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Les choses humaines (Karine Tuil)

 Les choses humaines - Karine Tuil

La chose humaine

D'aucuns reprocheront à ce récit d'être trop dans l'air du temps. De mon côté, je suis reconnaissant à Karine Tuil de traiter le sujet des violences sexuelles faites au femmes de cette manière, c'est à dire sous la forme d'un roman aux accents documentaires, appuyés par son style plutôt journalistique et malgré tout empathique.

J'aime son idée de réaliser une peinture sans jugement définitif sur un sujet brûlant de notre temps. L'auteure pénètre les pensées des protagonistes, fruits de leur éducation et de leur parcours, en privilégiant pourtant le point de vue de l'agresseur et de ses parents. Comme pour les confronter à leur culpabilité et à leurs contradictions. Comme si, par l'horreur de son calvaire, le désarroi palpable de la victime et ses témoignages à la barre étaient suffisamment éloquents et que sonder son âme fausserait l'objectivité du débat.

Malgré ça, tous les points de vue sont exposés : victimes, bourreaux, témoins, proches, tous à mettre au pluriel finalement ... Les plus marquants sont évidemment ceux du père et du fils, une seule génération d'écart mais une différence fondamentale. Le père est volontairement abusif, cynique et dans la totale incompréhension des enjeux. Son fils a gravement  fauté, il le sait, l'assume en partie bien qu'insuffisamment. J'espère que son propre fils, lui, sera, irréprochable.

Folio - page 244

Quelques semaines avant le début de l'audience, Claire avait assisté à des procès d'assises pour se préparer à ce qui les attendait. Après avoir vu quatre ou cinq procès, elle avait la conviction que l'on pouvait déterminer l'état d'une société au fonctionnement de ses tribunaux et aux affaires qui s'y plaidaient : la justice révélait la fatalité des trajectoires, les fractures sociales, les échecs politiques - tout ce que l'État cherchait à occulter au nom d'une certaine cohésion nationale ; peut-être aussi pour ne pas être confrontés à ses insuffisances.