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Bonjour tristesse - Françoise Sagan


Au revoir jeunesse


Françoise Sagan fait partie de ces auteurs qui ont laissé dans leur sillage comme une effluve de mystère, une aura de scandale, une impression de mal de vivre qui semblent les positionner à part dans la littérature. Sa réputation de liberté de ton dans ses romans et son affranchissement personnel des conventions me la rende séduisante a priori. Il était donc temps de partir à la découverte de son oeuvre et, logiquement, de commencer par son emblématique premier roman paru en 1954 lorsqu'elle n'avait que 19 ans.

L'héroïne de Bonjour tristesse a 17 ans, à peu près l'âge, j'imagine, de Françoise Sagan au moment de commencer l'écriture d'un roman qui en dit probablement beaucoup sur elle. Cécile est une jeune fille autonome et libérée malgré son enfance en pensionnat. Son père est un Don Juan adorable qui a peur de vieillir et qui la laisse vivre plus ou moins comme bon lui semble. Leur relation paraît aimante, bienveillante et respectueuse et cela m'a plutôt touché même si elle s'exprime en grande partie avec pudeur, à l'instar du passage reproduit ci-dessous. Mais dans une villa du sud de la France, en ce bel été qui commence les pieds dans l'eau, c'est sans compter sur Anne, une femme intelligente et élégante qui surgit de Paris et qui croit bien faire en remettant la fille et le père sur les rails, ceux de la raison et du raisonnable. De son point de vue, liberté, oisiveté ou butinage ne prépare pas un avenir brillant ou une retraite heureuse ...

Françoise Sagan dresse un portrait intéressant de cette famille hors cadre. Le scénario fait basculer Cécile dans un engrenage dangereux que sa jeunesse empêche d'entrevoir clairement. Son indécision et son inconséquence, peut-être le résultat d'une éducation laxiste, mènera à la tragédie. Talent et bon goût chez l'écrivaine font sonner tout ça très juste et de manière concise, directe, sans fioritures, ni excès de bons mots ou de figures de style. 

 

Pocket - page 76


Mon père s'était éloigné, il détestait ce genre de discussions ; dans le chemin, il me prit la main et la garda. C'était une main dure et réconfortante : elle m'avait mouché à mon premier chagrin d'amour, elle avait tenu la mienne dans les moments de tranquillité et de bonheur parfait, elle l'avait serrée furtivement dans les moments de complicité et de fou rire. Cette main sur le volant, ou sur les clefs, le soir, cherchant vainement la serrure, cette main sur l'épaule d'une femme ou sur des cigarettes, cette main ne pouvait plus rien pour moi. Je la serrai très fort. Se tournant vers moi, il me sourit.