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Retour parmi les hommes - Philippe Besson


Fuir pour mieux revenir


Ce n'est rien de le dire, la suite du magnifique premier roman de Philippe Besson, En l'absence des hommes, se devait d'être à la hauteur pour raconter le récit de vie de Vincent après la tragique mort au combat de son amoureux dans une tranchée. J'avais en effet le sentiment que ce premier chapitre se suffisait à lui-même, que la magie de l'émotion ressentie face à l'extrême délicatesse de la correspondance entre Vincent et Arthur aurait du mal à se reproduire.

Vincent a quitté Paris pour fuir son malheur, s'oublier dans l'effort et l'errance, s'anesthésier le cœur et la tête. Il voit l'Europe, l'Afrique, l'Asie ... L'écrivain raconte ce périple avec un peu trop de lyrisme et en utilisant des clichés qui m'ont fait lever les yeux au ciel et, dès le début, ont instillé la déception en moi pour le restant de la lecture. Le plaisir est tout de même de retour lorsque le jeune homme s'embarque par bateau pour New York. L'aventure du migrant démuni qui accoste sur Ellis Island est distrayant, voire enrichissant. Pourtant ... toute cette galère pour finalement accourir au premier appel de sa déplaisante mère.

La seconde partie du récit est plus conforme au premier roman, quitte à être volontairement redondante puisqu'en place de Marcel Proust et du bel Arthur, surgit Raymond Radiguet, jeune écrivain prodige ayant réellement existé, qui a le bon goût d'être en quelque sorte le mélange des deux. Cette symétrie entre les deux livres est ce qui rend Retour parmi les hommes intéressant. Est-ce que ce sera l'occasion pour Vincent de se réconcilier avec la vie ?

Le talent de Philippe Besson est toujours là, l'état de grâce un peu moins. Cela n'engage que moi.
   

10/18 - page 142

Raymond dit : "Moi, je ne suis pas tellement parti. Au fond, le plus grand voyage a consisté à quitter Saint-Maur pour rejoindre Paris. Ce n'étaient que quelques kilomètres mais je n'ai pas expérimenté déracinement plus violent." Il dit : "Saint-Maur, c'est un non-lieu, ni une ville, ni la campagne, on n'y perçoit pas la fièvre de la capitale, mais on n'y est pas rongé par l'ennui de la province, on savoure le calme et on rêve de mouvement, c'est selon l'endroit d'où on regarde une merveilleuse sécurité ou une affreuse résignation. Je viens de là, de ça."

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