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La Fayette - Gonzague Saint Bris

  

Une aura intacte


Gilbert du Motier de La Fayette fait partie de ces personnages dont on connaît parfaitement le nom mais dont le rôle dans l'Histoire de France nous apparaît souvent flou. A la lecture de cette biographie, domine chez moi le sentiment que, toute sa vie durant, à vingt ans comme à soixante-dix, il a souvent tenu un rôle important sans avoir jamais véritablement décroché le premier. La nature de son caractère et l'objet de sa quête en sont certainement la cause. Idéaliste et aventureux, il ne possède pas l'ambition de ses contemporains les plus connus qui, eux, aspiraient au pouvoir ou à une quelconque position sociale. Lui était mû par-dessus tout par les causes justes, tels la liberté et le respect des droits de tous les individus d'une nation. Il s'est battu à sa manière dans l'espoir de faire passer la France en douceur, par le compromis,  de la monarchie absolue à la démocratie, ses origines aristocratiques ayant certainement modéré ses indéniables élans républicains. Il a notamment refusé des responsabilités qui n'allaient pas dans le sens du bien commun. La Fayette n'était pas dénué d'intelligence politique, il n'a simplement pas voulu sacrifier son bonheur sur l'autel de l'ambition personnelle, sauf peut-être celui de la reconnaissance, de la gloire et de la postérité. Il ne s'est jamais perdu en route. Contrairement à des Napoléon ou des Robespierre, il ne s'est brûlé les ailes. Pas d'usure du pouvoir pour lui, son aura est restée intacte.
   
De lui, je pense qu'on peut dire qu'il aura eu plusieurs destins au cours d'une seule et longue vie. Il est d'abord héros de l'Amérique en participant activement à l'indépendance de celle-ci face l'Angleterre colonisatrice, ce qui fait de lui le personnage français le plus glorifié aux États-Unis depuis presque 250 ans. Il prendra ensuite part aux événements des premières années de la Révolution française en tant que commandant de la garde nationale. En 1792, accablé par la tournure des événements, il s'enfuira de France et échappera à la terreur en payant le prix fort dans les geôles autrichiennes et prussiennes. Des années plus tard, il fait encore des siennes en jouant un rôle dans l'abdication de Napoléon après les "Cent jours", puis dans celle de Charles X au profit de Louis-Philippe. A défaut de république, dont il craint désormais les excès, il met ses espoirs dans une monarchie constitutionnelle qui pourrait apporter les réformes institutionnelles nécessaires au bonheur de tous. Il sera évidemment déçu.

Cette biographie est très agréable à lire. Elle se parcourt un peu à la manière d'un roman, Gonzague Saint Bris y mettant emphase et lyrisme. Il est évident que le biographe adore son sujet. J'ai été au début perturbé, et j'y ai ensuite trouvé des avantages, par les continuelles digressions de l'auteur sur tel ou tel sujet d'actualité de l'époque ou personnage que le "héros des deux mondes" a croisé de près ou de loin. J'imagine que cela a enrichi le propos et rendu le récit absorbant.

Folio - pages 439 et 440


Après cette rencontre entre Pères Fondateurs, La Fayette retourna à Washington pour faire ses adieux au nouveau président qui venait d'être élu : Quincy Adams, fils de John Adams. Il devait revenir à celui-ci de prononcer le dernier discours officiel, pour remercier l'hôte de sa visite et lui exprimer les vœux de la nation. "Quand plus tard, lui dit-il, dans sa harangue, on demandera à un Français de choisir l'individu symbolisant le mieux sa nation, dans le temps que nous vivons, le sang d'un noble patriotisme colorera ses joues, le feu d'une inébranlable vertu brillera dans ses yeux, et il prononcera le nom de La Fayette !"





Tombe de La Fayette et de son épouse, au cimetière Picpus à Paris