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La trilogie berlinoise - La pâle figure (Philip Kerr)

Bernie à la rescousse

Berlin, 1938, deux ans ont passé depuis l'enquête de L'été de cristal. Bernhard Gunther travaille maintenant avec un associé et les affaires sont bonnes dans une Allemagne nazie au climat de plus en plus délétère. À la demande non négociable de Heydrich, directeur de la Gestapo, notre compétent et audacieux détective privé réintègre la police criminelle pour tenter d'élucider le meurtre de jeunes Allemandes, comprenez aryennes. Appréhendant assez vite les enjeux et ressorts de l'affaire, il va mettre beaucoup de coeur à l'ouvrage pour tenter d'éviter aux Juifs de Berlin le pire. On connait la suite.

Ce deuxième tome de La trilogie berlinoise m'a encore plus emballé que le premier car il a une intrigue plus facile à suivre. C'est utile pour apprécier pleinement un roman même si en l'occurrence parvenir à toucher du doigt le contexte historique et l'atmosphère de l'époque est à mes yeux le plus important. La pâle figure contextualise brillamment la Nuit de Cristal de novembre 1938, terrifiant préambule à la Shoah qui fit monter d'un cran supplémentaire la tension antisémite, déjà institutionnalisée par le régime.

Ce roman m'est apparu moins spirituel, moins "drôle" que le précédent. Il est vrai que le drame s'amplifie et que le cynisme de l'insoumis Bernie se crispe. Un requiem allemand, le dernier tome se déroulant après la guerre, sera probablement intéressant à tout point de vue.

Le Livre de Poche - page 517

D'habitude, je n'écoute pas les émissions du Parti. je leur préfère le son de mes pets. Mais celle de ce soir-là était spéciale. Le Führer devait prononcer un discours au Sportpalast de Postdamerstrasse, et l'on disait qu'il allait dévoiler ses intentions réelles à l'égard de la Tchécoslovaquie et des territoires sudètes.

Personnellement, j'en étais arrivé depuis longtemps à la conclusion que Hitler trompait tout le monde depuis des années avec ses déclarations pacifistes. Et j'avais vu assez de westerns pour savoir que lorsque le type au chapeau noir cherche au petit malingre debout au bar à côté de lui, c'est en réalité le shériff qu'il veut provoquer. Dans ce cas particulier, le shériff était français, et il était évident qu'il n'avait pas la moindre intention de faire quoi que ce soit, hormis s'enfermer dans son bureau en se répétant que les détonations qu'il entendait dehors n'étaient que des explosions de pétards.