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Le corps des anges (Mathieu Riboulet)

Le corps des anges de Mathieu Riboulet

Ceci est mon sang

L'écrivain Mathieu Riboulet maîtrise l'intime et la langue française. Le corps des anges en est la parfaite démonstration. Adepte des longues phrases de descriptions et d'évocations à la limite de l'irréel, il écrit un texte excessivement poétique et troublant autour de plusieurs thèmes plus ou moins palpables : deuil, douleur, émancipation, liberté, beauté ...

Le roman, pourtant pas si long, n'est pas facile d'accès. Je l'ai personnellement ressenti au début du roman lorsque l'on découvre Rémi, jeune rural mentalement inadapté qui entretient un rapport physique avec la terre, les oiseaux et la nature en général. Il est à ce point dans sa bulle, que l'auteur adopte une plume certes magnifique mais aussi à la limite de l'insaisissable. J'ai été plus à l'aise ensuite avec l'histoire de Gabriel, l'ange taciturne à la dérive, qui se scarifie le corps et l'âme en parcourant la France ("sur ses frontières") pour entendre à nouveau la voix de ses parents décédés brutalement.

Les deux jeunes hommes vont, on s'en doute, finir par se croiser et nouer un épilogue tragique, mystique et charnel dans des circonstances de l'ordre de la fantasmagorie. C'est surprenant mais c'est beau.

Folio - page 70

Mais on n'insistait pas, il était réservé, courtois et sûr de lui, on avait peu de loisir pour la curiosité, pour une vraie sympathie. Il s'en trouva bien quelques unes, perdues dans les masses obscures des sapins lourds de neige, pour songer à faire quelques pas avec lui, mais elles durent enfouir leurs désirs dans la chaleur de rêves hantés par ses épaules mates, son sourire un peu triste et la trace ténue de son odeur que la levée du jour dissipait tout à fait.