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Frappe-toi le coeur (Amélie Nothomb)


Coeur gros


Que dire du vingt-sixième roman d'Amélie Nothomb ? La même chose que d'habitude en fait. Plutôt assez sobre dans la forme cette fois-ci, il est fluide et se lit évidemment comme on boit un Champagne rosé frais et finement pétillant. Comme d'habitude aussi, on rêverait d'une intrigue davantage développée autour de la bonne idée de départ largement sous-exploitée. Mais au bout du compte, le mieux n'est-il pas de se faire une raison et d'accepter la signature Amélie Nothomb telle qu'elle est ? Sans cette empreinte caractéristique, sans son apparente désinvolture, peut-être s'arracherait-on moins l'édition annuelle de notre écrivaine belge gentiment barrée.

Le cru 2017 n'est d'ailleurs pas son plus mauvais. Il aborde, avec le sens de la formule, des thèmes comme l'envie, l'apparence, la parentalité, l'ambition, l'admiration ...  en nous racontant Diane, jeune enfant puis jeune femme qui tente de se construire, de se frayer un chemin au milieu de la complexité des relations humaines. Elle s'attachera à l'une de ses professeurs comme pour se guérir du manque d'amour et d'attention de ses parents et principalement de sa mère Marie qui la jalouse inconsciemment depuis sa naissance. Mais bien sûr l'herbe n'est pas forcément plus verte chez le voisin ...

Albin Michel - pages 9 et 10

 Il y avait une joie encore plus puissante : il s'agissait de susciter la jalousie des autres. Quand Marie voyait les filles la regarder avec cette envie douloureuse, elle jouissait de leur supplice au point d'en avoir la bouche sèche. Au-delà même de cette volupté, ce que disaient ces yeux amers posés sur elle, c'était que l'histoire en cours était la sienne, c'était elle qu'on racontait, et les autres souffraient de se découvrir figurantes, invitées au festin pour en récolter les miettes, conviées au drame pour y mourir d'une balle perdue, c'est à dire d'une brûlure qui ne leur était pas destinée. La destinée ne s'intéressait qu'à Marie et c'était cette exclusion des tiers qui la faisait suprêmement jubiler.