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Nana (Émile Zola)


C'est chic

Émile Zola continue son incroyable peinture naturaliste en s'employant cette fois-ci à raconter, à travers le destin de Nana, fille de Germaine Macquart (L'assommoir), le monde des courtisanes, apparemment très en vogue pendant le Second Empire. Ces "cocottes" gravitaient autour de personnages plus ou moins importants de la société parisienne et notamment de jeunes gens qui, par ces fréquentations discutables, cherchaient à accéder au "chic", se délestant au passage de leur petite fortune. En tout cas, c'est que raconte l'écrivain quand il profile habilement le personnage de Nana, qui préfère devenir prostituée que rester fleuriste. Rien d'étonnant à ce que le roman ait fait scandale à sa publication en 1880 car les situations scabreuses surgissent régulièrement au cours du récit. Pourtant, on est loin de l'apologie. Si Zola n'y est pas allé de main morte, c'est pour mieux dénoncer les dérives de l'élite de l'époque.

Ce tome des Rougon-Macquart a comme les autres une forte ossature bâtie autour de chapitres  présentant chacun un tableau qui, passionnant par le style et la richesse de détails, est plus ou moins captivant. Face à certaines scènes pourtant imposantes et magistrales (le champ de course, les coulisses du théâtre des Variétés, etc...), j'affectionne plutôt les moments intimes (avec l'entourage proche, ses errements dans les rues de Paris, etc...) de la vie d'une jeune femme inconsciente jusqu'à un certain point des conséquences de son comportement. Nana, bourreau des hommes ou femme victime ? 

GF Flammarion - page 307

Alors, Nana devint une femme chic, rentière de la bêtise et de l'ordure des mâles, marquise des hauts trottoirs. Ce fut un lançage brusque et définitif, une montée dans la célébrité de la galanterie, dans le plein jour des folies de l'argent et des audaces gâcheuses de la beauté. Elle régna tout de suite parmi les plus chères. Ses photographies s'étalaient aux vitrines, on la citait dans les journaux. Quand elle passait en voiture sur les boulevards, la foule se retournait et la nommait, avec l'émotion d'un peuple saluant sa souveraine ; tandis que, familière, allongée dans ses toilettes flottantes, elle souriait d'un air gai, sous la pluie de petites frisures blondes, qui noyaient le bleu cerné de ses yeux et le rouge peint de ses lèvres.






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