et surtout la catastrophique "virée de Galerne". Cette avancée au nord de la Loire jusqu'en Normandie à travers le Maine, va se terminer dans une débacle totale puisque la plus grande partie de l'armée vendéenne n'arrivera pas à retraverser la Loire pour rentrer chez elle. Ce sera le début d'une atroce répression que l'auteur de cet essai nous présente comme un génocide organisé : noyades par milliers à Nantes, fusillades et guillotines en masse ailleurs (il va exister une tannerie de peau humaine à  Angers) etc ... L'évènement le plus marquant de cette sanction républicaine est la décision d'envoyer une vingtaine de colonnes mobiles dites "infernales" pour quadriller la vendée militaire afin de brûler les villages et tuer leurs habitants. Les campagnes sont pillées et brûlées, hommes avec ou sans armes, femmes, enfants, vieillards sont tués, violés, torturés de la pire façon et de manière quasi-systématique. Ordre aurait été donné de vider la Vendée de sa population ...  Reynald Secher puise dans les documents d'époque des passages tirés de discours, proclamations, lettres, ou rapports laissés par plusieurs personnalités révolutionnaires qu'il interprète comme l'aveu de volontés génocidaires. Selon ses calculs remis en cause par beaucoup, près de 117.000  vendéens seraient morts durant cette dernière décennie du XVIIIème siècle.
 
Cette thèse, qui n'est évidemment pas la position officielle de l'Etat français, a beaucoup d'adversaires qui réfute l'idée même de génocide alors qu'elle ne nie pas le caractère terrifiant du massacre lui-même. La notion de génocide implique qu'il y ait eu, à un moment donné, une intention idéologique appliquée à un groupe délimité. Il faudrait que la Révolution se soit acharnée sur la Vendée en tant qu'entité religieuse, raciale ou sociale bien à part, ce que la Vendée n'était pas. Même si voulue en plus haut lieu, le caractère systématique de la répression relèvent plutôt de crimes de guerre dus à des débordements de soldats ivres d'action et mal encadrés par des généraux eux-mêmes souvents cruels. Il est tout de même irréfutable que la terreur aient été voulue par Paris pour marquer les esprits et que la Révolution a volontairement fermé les yeux, a laissé faire pour anéantir ses ennemis. La contre-Révolution représentait en effet le mal absolu qu'il fallait absolument abattre.
 
Il semble raisonnable à mes yeux de refuser la notion de génocide à propos des guerres de Vendée. Cela dit, cela ne relativise en rien l'horreur des massacres perpétrés par une Révolution que notre République a parfois tendance à aveuglément vénérer. C'est un passage de notre Histoire de France qui ne doit pas rester un tabou.

Editions Perrin - page 164   

Le capitaine Dupuy, du bataillon de la Liberté, adresse à sa soeur, les 17 et 26 nivôse (janvier 1794) deux lettres tout aussi explicites :
"Nos combats parcourent par des chemins épouvantables les tristes déserts de la Vendée ... Partout où nous passons, nous portons la flamme et la mort. L'âge, le sexe, rien n'est respecté. Hier, un de nos détachements brûla un village. Un volontaire tua de sa main trois femmes. C'est atroce mais le salut  de la République l'exige impérieusement (...) Quelle guerre ! Nous n'avons pas vu un seul individu sans le fusiller. Partout la terre est jonchée de cadavres ; partout le flammes ont porté leur ravage" (...).
"Les délits ne sont pas bornés au pillage, ajoute Lequenio. Le viol et la barbarie la plus outrée se sont représentés dans tous les coins. On a vu des militaires républicains violer des femmes rebelles sur des pierres amoncelées le long des grandes routes et les fusiller et les poignarder en sortant de leurs bras ; on en a vu d'autres porter des enfants à la mamelle au bout de la baïonnette ou de la pique qui avait percé du même coup la mère et l'enfant" (...).
"J'ai vu brûler vifs des femmes et des hommes, écrit le chirurgien Thomas. J'ai vu cent cinquante soldats maltraiter et violer des femmes, des filles de quatorze et quinze ans, les massacrer ensuite et jeter de baïonnette en baïonnette de tendres enfants restés à côté de leurs mères étendues sur le carreau ...".