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Le grand secret - Barjavel



La mort de Kennedy n'est plus un mystère


'La nuit des temps' de René Barjavel est un grand roman que j'ai prévu de relire très bientôt. En attendant, 'Le grand secret' du même auteur a tenu ses promesses. Paris, à la fin des années cinquante : Jeanne et Roland sont au début d'une passion comme on en vit qu'une seule fois dans sa vie. Mais leur destin va être broyé par un événement d'une gravité sans précédent qui vient de se produire dans un laboratoire de recherche médicale en Inde. Les plus grands dirigeants du monde de l'après-guerre vont s'allier en sous-main pour tenter de contrer une menace autrement plus grande que celle de la guerre froide. Le monde est en danger ... 

Le roman comprend clairement deux parties bien distinctes. La première, sans forcément être la plus riche en informations puisqu'elle distille au contraire le secret, est la plus prenante. Sous la forme d'un thriller politique, l'auteur avance petit à petit ses pions avec talent et suspense. Lorsque il nous est enfin révélé, le secret ne sera nullement décevant. Ce déflorage engendrera pourtant, en terme de pur suspense, une seconde partie un peu en deçà de l'intrigue mise en place jusque là. Le roman entre en effet dans des considérations d'un autre ordre sur la nature de l'homme, sur ses aspirations à maîtriser son propre destin, sur le portrait d'une société humaine partagée entre espoir et désespoir. Des thèmes passionnants qui prennent le pas mais n'empêcheront pas le lecteur d'être tenu en haleine jusqu'à la fin.

L'écriture de Barjavel est parfois étonnante car elle est tour à tour factuelle, presque scientifique, lorsqu'elle fait avancer le scénario (voir passage ci-après), et lyrique voire romantique quand elle dépeint la beauté de la nature terrestre et humaine. Dans tous les cas, on reste admiratif face à la capacité de l'écrivain à inventer une telle histoire en réécrivant justement l'Histoire, à créer une intrigue universelle mêlée de destins privés, tout à fait invraisemblable et la transposer de manière aussi plausible en plein vingtième siècle.

  Editions Pocket - pages 13 et 14

A onze heure et demie à peu près, un appel téléphonique parvint de Bombay pour le chef du gouvernement. Son premier secrétaire le reçut et répondit qu'il ne pouvait pas déranger le Premier ministre pendant le Conseil, où l'on examinait de graves problèmes. L'homme qui était au bout du fil, et dont le secrétaire connaissait bien le nom, répondit qu'il n'y avait rien de plus grave et de plus important au monde que ce dont il fallait, de toute urgence, qu'il entretînt avec Nehru.
Sur la table du Conseil, le téléphone qui ne devait sonner qu'en cas de cataclysme, de guerre, ou d'incendie dans le Palais du Gouvernement, sonna. Nehru décrocha et écouta pendant que les ministres le regardaient, étonnés et inquiets. L'homme qui était à l'autre bout du fil, et que Nehru connaissait bien, le pria de venir le voir à Bombay, toutes affaires cessantes. Il n'y avait rien de plus grave et de plus important au monde que ce dont il fallait, de toute urgence, qu'il l'entretînt seul à seul.