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Un certain Paul Darrigrand - Philippe Besson

Un certain Paul Darrigrand - Philippe Besson

La maladie d'amour

Arrête avec tes mensonges a connu le succès que l'on connaît, très mérité à mes yeux tant chacun a été cueilli par le récit d'un premier amour à l'épilogue ô combien émouvant. L'auteur tente de réitérer l'expérience avec son deuxième amour également clandestin, un certain Paul Darrigrand, qu'il a rencontré quelques années plus tard à la fin de ses études à Bordeaux.

On reconnaît le style sec et lyrique, reconnu par tous, de Philippe Besson, même s'il y met cette fois un soin littéraire moindre. C'est logique, je dirais, puisqu'il s'est engagé à nous livrer un témoignage réputé sincère et donc plus spontané dans la forme. Le terme d'autofiction est pourtant plus approprié car le livre, estampillé roman, contient forcément une certaine proportion d'ornements imaginaires. L'écrivain nous trompe sur les coutures, pour autant il semble se confier dans les grandes largeurs au risque de friser l'égocentrisme. Il aborde notamment le sujet de la grave maladie du sang qui se déclenche à l'époque de sa romance compliquée.

J'ai parcouru Un certain Paul Darrigrand avec un plaisir évident mais sans ressentir l'émotion d'un niveau proche de celle connue avec Thomas Andrieu. L'ombre du fameux premier amour de Besson plane sur la lecture de ce deuxième livre. Est-ce que c'est parce que Paul arrive après Thomas, que l'effet de surprise n'est plus là, que son histoire est moins bouleversante ? C'est sûrement un mélange de tout cela malgré de nombreux passages intimes et touchants, comme par exemple le rapprochement des corps à l'île de Ré.

J'espère beaucoup de Dîner à Montréal, le dernier volet de la trilogie.

Julliard - page 106

Et Paul dans tout ça ? Il navigue entre les rochers, slalome entre les piquets, je pourrais multiplier les métaphores. Le plus juste serait sans doute celle du torero, ce danseur aux fesses moulées, habillé d'or et de sang, qui parade au milieu de l'arène, qui d'abord attend sa victime, seul et agenouillé, puis l'attire en agitant sa muleta, combat à pied, plante des banderilles, avant de porter l'estocade. Isabelle et moi nous serons tour à tour l'animal ensorcelé, désorienté, épuisé, rendant les armes. Nous succombons à son charme et à sa cruauté.