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Un instant d'abandon (Philippe Besson)

 Un instant d'abandon - Philippe Besson

Débarrasser le plancher

C'est un vrai plaisir de retrouver, le temps d'un court roman, l'écriture sèche et évocatrice de Philippe Besson. C'est à nouveau le bord de mer qui en est le cadre, cette fois-ci celui parfois maussade parfois tempétueux des Cornouailles au bout de l'Angleterre. Condamné par la justice il y a quelques années dans des circonstances tragiques, Thomas revient dans sa ville natale alors qu'il devrait plutôt la fuir. Pourquoi ?

Il est difficile de ressentir de la sympathie pour cet homme. Ce qu'il a fait et sa façon de le raconter nous maintient à une certaine distance de lui. Ni coupable, ni innocent, il a fait le choix, en grande partie inconscient, de provoquer l'impardonnable pour enfin revivre, quitte à devoir passer d'abord par la case prison. La sympathie non donc, l'empathie peut-être car n'avons-nous pas tous ressenti ça un jour ? Vouloir changer le cours de sa vie sans avoir le courage de passer à l'acte, en espérant confusément que le hasard s'en charge à notre place, pour ne pas avoir de vrai choix à faire. Une forme de lâcheté, un lâcher prise, un instant d'abandon.

10/18 - page 185

Le bruit de la clé tournant dans la serrure pour ouvrir la porte de la cellule nous a tiré de notre léthargie, de notre recueillement. Le gardien qui s'est présenté s'est contenté d'un hochement de la tête en direction de Luke. Il n'a pas cherché une parole, une plaisanterie, un encouragement ironique. Il s'est tenu à distance de nous deux. Et je peux presque affirmer que cette distance, c'était du respect, le choix, de ne pas interférer, de ne pas entrer dans ça qui crevait les yeux, notre intimité. Une pudeur. Une décence.