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En attendant Bojangles (Olivier Bourdeaut)


D'une folie à l'autre

Précédé de sa réputation de premier roman au succès retentissant, En attendant Bojangles a brûlé les étapes de ma PAL pour se retrouver sur ma table de nuit bien avant certains qui attendent leur tour depuis plus longtemps. Cette courte fiction a conquis bien des cœurs mais seulement en partie le mien.

Le très jeune narrateur a des parents fantasques, résolument optimistes qui ont pris le parti de mordre la vie à pleines dents en faisant de chaque jour une nouveauté, une fête, un émerveillement.  Soit dit en passant, la plupart des lecteurs qui souscrivent à cette idée séduisante sont probablement les mêmes qui ne verraient pas d'un excellent œil leurs voisins en charge d'un gamin se comporter de manière aussi excentrique. En attendant, l'écriture étant légère et pleine d'esprit, chacun est  évidemment charmé par la fantaisie d'une telle famille, par la poésie absurde teintée d'humour présente à chaque paragraphe. Le passage recopié ci-dessous n'est-il pas plaisant ?

Le ton et l'intrigue surréalistes ont pourtant porté un coup dans mon esprit à la crédibilité de l'ensemble, du moins pour une bonne partie. Comment s'attacher à des personnages évanescents, si éloignés d'une certaine réalité ? Le dernier tiers du roman m'a quand même repêché car la pure légèreté laisse à un moment donné place à l'émotion lorsque le drame, malheureusement davantage réaliste, s'installe au sein de cette famille mordue, pour l'anecdote, de la chanson Mr Bojangles de Nina Simone. Au final, malgré ma réserve, ce roman est une jolie lecture pour laquelle l'engouement assez général est facilement compréhensible.

Folio - page 57

Il lui arrivait d'être sérieux, par exemple lorsqu'il me donnait des conseils pour ma vie future. Il y en a un qui m'avait beaucoup marqué car "frappé au coin du bon sens", disait-il pour en souligner la logique et l'importance.
 - Mon petit, dans la vie, il y a deux catégories de personnes qu'il faut éviter à tout prix. Les végétariens et les cyclistes professionnels. Les premiers, parce qu'un homme qui refuse de manger une entrecôte a certainement dû être cannibale dans une autre vie. Et les seconds, parce qu'un homme chapeauté d'un suppositoire qui moule grossièrement ses bourses dans un collant fluorescent pour gravir une côté à bicyclette n'a certainement plus toute sa tête. Alors si un jour tu croises un cycliste végétarien, un conseil mon bonhomme, pousse-le très fort pour gagner du temps et cours très vite et très longtemps !
Je l'avais beaucoup remercié pour ses conseils philosophiques.