Accéder au contenu principal

Une bête au Paradis (Cécile Coulon)

 Une bête au Paradis - Cécile Coulon

La ferme des animaux

Le Paradis, c'est la ferme des Émard, une famille d'éleveurs-agriculteurs dans un petit coin de France indéterminé. Y vivent la vieille Émilienne et ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel, orphelins de parents, ainsi que Louis, le commis. Cette ferme, c'est toute leur vie, qu'ils rêvent de s'en échapper ou non. L'arrivée d'Alexandre, l'amoureux de Blanche, bouleversera l'équilibre familial, déjà plutôt précaire.

Chronique familiale et thriller psychologique, Une bête au Paradis bénéficie d'une belle écriture inspirée, un brin onirique, aux accents parfois un peu trop grandiloquent à mon goût. Mais ce style peu réaliste, presque expressionniste, notamment quand il s'agit de décrire les émotions débordantes de Blanche, convient toutefois pour camper le portrait d'une famille qui bénéficie dans la région d'une aura de prestige et de mystère. 

Les personnages bien écrits par Cécile Coulon sont dans le même esprit. Sans aller jusqu'à être caricaturaux, ils sont clairement archétypaux avec l'idée d'accentuer la tension dramatique : la matriarche qui ne s'en laisse pas compter, le garçon de ferme taiseux qui souffre secrètement de ne pas être pleinement intégré parce que pas du même sang, la jeune fille au tempérament intense qui porte en elle les germes de la tragédie, et son frère fragile qui rêve d'ailleurs sans pouvoir aller bien loin. Et puis il y a Alexandre, le personnage le mieux écrit, le plus avenant mais aussi le plus ambivalent ... 

C’est un bon roman dont l’intensité monte petit à petit jusqu’au dénouement dramatique que l’on sent venir sans en mesurer l'étendue.

Le Livre de Poche - page 143

Le lit de Gabriel ressemblait au frère de Blanche : défait mais accueillant. Maintenant qu'elle y passait ses nuits, Aurore comprenait qu'elle ne soignerait pas Gabriel, qu'il y avait en lui un arbre mort depuis l'enfance, que la mort de ses parents avait arrosé de colère ; elle ne pouvait pas le tomber, cet arbre, seulement couper quelques branches quand elles devenaient trop encombrantes. Elle le rafraîchissait, le frictionnait de ses mots et de son sourire, elle le secouait pour que tombent de son âme des feuilles mortes et des fruits empoisonnés.