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Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan


"et j'ai fait de mon mieux possible, croyez-le"


Le peu que je sais sur Delphine de Vigan m'apprend que ses romans sont souvent inspirés de détails autobiographiques et cela paraît être totalement le cas avec Rien ne s'oppose à la nuit, titre joliment poétique et dépressif.  Par l'écriture de ce livre, dans lequel elle se pose elle-même en narratrice, l'auteure réalise une sorte de thérapie personnelle. Elle y évoque plus que largement sa mère, personnage bipolaire et suicidaire, qui a eu une influence non négligeable sur son équilibre psychique. L'avantage d'une telle démarche pour le lecteur est que le récit sonne terriblement juste et le trait n'est en rien trop appuyé. L'inconvénient, en revanche si tant est que cela soit important (ça m'a turlupiné), c'est qu'il est assez malaisé de capter clairement ce qui tient du témoignage et ce qui relève de la fiction. Vendu comme un roman, l'écrivaine parle a priori pourtant bel et bien de sa mère. S'appelait-elle Lucile Poirier ? Est-ce que tout ce qui est écrit est à prendre pour argent comptant malgré une part obligatoire de romanesque ? 

Ce livre, à l'écriture fluide et sans fioritures, possède des qualités addictives sans explication apparente. On se surprend à tourner ses pages les unes après les autres sans envie de s'arrêter alors même qu'il ne déploie pas en soi un suspense haletant. Il s'agit du récit d'une vie que l'on devine vite compliquée mais qui débute presque banalement au sein d'une famille nombreuse. Étrangement, cette première partie m'a totalement séduit. Lucile, troisième enfant sur les neuf que ses parents élèveront, y grandit comme un peu à part des autres. En tout cas, c'est ce que la narratrice veut nous faire croire car chacun ne doit-il pas développer son caractère propre pour surnager dans une large fratrie ? Côtoyer le temps de la moitié d'un roman, ce type de configuration familiale avec ses hauts et ses bas a quelque chose de fascinant. Lorsque les enfants quittent le nid et que les véritables difficultés de Lucile apparaissent au grand jour, j'ai légèrement décroché quand bien même alors c'est le point de vue de sa fille qui devient intéressant.

Ce livre est le récit touchant d'une vie compliquée mais aussi le regard amoureux d'une fille sur sa mère, femme dérangeante et captivante. En retour, la fille s'est su aimée. Du mieux que sa mère a pu ...

Le Livre de Poche - pages 211 et 212

Plus tard dans la conversation que j'écoute encore, pour en saisir le moindre souffle, ne rien perdre du cadeau qu'elle m'a fait, comme les autres, en acceptant de se prêter au jeu, Violette me dit qu'elle a hâte de lire le livre. Cela la touchera, pense-t-elle, de lire ma Lucile. Elle précise :
 - Parce que je crois malgré tout qu'elle vous a permis d'entrer dans la vie de plain-pied. Il y a des photos de Lucile d'une douceur, tu sais, dans cette famille, que je ne connais que d'elle.
Alors  je tente d'expliquer ce que je voudrais parvenir à écrire. Au moment où je mène ces entretiens, plusieurs semaines avant de commencer, je n'ai aucune idée de ce qui m'attend. Car c'est exactement ça : je voudrais rendre compte du tumulte, mais aussi de la douceur. Ma voix s'altère, cette fois c'est moi qui faiblis.