Accéder au contenu principal

Petit pays (Gaël Faye)

Petit pays - Gaël Faye

Fuite de l'enfance

Son très large succès n'a rien d'étonnant à mes yeux. En plus d'avoir un scénario bien ficelé, écrit d'une plume émouvante et particulièrement frappante pour un premier roman, Petit pays est un témoignage important, de par son point de vue singulier, peut-être inédit, sur l'absolue horreur du génocide tutsi de 1994 au Rwanda et au Burundi.

Gaël Faye se raconte en partie lui-même, enfant d'un père français et d'une mère rwandaise qui grandit au Burundi. Son personnage Gaby vit au fond d'une impasse plutôt protégée de l'affreux tumulte, du moins au début. J'ai trouvé fort d'assister au processus de sortie de l'enfance, à la fois progressif, avec ses enjeux habituels auxquels tout le monde peut se rattacher, mais aussi avec ses terribles à-coups inconcevables pour la plupart d'entre nous.

Le livre est d'autant meilleur qu'il plonge le lecteur dans l'atmosphère de l'époque tout en le laissant quand même la plupart du temps en lisière, le jeune Gaby n'assistant, à une exception près, qu'indirectement ou partiellement aux exactions. La lecture en reste ainsi supportable. La scène la plus terrible, à mes yeux, reste le récit de la visite de sa mère au Rwanda. Elle va en perdre sa santé mentale ...

Le Livre de Poche - page 136

À l'école, les relations avec les écoliers burundais avaient changé. C'était subtil, mais je m'en rendais compte. Il y avait beaucoup d'allusions mystérieuses, de propos implicites. Lorsqu'il fallait créer des groupes, en sport ou pour préparer des exposés, on décelait rapidement une gêne. je n'arrivais pas à m'expliquer ce changement brutal, cet embarras palpable.
Jusqu'à ce jour, à la récréation, où deux garçons burundais se sont battus derrière le grand préau, à l'abri du regard des profs et des surveillants. Les autres élèves burundais, échaudés par l'altercation, se sont rapidement séparés en deux groupes, chacun soutenant un garçon. "Sales Hutu", disaient les uns, "sales Tutsi", répliquaient les autres.
Cet après-midi-là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays.




Commentaires