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La symphonie du hasard - livre 1 (Douglas Kennedy)

La symphonie du hasard - livre 1 - Douglas Kennedy

Le cortège des choix


Malgré mon impatience à lire tout roman de Monsieur Douglas Kennedy, j'ai pris mon temps pour commencer sa trilogie La symphonie du hasard sortie il y a déjà deux ans. Quel plaisir d'ouvrir l'un de ses romans à la première page pour s'immerger à nouveau dans une littérature sachant, de mon point de vue, mêler pur divertissement et réflexion.

Tout début des années soixante-dix, Alice s'apprête à entrer à l'université de Bowdoin dans le Maine. Elle est heureuse de fuir ses années lycée et de s'éloigner d'une famille dysfonctionnelle où chacun traîne casseroles et névroses derrière lui. Volontaire et intelligente, elle va apparemment traverser, au moins en partie, les décennies sous nos yeux. En effet, le roman débute avec un chapitre temporellement déconnecté du reste du livre 1 puisqu'il se déroule bien plus tard.

Pendant un bon moment, je me suis demandé où l'écrivain voulait en venir car avec lui l'intrigue prévoit habituellement le basculement du protagoniste principal dans une sorte de cauchemar éveillé duquel il aura du mal à s'extirper. Ici rien de cela à part quelques galères qui atteignent Alice qu'indirectement. Un zest de circonspection et une touche de déconvenue m'ont, je l'avoue, étreint à certains moments mais ce serait oublier que Douglas Kennedy sait raconter les histoires et que quand on commence à les lire, on peut avoir du mal à s'arrêter, peu importe le sujet. Alors quand il s'emploie à réaliser le portrait de l'Amérique de Nixon à travers le prisme d'une jeune femme de son époque, ça se lit tout seul.

Pour autant, le livre 1 ressemble à une mise en bouche avant le plat de résistance. Celui-ci sera-t-il servi ou les livres 2 et 3 ne seront rien d'autre que la suite chronologique ? Si c'est ça, ça me va aussi.

Pocket - page 222

À Bowdoin, à part quelques francs-tireurs, dont j'étais, nombreux étaient ceux qui se sentaient obligés d'appartenir à un groupe, de se fondre dans une identité collective. On pense souvent que notre nation soutient l'individualisme acharné, mais, en réalité, la plupart d'entre nous lui préfèrent la tranquillité du conformisme. Cet instinct grégaire a un prix : on limite nos perspectives, on dresse certaines barrières. Mais l'avantage, c'est que cela nous donne le sentiment d'être accepté. Voilà pourquoi l'appartenance à un groupe est si tentante. Même ceux qui proclament : "Je ne n'ai pas besoin de vos bandes, de l'approbation de vos cliques, ni de faire partie de votre petit club", même ceux-là, viscéralement attachés à leur condition de loups solitaires, s'avouent parfois dans un élan de lucidité que chacun, à sa manière, n'a qu'un rêve : se sentir appartenir à quelque chose.