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Juste la fin du monde (Jean-Luc Lagarce)

Juste la fin du monde - Jean-Luc Lagarce

Théâtre vivant

Dans sa pièce, Jean-Marc Lagarce ne fait pas du Racine et ce n'est pas ce qu'on lui demande. Il écrit ses dialogues et ses monologues pour sonner vrai à la manière habituelle d'une famille de la classe moyenne française en pleine commotion car Louis, l'aîné de la fratrie, revient chez sa mère. L'attendent aussi sa soeur, son frère et sa belle-soeur qui formulent immédiatement leur incompréhension à son encontre. Pourquoi est-il parti il y a si longtemps pour ne revenir que maintenant ? Lui est venu leur dire qu'il va mourir. Il n'y parviendra pas. 

Un roman est souvent bien plus riche que son adaptation au cinéma. L'auteur a davantage d'espace pour poser le contexte, expliquer les tenants et les aboutissants et rendre compte du dialogue intérieur des protagonistes, et cela même si rien n'égale la force de frappe du cinéma pour aider le spectateur à se représenter l'histoire. Au théâtre, c'est un peu l'inverse : rien ne vaut le vivant. Le texte d'une pièce est certes un paramètre essentiel mais la mise en scène, le décor et le savoir-faire des comédiens sont essentiels pour mettre en valeur cette matière brute.

De ce fait, une pièce comme celle-ci doit-elle être forcément lue ? Personnellement, je ne suis pas parvenu à accrocher le sens des mots, à ressentir l'émotion qui jaillit fatalement du comédien talentueux qui les déclame sur scène. Seul le passage où Antoine communique son désarroi à son frère, défaillant à ses yeux, m'a touché mais était-ce en souvenir de la scène marquante du film de Xavier Dolan ? Les échanges familiaux sont volontairement saccadés et répétés plusieurs fois, voire balbutiés. Leur spontanéité maladroite, voulue par l'auteur, articule souvent des lieux communs qui m'ont détaché du récit.
 
Beaucoup de gens trouvent la pièce formidable, et la qualité du film montrent qu'ils ont très probablement raison. Je vais reposer le livre dans ma bibliothèque et le reprendre à un moment de ma vie plus adéquat pour l'apprécier, j'espère, à sa juste valeur. Je serai cette fois-ci prévenu de ce qui m'attend.

Les Solitaires Intempestifs - page 65 

Louis. - Au début ce que l'on croit
- j'ai cru cela-
ce qu'on croit toujours, je l'imagine,
c'est rassurant, c'est pour avoir moins peur,
on se répète à soi-même cette solution comme aux enfants qu'on endort,
ce qu'on croit un instant,
on l'espère,
c'est que le reste du monde disparaîtra avec soi,
que le reste du monde pourrait disparaître avec soi,
s'éteindre, s'engloutir et ne plus me survivre,
Tous partir avec moi et m'accompagner et ne plus jamais revenir.
Que je les emporte et que je ne sois pas seul.