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Le Paris d'Haussmann - Patrice de Moncan


Paris gagné, Paris perdu


Quelques années après avoir lu la biographie du baron Haussmann de Michel Carmona, j'ai pris beaucoup de plaisir à parcourir ce bel ouvrage consacré au grand chamboulement urbanistique que connut Paris entre 1853 et les années 1870, c'est à dire au cours du Second Empire et encore un peu après au début de la Troisième République malgré l'abdication de Napoléon III, le grand ordonnateur de ces travaux. Alors que le livre de Carmona mettait bien sûr l'accent sur la vie bien remplie et l'oeuvre conséquente du préfet de la Seine, celui de Patrice de Moncan se focalise uniquement sur la transformation de Paris à proprement parler avec photos, gravures et croquis à l'appui. Et le point fort de Paris sous Haussmann, qui a le format d'un épais fascicule illustré, est qu'il est structuré en chapitres bien délimités exposant les différents étapes et angles des travaux qui modifièrent énormément la physionomie de la capitale française : l'insalubrité du vieux Paris, la vision de Napoléon III, les différentes phases d'avancement, le financement, les grands axes, les boulevards, les places monumentales, les immeubles dits haussmanniens, mais aussi les marchés, les théâtres, les écoles, les églises, les parcs, l'adduction de l'eau, les égouts, les trottoirs, le mobilier urbain, les transports en commun etc...

L'auteur a de toute évidence une très bonne opinion de ce Paris redessiné et défend clairement le bilan de cette administration qui sortit la ville de son asphyxie au prix d'un énorme chantier qui profita à moyen terme à de nombreux parisiens, riches et pauvres. Mais il a également l'intelligence de prendre en considération l'opinion des détracteurs qui étaient nombreux à s'indigner, à l'idée de voir disparaître le vieux Paris ou tout simplement pour des raisons d'opposition politique. A cette lecture, j'ai réalisé, par exemple, à quel point l'île de la Cité fut remodelée et pas forcément pour le meilleur. L'étroite partie nord-est de l'île et la charmante place Dauphine à l'ouest mises à part, les petites rues résidentielles, certes des taudis à l'époque, comme on en trouve encore sur l'île Saint-Louis, ont été rasées pour laisser la place à de colossaux bâtiments (Hôtel-Dieu, Préfecture de Police, Palais de justice qui dissimule la Sainte-Chapelle, etc ...) qui, malgré leur beauté intrinsèque, ont vidé de sa population le cœur de Lutèce - c'est à cet endroit que fut bâtie la toute première enceinte défensive à l'époque gallo-romaine - pour en faire le centre administratif imposant et plutôt froid que l'on connaît maintenant.



Les Éditions du Mécène - page 27

Si Paris transformé par le baron Haussmann n'est pas une ville utopique, ce n'en est pas moins une ville rêvée. Ville rêvée par Napoléon III comme par l'ensemble des Parisiens qui étouffaient dans leurs rues étroites , sans lumières et sans arbres, sans parcs ni jardins publics, et dont certains des quartiers étaient dans un état de délabrement total [...]
Le Paris imaginé par Napoléon III est une ville organisée, saine, où la population respire à nouveau, où des avenues et des boulevards larges relient facilement ses différents pôles d'attraction, où les plus démunis vivent dans des conditions décentes, où le commerce et l'industrie s'épanouissent librement en donnant à chacun de l'ouvrage.