Accéder au contenu principal

Une bonne raison de se tuer - Philippe Besson


de vivre ?


J'avais entendu beaucoup de bien de Philippe Besson. En l'apercevant en dédicace au salon du livre de Paris, j'ai attrapé l'un de ses romans pour le rajouter à ma pile à lire. Ce fut une bonne pioche. Une bonne raison de se tuer est un bouquin dont je me suis régalé, blotti dans mon canapé, dans le silence de mon appartement et la mélancolie de mon esprit.

Laura et Samuel habitent à Los Angeles, non loin l'un de l'autre mais ne se connaissent pas. Ils ont pourtant une chose en commun : ils sont au bord du gouffre. Ce qui arrive à l'un n'a que peu de rapport avec ce que vit l'autre, mais à ce stade de leur vie, ils ont la certitude que continuer à vivre sera un effort insurmontable, un défi presque impossible à relever. Dès le début, on devine, on pressent que l'auteur veut les faire se rencontrer. Mais leurs chemins vont-ils se croiser ? Parviendraient-ils, leur désarrois mêlés, à se sauver l'un l'autre ? En attendant la collision, Philippe Besson dissèque le cheminement de cette journée de novembre 2008, jour de l'élection historique de Barack Obama, où tout le monde a les yeux rivés sur la télévision et se fichent éperdument des tourments de Laura et Samuel.
 
Philippe Besson écrit remarquablement bien. Sa plume, aussi déprimée que celle d'Olivier Adam, m'a pourtant semblé plus directe et fluide, paradoxalement plus légère. L'espoir a pourtant peu de place dans cette histoire. Grâce aux talents psychologues de l'écrivain, le lecteur est projeté au cœur de deux solitudes et découvre petit à petit les recoins les plus sombres de l'âme des personnages, leurs bonheurs passés et leurs désillusions. Le parcours est décrypté avec subtilité et intelligence. L'empathie a été, en ce qui me concerne, totale.
 
Les romans de Philippe Besson, une nouvelle bonne raison de lire ?

10/18 - pages 28 et 29

Elle est assise à la table. L'assiette est vide, il ne subsiste que la trace des œufs, un peu de jaune gélifié, et sur la toile cirée des miettes du pain de mie grillé. Les coudes plantés, elle tient son bol à deux mains devant son visage. Les yeux sont perdus dans le vide, vitrifiés. C'est un résidu de son mauvais sommeil qui la maintient dans cette sorte de prostration. Elle ne pense à rien, fait la démonstration qu'il est possible de ne penser à rien, de se figer dans une parfaite vacuité. En ces instants, elle est la femme inculte, improductive, inhabitée, un être stérile, et cela lui convient parfaitement. Elle aime cette sensation de néant. Elle voudrait que ça dure longtemps. Elle voudrait demeurer imperméable au dehors, enfermée dans sa bulle, inconsistante et protégée.

Commentaires

  1. Ah tiens, sur la blogo c'est le premier billet élogieux ue je lis sur ce livre mine de rien ;-)
    Je ne suis pas sûre d'être cliente de ce type de littérature désabusée, mais j'aime ton ton.
    Bonne journée.

    RépondreSupprimer
  2. Salut, ah oui ce livre a été un vrai régal et il m'a pris par surprise. J'ai adoré le style sobre, poétique et mélancolique de Philippe Besson. A bientôt.

    RépondreSupprimer

Publier un commentaire