Accéder au contenu principal

Une partie de badminton (Olivier Adam)

Une partie de badminton - Olivier Adam

Exister, quel sport de rue

Rien ne me met plus littérairement en joie que la perspective d'un roman d'Olivier Adam. Je n'ai donc pas boudé mon plaisir en ouvrant Une partie de badminton, sa plus récente sortie en poche. Au premier abord, la recette habituelle, testée et approuvée par votre serviteur, est savamment exécutée par le biais du contexte récurrent du double fictif de l'auteur : écrivain, deux enfants, politiquement engagé à gauche (c'est particulièrement marqué dans ce roman) et en proie à une désespérance existentielle entre région parisienne et Bretagne.

Malgré cela, j'ai assez vite ressenti un ton différent. Le narrateur, cet homme pas simple mais attachant quand on est dans sa tête, est moins au bord de la rupture que d'habitude. En tout cas, l'auteur en fait un peu moins dans la noirceur psychologique. En contrepartie, tous les déboires possibles, ou presque, tombent sur le coin de la tête de notre anti-héros : personnels, conjugaux, familiaux et professionnels. La santé ne va pas trop mal mais il revient de loin. Une véritable "partie de badminton" (titre inspiré de la chanson Exister d'Alain Chamfort) donc, quitte à en faire un peu trop dans le déluge d'emmerdes et à donner au lecteur un arrière-goût d'invraisemblable qui l'éloigne de la "vérité" que j'aime tant chez Adam. Une forme d'ironie traverse même le récit de part en part, sans qu'on soit non plus en pleine franche rigolade (c'est le moins qu'on puisse dire).

Le scénario est particulièrement narratif. Il comporte davantage de mouvements, de rebondissements et de suspense. Un agréable et inédit côté "accrolivre" (si on a envie de franciser "page turner") fait monter petit à petit la tension jusqu'au climax de la dernière partie du roman que je n'ai pas vu venir. J'ai aimé ça. 

J'ai lu - Page 262

Paul s'assit à côté d'elle et passa sa main sur son front, sa joue. Elle se pelotonna contre lui. Il s'allongea près d'elle et se laissa serrer dans ses bras. Il avait le nez dans ses cheveux. Respirait son odeur d'enfant. Il ne pouvait rien y faire. Des années entières, lumineuses, inconditionnelles lui revinrent en mémoire. Des images s'imprimaient en flashs sous ses paupières. Ses grands yeux bleus sous ses cheveux d'une blondeur perdue, son sourire shooté de bonheur et de soleil sur la plage, dans le jardin de ses grands-parents, en robe de princesse ou à fleurs, ses jeux de rôle sans queue ni tête et ininterrompus, sa façon de se jeter dans ses bras, sa voix légèrement voilée et son rire en éclats. L'adolescence était un cimetière. Les dépouilles d'enfants joyeux y reposaient comme la peau d'une mue.