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D'après une histoire vraie (Delphine de Vigan)


Serpent à plume


J'avoue être bon client de la littérature "autobiographique" que propose Delphine de Vigan avec Rien ne s'oppose à la nuit et D'après une histoire vraie. L'auteur se met elle-même en scène en tant que personnage principal de ses romans et encore plus pour celui-ci que pour le précédent lorsqu'il était d'abord question de sa mère. Dans D'après une histoire vraie, elle est la victime de manipulations de la part d'une jeune femme qui va s'inviter insidieusement dans sa vie et vouloir influer sur son écriture.

On ne saura probablement jamais la part de vérité dans cette fiction soit-disant inspirée de faits réels. Delphine de Vigan a-t-elle vécu une histoire similaire de près ou de loin ? Je suis tenté de croire que c'est plutôt de loin. A partir de ce constat, est-ce si important de le savoir ? Je me satisfais complètement de ce qui est dit dans le passage reproduit ci-après, issu d'un dialogue entre Delphine avec L, sa dangereuse amie. Il est indéniable que ce type de scénario donne au lecteur la sensation de pénétrer dans l'intimité de l'écrivain avec l'idée sous-jacente de se dire "Et si c'était vrai ..." qui incorpore une dose supplémentaire de piment au plaisir de lire. L'apparente facilité de l'auteur pour mettre chaque mot à la bonne place pour que la lecture soit facile et prenante n'y est pas non plus pour rien.

Sans être certain que les artifices utilisés par L pour prendre l'ascendant sur Delphine, aussi évidents qu'ils nous paraissent vu de notre fenêtre, soient suffisants, les ressorts de ce scénario infernal sont crédibles. La fin n'est en rien décevante puisqu'elle évite à bon escient un dénouement qui aurait pu verser dans le thriller classique. L'épilogue, tout autre, présente un twist final assez ingénieux qui a provoqué chez moi un étrange petit frisson.
  

Le Livre de Poche - page 260

- Est-ce que tu ne crois pas que tu le sens, comme tu dis, simplement parce que tu le sais ? Parce qu'on a pris soin de te faire savoir d'une manière ou d'une autre qu'il s'agissait d'une histoire vraie, ou "inspirée de faits réels" ou "très autobiographique", et que cette simple étiquette suffit à susciter de ta part une attention différente, une forme de curiosité que nous avons tous, moi la première, pour le fait divers ?
Mais tu sais, je ne suis pas sûre que le réel suffise. Le réel, si tant est qu'il existe, qu'il soit possible de la restituer, le réel, comme tu dis, a besoin d'être incarné, d'être transformé, d'être interprété. Sans regard, sans point de vue, au mieux, c'est chiant à mourir, au pire c'est totalement anxiogène. Et ce travail-là, quel que soit le matériau de départ, est toujours une forme de fiction.


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