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De là, on voit la mer - Philippe Besson

Calme et volupté


Philippe Besson est mon auteur fétiche du moment, il en faut un. J'ai lu son magnifique Une bonne raison de se tuer et le mois dernier au salon du livre, j'ai eu la chance de pouvoir échanger quelques mots avec lui à propos de ce livre qui lui tient apparemment à cœur.

Ces jours derniers, je me suis plutôt régalé avec De là, on voit la mer, un roman au titre poétique et vendeur. L'héroïne, une écrivaine quadragénaire, se retire dans une villa de Toscane avec vue sur la mer pour écrire comme elle sait le faire, c'est à dire sans interférences, notamment celle de son époux, amoureux délaissé et resté à Paris. Dans ce lieu retraite, elle croisera malgré tout la route d'un jeune Italien de 20 ans qui deviendra son amant. Un roman sur le désir. Celui irrésistible qui bouleverse une trajectoire toute tracée et peut ouvrir le tout nouveau chapitre d'une vie.

D'aucuns trouveront que Philippe Besson s'écoute écrire et c'est vrai qu'il y a quelque chose dans son style qui laisse penser qu'il cherche en premier lieu à prouver sa crédibilité littéraire alors qu'il pourrait se contenter d'écrire une simple histoire touchante. Son écriture mélancolique, à la fois recherchée et dépouillée, fonctionne tout de même sur moi. J'ai  simultanément ressenti ardeur et langueur chez cette femme qui, écartelée entre deux hommes, répugne par nature à céder à autre chose qu'à son propre instinct face aux conventions et à la morale. Une jolie lecture.
           

10/18 - page 148


Le jour se lève, elle observe l'homme, encore ensommeillé, tâtonnant nu au milieu des pièces, les yeux mi-clos, les cheveux ébouriffés, comme s'il n'était pas encore revenu au monde, comme si elle n'existait pas réellement. Il porte sur lui les stigmates de la nuit amoureuse. Elle, elle a enfilé un peignoir de bain, pour dissimuler les seins pas assez fermes, la peau lâche, toujours pas habituée à se faire aimer de la sorte, sans retenue, sans jugement. Elle vit depuis si longtemps avec l'idée que son intelligence l'emporte sur son apparence, qu'on se dirige vers elle pour ses livres, et pour rien d'autre. Elle persiste à s'émerveiller qu'un jeune homme se moque de sa littérature et se jette sur son corps. Elle ne peut s'empêcher de ne pas y croire totalement.


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