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Riquet à la houppe - Amélie Nothomb


C'est quoi ce troll ?


Amélie Nothomb se lit vite et bien. Sauf erreur de ma part, y compris Riquet à la houppe, j'ai lu 21 de ses 25 romans. Ceux sur lesquels j'ai fait l'impasse sont ses derniers car, malgré un indéniable talent d'écriture, j'étais arrivé à saturation de sa courte littérature aux scénarios bien trop embryonnaires. Riquet à la houppe, lui, m'est accidentellement tombé dans les mains et je n'ai pas résisté : je l'ai lu vite et bien. Est-ce que mes sensations ont récupéré une certaine virginité après quelques années d'abstinence ou s'agit-il simplement d'un bon cru ? Le style Nothomb est toujours un véritable petit régal. Quelques pages au début du roman sont particulièrement brillantes : la pensée narrative y est confiée au nourrisson Déodat qui, du haut de son couffin, constate et analyse finement ce qui l'entoure avec une construction bien au-dessus de son âge.

Page après page, on ne peut que se laisser surprendre par les réflexions et traits d'esprits décalés construits par l'auteure autour des personnages étranges de Déodat et Trémière, deux futurs amoureux dont le principal point commun est d'avoir été les souffre-douleur de leurs camarades de classe. Et pour cause, l'un est laid et érudit, accessoirement ornithologue, et la seconde est anatomiquement sublime, peu encline à se remuer les méninges et ... mannequin. L'histoire de Perrault, donc, relookée par l'écrivaine belge qui nous livre un petit conte philosophique baroque, prétexte à d'intelligentes et spirituelles réflexions d'ordre général et, de manière plus particulière, sur les clichés de la beauté, et donc de la laideur, dans notre société.

Malgré tout ce brio et le plaisir qu'on peut  en tirer, il est difficile d'être complètement acquis à la cause d'une histoire dont la forme écrase à ce point une intrigue qui aurait du mal à exister par elle-même. D'où le #2 Sorel qui est quand même un 6/10 sur SensCritique/Sorel
   

Albin Michel - page 15


 - Notre fils est intelligent, déclara-t-elle.
Elle avait raison : l'enfançon avait cette forme supérieure d'intelligence que l'on devrait appeler le sens de l'autre. L'intelligence classique comporte rarement cette vertu qui est comparable au don des langues : ceux qui en sont pourvus savent que chaque personne est un langage spécifique et qu'il est possible de l'apprendre, à condition de l'écouter avec la plus extrême minutie du coeur et des sens. C'est aussi pour cela qu'elle relève de l'intelligence : il s'agit de comprendre et de connaître. Les intelligents qui ne développent pas cet accès à autrui deviendront, au sens étymologique du terme, des idiots :  des êtres centrés sur eux-mêmes. L'époque que nous vivons regorge de ces idiots intelligents, dont la société fait regretter les braves imbéciles de jadis.