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Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier - Patrick Modiano



Travail de mémoire


Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, le dernier roman en date de Patrick Modiano, possède un avantage indéniable sur Le café de la jeunesse perdue, lu (ici) il y a quelques années : il est constitué d'une intrigue qui est distillée dès les premiers pages de ce court roman. Un inconnu contacte Jean, le narrateur et protagoniste central, pour lui rendre un répertoire de contacts perdu dans une gare. Pour une raison qui lui échappe, l'homme lui pose des questions de façon insistante à propos d'un certain passé en partie oublié de Jean. Il y a longtemps lorsqu'il était enfant, il avait vécu une année entière avec une femme qui n'était pas sa mère. Mais alors qui était-elle ?

Je suis totalement amateur de l'écriture mélancolique d'un Philippe Besson ou d'un Olivier Adam, alors je ne peux qu'adhérer au style de Patrick Modiano. Chaque ligne a un très fort pouvoir d'évocation qui embarque le lecteur dans une ambiance vaporeuse et cafardeuse. Le souci est que, clairement, le lauréat 2014 du prix Nobel de littérature a un propos beaucoup plus opaque que ses confrères. Déjà, il nous trimballe à sa suite, d'une époque à l'autre par des flashback (et flashforward) incessants. Ce n'est pas forcément facile à suivre mais on s'y retrouve quand même. Ce qui est plus difficile à avaler, c'est la quasi-absence de réponses aux questions que le narrateur et donc le lecteur se posent. En refermant le roman, on peut s'attendre à avoir compris, sans forcément un excès de détails, les tenants et aboutissants du séjour du petit Jean à Saint-Leu-La-Forêt et de son voyage en train vers le sud. Au lieu de ça, on n'a droit qu'à des bribes impressionnistes qui sont insuffisantes pour se créer soi-même des réponses. En tout cas, c'est mon expérience. Est-ce que je manque d'imagination pour lire entre les lignes ?

Clairement pour Modiano, le voyage est plus important que la destination. Certes, c'est un beau voyage ...
  

Folio - pages 78 et 79

Dehors, il était plus insouciant que les jours précédents. Il avait peut-être tort de se plonger dans ce passé lointain. A quoi bon ? Il n'y pensait plus depuis de nombreuses années, si bien que cette période de sa vie avait fini par lui apparaître à travers une vitre dépolie. Elle laissait filtrer une vague clarté, mais on ne distinguait pas les visages ni même les silhouettes. Une vitre lisse, une sorte d'écran protecteur. Peut-être était-il parvenu, grâce à une amnésie volontaire, à se protéger définitivement de ce passé. Ou bien, c'était le temps qui en avait atténué les couleurs et les aspérités trop vives.