Accéder au contenu principal

Dix petits nègres - Agatha Christie


 

Et il n'en resta plus aucun


Pour avoir fait le compte à l'époque, j'ai lu à l'adolescence une quarantaine des soixante-six romans d'Agatha Christie. Dix petits nègres est de ceux qu'on n'oublie pas facilement car il possède une intrigue qui le distingue parfaitement du reste de la bibliographie de la romancière britannique. Dans celui-ci, il n'y a pas d'enquête policière à proprement parler ou s'il y a une enquête, elle est menée par nécessité et dans l'urgence par les victimes elles-mêmes. En effet, aucun de dix invités de cette île située au large de la côte anglaise ne va survivre au méthodique carnage, réfléchi sur le modèle d'une comptine et perpétré par un mystérieux hôte, à la fois juge et bourreau. Un véritable exercice de style aussi bien pour l'assassin que pour l'auteur.

Comme justement, cela faisait une éternité que je n'avais pas lu Agatha Christie, j'avais oublié à quel point son écriture est simple, fluide et efficace. En quelques mots bien choisis et sans fioritures ou descriptions inutiles, elle parvient à distiller angoisse et surtout mystère. C'était donc bien agréable de se plonger à nouveau dans l'atmosphère surannée et très british de la "reine du crime".

Seule petit bémol à ce roman : il m'a semblé qu'il était techniquement impossible au lecteur de deviner l'identité de l'assassin. Aucun indice n'est véritablement semé en route pour aider celui-ci à tenter de trouver par lui-même l'identité de l'assassin, quitte à se planter comme c'est généralement le cas. Le salaud de service aurait aussi bien pu être choisi par l'auteur à la toute fin de l'écriture du livre. Il lui aurait en effet suffit d'attribuer d'autres motivations au tueur et de créer un autre fil d'évènements que ceux développés en toute fin dans la bouteille jetée à la mer. C'est une idée un peu frustrante mais ce n'est pas cher payé au vu du divertissement.

Le Livre de Poche - page 39

Si la maison avait été une vieille demeure aux parquets qui craquent, aux ombres menaçantes et aux épais murs lambrissés, elle aurait pu avoir quelque chose d’inquiétant. Mais cette maison-là était l’essence même de la modernité. Pas de recoins sombres… pas d’éventuelles portes dérobées… La lumière électrique inondait tout ... tout était neuf, net et brillant. Rien à caché, rien de secret. Un lieu dépourvu de mystère.  
Et, paradoxalement, c’était ça le plus effrayant… 
Sur le palier, ils se souhaitèrent une bonne nuit. Chacun entra dans sa chambre, et chacun, presque sans en avoir conscience, ferma sa porte à double tour…